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flu aux pauvres. « C'est un devoir,non pas de stricte justice, sauf les cas d'extrême nécessité, mais de charité chrétienne; un devoir, par conséquent, dont on ne peut poursuivre l'accomplissement par les voies de la justice humaine. » Quant aux déshérités ; ils apprennent « que la pauvreté n'est pas un opprobre, en voyant Jésus-Christ qui, tout riche qu'il est, s'est fait indigent (i). Ces doctrines sont bien faites pour humilier l'âme hautaine du riche, pour relever le courag-e de ceux qui souffrent etleur inspirer de la résig-nation » . Mais les préceptes du christianisme conduisent encore plus loin qu'à cette simple amitié, ce c'est dans l'amour fraternel que s'opérera l'union », car tous les hommes sont issus de Dieu, qui est leur Père commun et leur unique fin, ils ont tous été également rachetés par Jésus-Christ et rétablis dans leurdig"nité d'enfants de Dieu.
Si ces enseig-nements pouvaient prévaloir dans les sociétés, ne verrait-on pas l'apaisement se faire à bref délai?
Cependant l'Eg-lise ne se contente pas d'indiquer la voie qui mène au salut, elle y conduit et applique de sa propre main le remède au mal. Elle instruit les hommes, répand sa doctrine bienfaisante par le clerg"é. Puis elle s'efforce de pénétrer dans lésâmes et d'obtenir des volontés qu'elles se laissent conduire et g-ouverner par les préceptes divins. Cepoint est capital, parce qu'il renferme comme le résumé de tous les intérêts qui sont en cause.
Il suffit de se souvenir que la société a été foncièrement renouvelée par les institutions chrétiennes.
Mais TEg-lise ne se laisse pas tellement absorber par le soin des âmes qu'elle nég-lig'e ce qui se rapporte à la vie terrestre et temporelle. Elle fait tous ses efforts pour arracher les travailleurs à la misère, d'abord en les ramenant à des mœurs chrétiennes, puis par des institutions propres à les soulag-er, dont ses ennemis euxmêmes ont fait l'élog-e.
(i) II Gorinth., viii, 9.
PROGRÈS DU LlBÉR. — II — 2
l8 LA DÉMOCRATIE CHRETIENNE
Il faut de plus recourir aux moyens humains. Tous ceux que la cause reg"arde doivent y travailler chacun dans sa sphère.
De l'Etat, on attend un concours d'ordre g-énéral, qui consiste dans l'économie tout entière des lois. En outre, comme il se doit à tous, il prendra un soin particulier de la classe ouvrière, tout « en observant rigoureusement les lois de la j ustice dite distributive » . Les apports de chacun au bien commun sont nécessairement inégaux. Les uns, ayant une prééminence nécessaire, concourent principalement au bien moral. L'ouvrier fait l'apport du travail indispensable à l'abondance de biens dont la société a besoin. Son travail en est la source. L'Etat doit donc faire en sorte qu'il reA'ienne au travailleur une part convenable de ces biens. Sans doute ni la famille ni l'indi- "s^idu ne doivent être absorbés dans l'Etat; cependant il appartient au g-ouvernement de protéger la communauté et ses parties, a. Il faut absolument appliquer (au maintien de l'ordre et de la paix économiques) la force et l'autorité des lois ; les limites seront déterminées par la fin même qui en appelle le secours, c'est-à-dire que « cellesci ne doivent pas s'avancer ni rien entreprendre audelà de ce qui est nécessaire pour réprimer Les abus et écarter les dangers » .
Mais il est bon de traiter certains points spéciaux. (( En premier lieu il faut que les lois soient pour les propriétés privées une protection et une sauvegarde. » — Il appartient aux lois de remédier aux grèves, mais surtout en prévenant ce mal. — La vie du corps n'étant pas le but dernier de l'existence, l'âme ne doit pas y être asservie ; et à cet égard tous les hommes sont égaux. De là découle la nécessité de la cessation du travail et du repos aux jours du Seigneur.
