I. — Les destructions (i
On verra tout à l'heure, au moment où l'œuvre de destruction préparée de longue main va précipiter les ruines, le Souverain Pontife se préoccuper encore de promettre au g-ouvernement des choix d'évêques exempts d'esprit d'opposition, et invoquer les efforts qu'il a faits pour lui concilier les catholiques, comme un titre que l'Etat ne pouvait manquer de prendre au sérieux.
Waldeck-Rousseau est entré au pouvoir le 23 juin 1899 pour réhabiliter Dreyfus et organiser les représailles des puissances occultes acharnées à la destruction.de la France chrétienne.
En novembre de la même année (le jugement de la Cour de Rennes est du 9 septembre), M. Leygues, ministre de l'Instruction publique, prépare un projet de loi visant directement les collèges des Jésuites et tous les collèges libres. C'est le projet fermant l'entrée des carrières publi-
(i) Les traits de ce tableau nous ont été fournis par l'ouvrage de M. Charles Bota : la Grande faute des catholiques de France.
ques à tous les jeunes gens qui n'auraient pas reçu renseignement dans un établissement de l'Etat pendant les trois dernières années de leur éducation secondaire. L'heure n'était pas encore opportune. Soumis à la Commission d'Enseignement, au lendemain de la grande enquêté qui avait fait ressortir de chaudes sympathies pour la liberté, ce projet fut repoussé.
Alors on trouva plus simple de courir sus aux Congrégations directement. Un projet de loi sur. les associations est préparé; M. Trouillot en est nommé rapporteur.
Au lieu d'une législation unique et embarrassée qui eût tendu à régler à la fois la situation des associations de toute nature, le projet Trouillot- Waldeck-Rousseàu comportait deux législations très nettement différentes : la première assurant une large liberté aux associations non suspectes; la seconde, donnant au gouvernement le moyen de supprimer toutes les congrégations religieuses. Procédé très siraple, en vérité, si simple en sa brutalité qu'on n'avait pas osé y songer jusque-là, les honnêtes gens ayant l'habitude de garder certaines formes pour se défaire de ce qui les gêne. La loi est votée et promulguée le i^"^ juillet 1901.
L'article essentiel [de la loi contre les Congrégations est celui-ci:
Art. Xliï. — Aucune congrégation religieuse ne peut se former sans une autorisation donnée par une loi qui déterminera les conditions de son fonctionnement. — Elle ne pourra fonder aucun nouvel établissement qu'en vertu d'un décret rendu en Conseil d'Etat. — La dissolution de la congrégation ou la fermeture de tout éta-
48o LA. POLITIQUE RELIGIEUSE
blissement pourront être prononcées par décret rendu en Conseil des ministres.
11 est à remarquer que le législateur a évité de définir la « Congrég-ation religieuse ».
Une définition est forcément limitative : on a visé à donner à cette partie de la loi la plus grande extension possible en vue d'une plus grande latitude pour la répression.
Ni les textes, ni le langage officiel n'annonçaient que la loi du i^^ juillet 1901 dût servir, d'après le programme secret de quelques initiés, à détruire l'enseignement congréganiste, et contenait un arrêt de mort pour toutes les congrégations enseignantes.
Si plusieurs ordres religieux, les Jésuites, les Assomptionnistes, les Bénédictins, les Carmes, etc., sachant ou prévoyant que l'autorisation légale leur serait refusée, quittèrent le sol aimé de leur patrie, leurs collèges, leurs couvents, pourtant la plupart des autres congrégations, malgré leur épouvante, ne perdirent pas d'abord tout espoir. La loi les mettait, il est vrai, entre les mains du gouvernement; mais on les invitait en même temps à former leurs demandes d'autorisation, et on ne pouvait penser que cette invitation fût une dérision.
Du reste, un bon nombre, déjà autorisées ou reconnues, devaient continuer à bénéficier de l'ancienne autorisation (art. 18), et croyaient n'avoir rien à craindre pour leurs établissements. La loi réglait qu'une congrégation « ne pourrait fonder aucun /io«ye/ établissement qu'en vertu d'un décret rendu en Conseil d'Etat (art. i3): ce texte était clair ; il ne pouvait viser les a/îci'e/îs établissements
des congrégations autorisées ." On devait croire d'ailleurs que le terme « établissements » désignait non point une œuvre quelconque fondée par une personne laïque ou séculière, et où les congréganistes seraient simplement des employés, mais seulement les maisons fondées par les cong-rég"ations elles-mêmes. On devait croire surtout que, par cette expression, la loi de 1901 ne pourrait atteindre les écoles, la situation de celles-ci se trouvant rég-lée par une loi spéciale, la loi de 1886. Pour ce double motif donc, les écoles libres devaient rester sauves : on en avait pour garant des déclarations formelles de M. Waldeck-Rousseau.
