LIBER. I
498 LA POLlTIQtTE RELIGIEUSE
life; au-dessousjil n'y a que les efforts, généreux sans doute, mais dispersés et sans cohésion, de personnalités ou de groupements auxquels manque une vraie initiative .
La diplomatie pontificale tient la place qui reviendrait aux organisations librement formées par les citoyens.
Et cette diplomatie, comme elle est en défaut de perspicacité et d'énergie! Après vingt ans d'expériences douloureuses, elle tombe dans les mêmes pièges, commet les mêmes erreurs, reste prisonnière des mêmes illusions.
Au lieu d'une opposition politique fortement constituée, traitant avec le Gouvernement de puissance à puissance, et l'obligeant à des transactions légalement établies à la face du pays,comme en Allemagne,c'est la Secrétairerie d'Etat qui négocie avec un ministre parlant en son nom personnel, sans engager le Gouvernement, et prêt à laisser renier par un autre les promesses par lesquelles il a acheté les concessions. Waldeck-Rousseau passe la main à Combes en 1 901, comme M. de Freycinet à M. Gonstans en r88o. On sait ce qui en résulta dans un, cas comme dans Fautre.
Léon XIII, mal inspiré, mal renseigné, mal conseillé, a cru de bonne politique de reprocher aux monarchistes catholiques leur opposition au gouvernement établi, comme si la défense de la religion était pour eux un instrument politique.
En 1900, comme après 1880, le Gouvernement de la République répond à ses protestations par ce coup droit, bien qu'hypocrite et traître : c'est la nécessité de défendre les institutions qui crée la guerre religieuse ; mais on compte sur le Pape'pour
imposer là soumission aux catholiques ! Les Présidents n'ont pas à se mettre beaucoup en frais ; à vingt ans de distance, on dirait qu'ils se copient :
Lettre de M. Grévy à Léon XIII (i883j.
Votre Sainteté se plaint avec juste raison des passions antirelig-ieuses. Il en existe certainement à côté des sentiments opposés de la grande majorité des Français. Mais ces passions que je réprouve, peuton mécon naître qu'elles sont nées principalement de l'attitude hostile d'une partie du clerg-é à i'ég-ard de la République, soit à son avènement, soit dans les luttes qu'elle a eu depuis à soutenir pour son existence, soit dans celles qu'elle soutient encore journellement contre ses mortels ennemis ?
Dans le funeste conflit des passions contraires, je ne puis malheureusement que fort peu sur les ennemis del'Eg-lise : Votre Sainteté peut beaucoup sur les ennemis de la République.
Si elle daig-nait les maintenir dans cette neutralité politique qui est la g-rande et sage politique de son Pontificat, elle nous ferait faire un pas décisif vers un apaisement si désirable.
Lettre de M. Loubet à Léon XIII (ï^oo).
Cette action souvent pas* sionnée a conduit le Gouvernement, qui a toujours défendu le respect du Concordat et désiré le maintien de la paix religieuse, à reconnaître qu'il était dans la nécessité, pour la défense des institutions, d'exiger le respect des lois que les tribunaux sont chargés d'apliquer, et de présenter aux Chambres un certain nombre de projets...
Quant aux lois et aux résolutions parlementaires, le Président n'y intervient que par ses ministres, qui ont eux-mêmes à compter avec les majorités des deux chambres.
Toutefois grâce au temps, à la réflexion et sur tout aux directions données au clergé par Votre Sainteté, il est permis d'espérer que les questions irritantes deviendront de moins en moins nombreuses, et que, l'action de l'épiscopat aidant, nous pourrons constater bientôt le respect plus complet des lois de la République et du Gouvernement.
La conclusion de ce livre, il ne faut pas la chercher ailleurs que dans les dernières lignes de la lettre précitée de Léon XIII au Président Loubet. Tout catholique relira d'un cœur douloureusement ému ces mélancoliques et suprêmes paroles tombées de la bouche d'un pontife vénérable dont l'affection pour notre pays demeurera malgré tout un titre à leur reconnaissance.
Nous avons voulu, Monsieur le Président, vous ouvrir Notre âme, dans la confiance que, avec la noblesse de votre caractère, l'élévation de vos vues et le désir sincère de pacification religieuse dont nous vous savons animé vous prendrez à cœur de mettre en œuvre l'influence que vous donne votre haute position pour écarter toute cause de nouvelles perturbations religieuses. Ce serait pour Nous, parvenu au soir de la vie, une peine et une amertume par trop grandes, de voir s'évanouir sans porter leursfruits toutes nos intentions bienveillantes à l'égard de la nation française et de son Gouvernement, auxquels Nous avons donné des témoignages réitérés non seulement de Nos attentions les plus délicates, mais aussi de Notre efficace et particulière affection.
Déception aussi cruelle qu'imméritée, mais qui justifie cette prévision, non moins attristée, de son
CONCLUSION 5oi
prédécesseur Pie IX, disant, sur le point de quitter la vie, selon un témoignage que l'auteur de ce livre sait très digne de foi :
Mourir, c'est peu de chose; mais ce qui me peine, c'est la pensée que j'aurai pour successeur le cardinal Pecci, qui perdrait l'Eglise, s'il était possible, par sa politique et sa diplomatie.