Pour ce qui est des intérêts physiques et corporels, l'autorité publique doit les sauvegarder en empêchant l'exploitation mentale du travailleur par un travail audessus de ses forces. Elle doit veiller à cela spécialement pour les femmes et les enfants.
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La fixation du salaire est aussi un grand point. Toute justice n'est pas remplie par le seul fait que le patron a payé le prix consenti par l'ouvrier. Il faut considérer que le travail a reçu de la nature une double empreinte. A ne l'envisag-er que comme un acte de la personne^ « nul doute qu'il ne soit au pouvoir de l'ouvrier de restreindre à son g-ré le taux du salaire » ; mais le travail a aussi pour lui un caractère de nécessité, car il a le devoir de conserver sa vie, et par conséquent de se procurer les choses nécessaires à sa subsistance, qu'il ne peut avoir que par le moyen de son salaire. « Au-dessus de la libre volonté du patron et de l'ouvrier, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir : que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête. »
L'ouvrier qui percevra un salaire assez fort pour parer aisément à ses besoins et à ceux de sa famille économirsera, s'il est sage, pour s'assurer un petit patrimoine. « Nous avons vu, en effet, que la question présente ne pouvait recevoir de solution vraiment efficace si l'on ne reconnaissait comme principe fondamental l'inviolabilité delà société privée. // importe donc que les lois favorisent l'esprit de propriété, le réveillent et le développent aatant qa'il est possible dans les masses populaires. y>
Ce résultat serait la source d'une répartition de biens, plus équitable, — il favoriserait la production de la terre, — et préviendrait l'émigration.
Enfin, les maîtres et les ouvriers eux-mêmes peuvent sing-ulièrement aider à la solution, par toutes les œuvres propres à soulag-er efficacement l'indigence et à opérer un rapprochement entre les deux classes. De ce nombre sont les Sociétés de secours mutuels; les institutions diverses, dues à l'initiative privée, qui ont pour but de secourir les ouvriers ainsi que leurs veuves et leurs orphelins, en cas de mort, d'accidents ou d'infirmités; les patronages, qui exercent une protection bienfaisante sur
les enfants des deux sexes, sur les adolescents et sur les hommes faits. Mais la première place appartient aux corporations ouvrières, qui, en soi, embrassent à peu près toutes les œuvres.
Nos ancêtres éprouvèrent long-temps la bienfaisante influence de ces corporations ; car, tandis que les artisans y trouvaient d'inappréciables avantages, les arts, ainsi qu'une foule de monuments le proclament, y puisaient un nouveau lustre et une nouvelle vie.
Il faut adapter ces corporations à la condition nouvelle. Aussi est-ce avec plaisir que nous voyons se former partout des sociétés de ce g'enre, soit composées des seuls ouvriers, soit mixtes, réunissant à la fois des ouvriers et des patrons ; il est à désirer qu'elles accroissent leur nombre et l'efficacité de leur action.
Nous voulons exposer ici leur opportunité et leur droit à l'existence.
Le droit d'association est un droit naturel. De ce que les sociétés privées ne peuvent exister que dans la société civile, il ne s'ensuit pas qu'il soit au pouvoir de l'Etat de leur dénier l'existence.Assurémentilaledroitde s'y opposer dans certains cas; encore faut-il qu'il ag-isse avec circonspection et se g-arde d'empiéter sur les droits des citoyens, et de statuer, sous couleur d'utilité publique, quelque chose qui serait désavoué par la droite raison.
Ici se présentent à notre esprit les confréries, les cong-rég-ations et les ordres relig-ieux....
Jamais on ne vit un aussi grand nombre d'associations ouvrières. Mais c'est un fait qu'elles sont ordinairement organisées dans un esprit anti chrétien et antisocial. Dans cet état de choses, les ouvriers chrétiens n'ont plus qu'à choisir entre ces deux pouvoirs, secouer hardiment un joug si injuste et si intolérable. Qu'il faille opter pour ce dernier parti, y a-t-il des hommes ayant vraiment à cœur d'arracher le souverain bien de l'humanité à un péril imminent qui puissent avoir i à-dessus le moindre doute?
Certes, il faut louer hautement le zèle d'un grand nom-