Mais, par les circulaires ministérielles et les avis du Conseil d'Etat, on eût vite fait de remédier aux insuffisances de. la loi de 1901. Bientôt le Gouvernement fut en état d'atteindre :
Les écoles nouvelles qui seraient fondées par des congrégations {Circulaire Lei/gues);
Les écoles nouvelles non fondées par des congrég-ations, mais dirigées par des cong-rég-anistes [Avis du Conseil d'Etat, Circulaire Waldeck-Rousseau du 6 février 1902); ,
Les écoles anciennes fondées par des congrégations {Circulaire Waldeck-Rousseau du 5 décembre 1901).
Les écoles anciennes non fondées par des congrégations, mais dirigées par des congrég-anistes, restaieiit-elles encore hors d'atteinte? Oui, d'après l'interprétation personnelle de M. Waldeck-Rousseau; non, d'après l'interprétation, attribuée à M. Dumay, qui allait prévaloir dans la pratique.
On obligerait donc toutes les congrégations à demander l'autorisation pour tous les établisse-
PROGRÈS DU LIBER. — I — 3l
482 LA POLITIQUE RBXIGfÉÛSE
ments où elles avaient des sujets, même si ces établissements n'étaient ni, possédés rti loués par elles. Par des démarches officielles ou officieuses, on les intimiderait, on les solliciterait; et la plupart, et toutes, soit affolées, soit dans Fespoir que leurs dossiers, comme parfois on le faisait entendre, seraient examinés avec bienveillance, présenteraient l'état de leurs établissements, leurs statuts, la liste de leurs membres, les situations financières, se livreraient ainsi d'elles-mêmes à leurs ennemis.
Le 'cabinet Waldeck-Rousseau a préparé toutes les armes nécessaires à la destruction des écoles cong-réganistes : un autre cabinet va se faire l'exécuteur des sentences de mort.
Après des élections législatives, où la main rude d'un gouvernement qui voulait à tout prix la victoire, et qui dispose d'une armée formidable de fonctionnaires, avait su faire sortir d'un pays épris en apparence de liberté une majorité sectaire (mai 1902), M. Waldeck-Rousseau s'efface de la scène, jugeant son rôle momentanément rempli, et passe le pouvoir à M. Combes.
La destruction de l'enseignement congréganiste commence par les écoles congréganistes nouvelles, celles qui ont été fondées postérieurement à la loi du i®' juillet 1901, et qui sont au nombre de cent vingt-cinq. Le 27 juin, M. Combes ordonne la fermeture de ces écoles ouvertes sans la demande d'autorisation qu'une interprétation abusive de la loi prétend imposer.
Puis vient le tour des écoles congréganistes fondées antérieurement à la loi et n'ayant pas demandé l'autorisation après la promulgation de cette loi.
Ces écoles sont frappées d'un seul coup, au nombre de 2.5oo, par une circulaire adressée aux préfets le i5 juillet. On ne laisse que huit jours aux maîtres congTcganistes pour rejoindre leurs maisonsmères.
Une pareille exécution fait éclater à travers la France un frémissement d'indig-nation. Le cardinal Richard écrit à M. Loubet une lettre à laquelle plusieurs évêques s'empressent d'adhérer; d'autres voix épiscopales s'élèvent et les voix de beaucoup d'hommes politiques font écho à celle de l'épis^ copat.
A ces protestations le gouvernement répond par un décret présidentiel, daté du 2 août — cette fois, on y met les formes lég-ales — qui prononce la fermeture de 824 autres établissements.
Et le drame se déroule, au milieu de populations surexcitées. En Bretagne, il s'en faut de peu que le sang- ne coule à flots, comme dans une guerre civile, d'autant que le gouvernement a entrepris en même temps de faire la guerre à la langue bretonne, considérée sans doute comme une semence de cléricalisme. Beaucoup d'expulsions sont faites de façon violente, parfois avec grand déploiement de la force armée. Les révocations de maires, les suppressions de traitements ecclésiastiques, les poursuites correctionnelles exercées contre les manifestants augmentent l'effervescence. On s'émeut même à l'étranger. Et c'est au milieu de ce trouble que sont portés, en août, des décrets laïcisant en masse la plupart des écoles publiques, encore dirigées par des congréganistes.
Après avoir préalablement pris la précaution de
484 l'A. POLITIQUE RELIGIEUSE
se faire donner par le Conseil d'Etat une décision importante, en vertu de laquelle il Suffirait — excellent moyen de supprimer les lenteurs et les désaccords — de consulter une seule des deux Chambres pour régler le sort des congrégations, M. Combes dépose, le 2 décembre, à « l'une ou l'autre » Chambre les projets de loi relatifs aux congrég-ations d'hommes. 11 propose à la Chambre de rejeter les demandes de 53 congrégations, dont
25 enseignantes, groupées avec un seul exposé des motifs, et de 28 prédicantes (et diverses) pareillement unies ; et il propose au Sénat d'en autoriser 5 autres. Pour les Chartreux, il n'émet pas d'avis. C'était demander une exécution sommaire.
L'anticlérical Rabier est chargé par la Commission des congrégations, composée de vingt et un francs-maçons sur trente-trois membres, de rédiger le rapport.
Les débats commencèrent à la Chambre le 12 mars igoS. Le 18, l'arrêt de mort était prononcé contre les 25 congrégations enseignantes, comprenant 11.763 religieux répartis en 1690 établissements. Quelques jours après, les 28 prédicantes étaient condamnées à leur tour (24 mars). Le
26 enfin était prononcé l'arrêt des Chartreux, par 322 voix contre 222.
La proscription prononcée, on se hâte de prendre des dispositions pour pourvoir à la hquidation des biens des congrégations dissoutes. Par une loi spéciale, il est réglé qu'un seul tribunal, celui qui aurait nommé le liquidateur, serait chargé de trancher toutes les difficultés pour une même congrégation, en quelque lieu que fussent ses établissements.
On se souvient des manifestations etdesbag-arres auxquelles donnèrent lieu les expulsions des congrégations d'hommes, ou même simplement Tarrivée des procureurs, des commissaires ou des §"endarmes pour les constatations, notifications, mises de scellés. L'agitation était dans toute la France. L'expulsion des religieux de la Grande-Chartreuse, celle des Capucins de la Roche-sur-Foron (Haute- Savoie), et quelques autres, furent particulièrement mouvementées.
Après les congrégations d'hommes, les congrégations de femmes.
Le 5 juin, M. Combes faisait distribuer à la Chambre des projets de loi concernant une première série de 8i congrégations enseignantes de femmes, avec un exposé des motifs s'appliquant à toutes les demandes. Le motif principal invoqué contre ces congrégations était que, la nation assurant désormais le service intégral de l'instruction publique , toutes leurs demandes devaient être repoussées. D'ailleurs, ajoutait le rapport, l'enseignement donné dans leurs écoles et pensionnats était,la plupart du temps, au-dessous du médiocre.
Le Rapport de M. Rabier confondait les ordres hospitaliers et contemplatifs avec les Congrégations enseignantes ; le reproche d'insuffisance dans l'éducation n'était qu'une calomnie grossière ; la loi se trouvait en opposition avec [celle de 1901, qu'importait ? Elle passa.
En même temps que le gouvernement menait cette atroce campagne de destruction contre les congrégations non autorisées, il en poursuivait une
autre non moins farouche contre les écoles tenues par les congrégations autorisées.
Déjà, au cours de Tannée 1902, il avait frappé près de 3. 000 établissements qui n'avaient pas fait dans les délais légaux la demande d'autorisation prescrite, ou prétendue prescrite, par la loi de 1901. Il lui fallait maintenant en venir aux établissements pour lesquels les Congrégations autorisées avaient formé une demande régulière.
Toutefois, malgré les précautions déjà prises, il ne se jugea pas suffisamment armé pour mener l'œuvre à bonne fin. S'il avait trouvé moyen de tirer de la loi de 1901, contrairement à son texte, l'obligation pour tout établissement ancien de se faire autoriser, il manquait de sanctions légales pour sévir contre les membres des congrégations autorisées qui continueraient à diriger des établissements après le refus d'autorisation opposé à ces établissements. Une loi nouvelle était nécessaire.
Naturellement cette loi fut faite ; et, pour qu'elle fut sûrement efficace, on la fit draconienne. A l'article 16 de la loi de 1901, qui punissait le délit de fondation d'une congrégation, on ajouta un complément portant des peines sévères « contre ceux qui ouvriraient ou dirigeraient un établissement congréganiste de quelque nature qu'il soit, que cet établissement appartienne à la congrégation ou à des tiers, qu'il comprenne un ou plusieurs congréganistes ; contre ceux qui auraient continué à faire partie d'un établissement dont la fermeture aura été ordonnée conforinément à l'article ik, paragraphe 3 ; enfin contre tous ceux qui auront favorisé l'organisation ou le fonctionnement d'un établissement visé par le présent article en consen-
tant Tusage (f un local dont ils disposent. » {Loi du 4 décembre igo2.)
Avec cette loi, d'une précision et d'une compréhension jugées inéluctables, le gouvernement pouvait entrer hardiment dans une nouvelle phase de la persécution scolaire. Bientôt en effet commencèrent à pleuvoir sur les congrégations autorisées des circulaires leur notifiant que leurs demandes étaient rejetées pour tels et tels établissements, rappelant les peines portées contre les contrevenants et invitant les religieuses employées dans lesdits établissements à se retirer dans la huitaine.
Les congrégations étaient prises au piège. En des démarches officielles ou officieuses, par des apparences de bon vouloir et surtout par la menace suspendue sur les maisons-mères, on les avait pressées de faire des demandes d'autorisation pour leurs établissements ; l'espoir et la crainte les avaient naturellement portées à se soumettre aux exigences de l'administration ; elles avaient livré leurs dossiers, l'état de leurs établissements et de leur personnel. On avait donc en main les lacets pour les prendre. Ce chantage avait été prévu, annoncé dès la première heure; mais beaucoup se refusaient à croire au parti-pris absolu contre l'Eglise, et attribuaient ces prévisions à l'esprit « d'opposition systématique » des non-ralliés.
Deux mois après la loi du 4 décembre, M. Combes annonçaitdéjà qu'il avaitrejeté 2.200 demandes. Les exécutions furent « sériées ». On vit, en certains départements, les écoles tomber par centaines. Ce furent de lamentables hécatombes. La rage de
488 LA POÏITIQUE RELIGIEUSE
détruire ne s'arrêta que devant les écoles situées en des communes qui ne pouvaient fournir une installation suffisante pour ouvrir les écoles laïques. Ni l'Algérie ni la Tunisie ne furent éparg-nées. Au début des vacances de 1908, surtout, des quantités d'écoles reçurent l'ordre de fermeture.
Aussi, le 9 août, on put entendre M. Combes, parlant à Marseille au congrès des instituteurs, s'écrier avec la fierté d'un vainqueur qui apporte son trophée :
« J'ai dit que j'avais eu à compulser 12.600 dossiers. Ce chiffre se décompose en 9.984 établissements enseignants, 1.856 établissements hospitaliers, 822 établissements mixtes, à la fois hospitaliers et enseignants...
« Sur les 9.934 établissements d'enseignement, il en est 1.770 qui sont situés dans les communes manquant encore, je l'avoue à regret, d'école publique ou de locaux scolaires suffisants pour recevoir les élèves de l'école congréganiste. J'ai dû ajourner la fermeture de ces établissements et je vais prescrire aux communes de se mettre en règle avec la loi dans des délais qui seront réduits au strict minimum.
« J'ai statué définitivement sur 7.547 établissements et j'ai rejeté leur demande d'autorisation. »
J'ai statué, j'ai rejeté: c'est tout un.
Après le 9 août, tout en mettant déjà la main à la fermeture des écoles annexées aux hôpitaux, orphelinats, hospices, des 822 établissements mixtes, M. Combes continua à frapper les écoles non autorisées des congrégations enseignantes autorisées. Le 4 décembre une note du journal le Temps disait que 10.049 écoles de ce genre avaient
été fermées en 1 8- mois, et qu'il n'en restait plus que 1 .3oo à fermer.
Quelle écœurante statistique! Si, aux 10.049 écoles sur lesquelles avait statué M. Combes, on ajoute les i65 collèges et les 1.847 écoles des 26 congrég-ations enseignantes d'hommes supprimées le 18 mars, les 617 établissements des 81 congrégations de femmes proscrites le 24 juin, cela représente un total de plus de 12.000 écoles congréganistes frappées dans l'espace de 18 mois, avec 4o à 5 0.000 congréganistes jetés sur la rue, et plus d'un million d'enfants privés de leurs maîtres aimés, plus d'un million de familles blessées dans leurs sentiments les plus intimes et les plus chers. Estce assez lugubre? Qui eût prévu, trois ans plus tôt, une telle ivresse et un tel succès de la force brutale ? Hélas ! que l'invasion des haines sauvages ait pu joncher le sol de tant de ruines, ce n'est pas seulement un sujet de tristesse, c'est, plus encore peut-être, une humiliation accablante pour le pays dans lequel, sous les yeux des honnêtes gens frappés d'impuissance, a pu s'accomplir une si universelle dévastation.
Et qu'on veuille bien imaginer ce qui s'est passé dans les maisons-mères; communautés, écoles, où les décrets de fermeture venaient porter le ravage et la désolation! Quels spectacles, tristes à arracher des larmes! Les perquisitions odieuses des procureurs ou des commissaires excités par les ordres supérieurs, ou même peut-être — on a cru le remarquer parfois — par la qualité des prévenus ; les interrogatoires pénibles, insidieux, où l'on abusait de la simplicité et de l'embarras d'âmes habituées à la paix ; les alarmes des vieux religieux, des vieilles religieuses, des malades et des infirmes qui se demandaient ce qu'ils allaient devenir; les retours des congréganistes chassés de leurs établissements, se jetant en larmes dans les bras de leurs supérieurs qui leur montraient une maison trop petite
490 J^-A- POLITIQUE TŒLlGTEtrSE
pour les recevoir et trop pauvre pour les nourrir; les incertitudes du lendemain, les privations, les angoisses les tortures morales, l'afTolement de tous : il faut avoir vu de près ces choses pour comprendre la g-randeur de l'épreuve .
L'œuvre toutefois n'était pas achevée.
« Encore un effort, avait dit M. Combes, à Marseille, et renseignement congréganiste aura vécu. » Malgré les coups formidables déjà portés à cet enseignement, beaucoup réclamaient contre, lui des mesures plus radicales. On avait frappé, contrairement aux promesses du législateur de 1901, plus de 12.000 écoles regardées comme non autorisées : beaucoup d'autres subsistaient encore, munies d'autorisations incontestées. Pourquoi ne pas en finir d'un seul coup? Tout avait, jusque-là, réussi aux proscripteurs : le succès acquis était le gage certain du succès futur.
Bien qu'il eût promis d'aller « jusqu'au bout », M. Combes n'osait, par prudence, brusquer le mouvement. Pour condamner les congrégations enseignantes de femmes, en juillet igoS, il n'avait trouvé à la Chambre qu'une majorité de j6 voix. Mais il se vit tellement pressé par le parti dont il était l'instrument qu'il prit la résolution d'aller vite dans l'œuvre d' « assainissement » pour laquelle il était au pouvoir.
Un essai fut tenté à l'occasion du projet Ghaumié sur l'enseignement secondaire libre (novembre igoS). M. Delpech proposa de glisser dans la loi nouvelle l'interdiction pour les congrégations de donner cette sorte d'enseignement :
Malgré l'intervention de M. Waldeck-Rousseau, contre lequel se* dressa, violent, impérieux, M. Clé-
menceau, qui étaitbeaucoup plus, sinon dans l'esprit des textes de 1901, du moins dans la logique des doctrines et des faits, l'amendement Delpech fut voté par le Sénat à 1 1 voix de majorité. Ce fut un écrasement pour le groupe Waldeck-Rousseau et une humiliation très sensible infligée à l'ancien président du Conseil, auteur responsable de la loi de
Cette victoire, quoique remportée avec peine, parut sans doute de bon augure pour la bataille décisive : aussi M. Combes, toujours poussé par les radicaux, les socialistes et les francs-maçons, s'empressa-t-il de faire préparer le projet' de loi, déjà annoncé, par lequel enfin serait interdit, de façon générale et définitive, à tout membre d'une congrégation quelconque, l'enseignement de tout ordre et de ïout degré.
En un mois la loi fut déposée, discutée et votée à la Chambre; quelques jours suffirent au Sénat. L' Officiel la promulgua le 8 juillet, avec la signature de M. Loubet, le 8 juillet : suprême triomphe remporté, après cinq années de lutte, par le parti antireligieux (i).
Le terrain était définitivement déblayé pour la rupture publique avec Rome, la dénonciation du Concordat, et le grand œuvre de la laïcisation de l'EgHse elle-même en France.
(i) Dès le 10 et le II juillet, des décrets supprimaient 2.898 écoles congréganistes, par application de la loi nouvelle. — En 1904, il ne reste plus en France que 1.862 établissements d'enseignement congréganiste.
492 LA POLITIQUE KELIGIEUSE