‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 75 sur 118 · II. — L'Encyclique <c Graves de commiini · texte numérisé non relu

II. — L'Encyclique <c Graves de commiini

Le lecteur a peut-être éprouvé quelque surprise, en lisant plus haut que l'Encyclique Graves de communi, du 1 8 janvier 1 90 1 , était une concession de Léon XIII au parti de la démocratie chrétienne.

Il faut Favouer, le tableau que nous avons rapidement tracé des idées, des audaces, des écarts de ce parti, n'est pas fait pour prévenir cet étonnement.

Gomme ce grave document pontifical contenait plus d'un avertissement et d'une leçon, ceux. que le mouvement novateur effrayait se plurent à en prendre acte contre leurs adversaires : et c'était légi-

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time. Ceux-ci, d'autre part, triomphèrent bruyamment (i). Avaient-ils complètement tort?

L'Univers du i^"" mars 1901 publia, avec de o-rands éloges, une consultation de M. Fabbé Perriot, directeur de l'Ami du Clergé, sur cette Encyclique. Mes yeux s'arrêtèrent d'abord avec, surprise sur cette phrase :

Les expressions de démocratie chrétienne et de démocrates chrétiens ont excité des défiances qui n'étaient pas sans fondement. Léon XIII énumère les raisons qu'on avait de les craindre et de s'en défier. // les écarte et les réfute dans la première partie de son encyclique.

Si l'on embrasse par l'analyse l'ensemble et le mouvement de la pièce, au lieu de s'arrêter à telle ou telle expression significative, l'interprétation de M. Perriot n'est pas sans vraisemblance.

Le point de départ de l'Encyclique est dans ce passage :

En certains endroits, ceux qui s'occupent de ces questions se sont dits chrétiens sociaux. Ailleurs, la chose elle-même s'est appelée démocratie chrétienne, et ceux qui s'y adonnent, démocrates chrétiens ■: tandis que le système défendu par les socialistes est désigné sous le nom de démocratie sociale (2).

(i) Oq coDTiaît le commeniaire de M. Marc Sangnier, qui dit tout a lui seul : Désormais la démocratie chrétienne fait partie iniéfffante du catholicisme; on ne pourra plus être catholique sans «''•e démocrate chrétien.

(2) C'est sans doute un lapsus qui fait dire au cardinal Lecot. dans sa lettre pastorale pour le carênie de igot, sur les congrégations "■filigieuses et la démocratie chrétienne : Dans ce docunient du Docteur infaillible (est-ce un document ex-cathedra ?) — les mots de chrétiens sociaux, de démocratie chrétienne, de démocratie sociale., <*e démocrates chrétiens, prennent leur vraie signification, et dès

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Or, des deux dernières expressions énoncées çi-^dessus si la première, « chrétiens sociaux, » ne soulève guère de réclamations, la seconde, « démocratie chrétienne, » blesse beaucoup de gens bien pensants qui lui trouvent un sens équivoque et dangereux. Ils se défient de cette dénomination pour plus d'un motif. Ils craignent que, par ce mot, on ne favorise par une sorte de propagande secrète le gouvernement populaire, ou qu'on ne le déclare préférable aux autres formes de gouvernement. Ils craignent que la vertu de la religion chrétienne ne semble comme restreinte aux intérêts du peuple, les autres classes de la société étant, en quelque manière, laissées de côté. Ils craignent enfin que, sous ce terme insidieux, ne se cache le projet de décrier toute espèce de pouvoir légitime soit civil, soit sacré.

Comme, à ce j)ropos, il y a couramment des discussions déjà trop prolongées et parfois trop vives, la conscience de Notre charge Nous avertit de poser des bornes à cette controverse, en définissant quels doivent être les sentiments des catholiques en cette matière. De plus, Nous avons l'intention de leur prescrire quelques règles, dans le but de rendre leur action plus étendue et beaucoup plus profitable à la société.

Le Pape explique en quoi les démocrates qui se disent chrétiens différeront des démocrates socialistes : 1 0 ils ne doivent point préférer la forme démocratique de gouvernement à une autre ; 2° ils ne doivent point mettre à l'écart les classes supérieures; 3° ni, sous prétexte de démocratie, dédaigner les supérieurs légitimes. Ces conditions remplies, toute discussion pourra et devra cesser; et personne ne saurait alors blâmer le zèle des démocrates chrétiens

lors n'ont plus rien qui puisse blesser les susceptibilités les plus légitimes. » (Univers, 19 février 1901.) — L'encyclique porte : « II 6^' donc évident que la démocratie sociale et la démocratie chrétienne n'ont rien de commun. »

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tendant uniquement vers le bien suprême pour lequel nous sommes nés. Voilà le vrai but, car là question sociale est une question relig"ieuse avant d'être une question économique. Il faut donc louer le zèle actif de la charité. Ce que la loi de la charité chrétienne demande de nous, c'est : i° l'observation de la doctrine et l'imitation des exemples de Notre Seigneur ; 2° la pratique de l'aumône ; 3° celle des institutions stables pour le soulagement de la misère, pour former les ouvriers à l'épargne et à la prévoyance. En tout cela le nom importe peu :

Qu'il soit donc entendu que ce zèle des catholiques à soulager le peuple est conforme à l'esprit de l'Eglise, et qu il répond très bien à ses propres exemples de tous temps. Quant à ce qui y mène, savoir s'il faut l'appeler action populaire chrétienne ou démocratie chrétienne, cela importe peu, pourvu que les enseignements émanés de. Nous soient observés intégralement avec une ég-ale soumission. Mais ce qui importe beaucoup, c'est que, dans une affaire aussi conséquente, l'esprit des catholiques, leur volonté et leur action soient unanimes .

Mais il est nécessaire qu'avec cette union des cœurs et cette unité d'action on s'applique à multiplier les hommes d'œuvres et les ressources.

Voilà toute la trame de l'Encyclique.

Il n'est peut-être pas téméraire d'admettre, avec M. Perriot, que Léon XIII, estimant, comme il arriva fréquemment en d'autres circonstances, avoir résolu pratiquement les difficultés par un lumineux exposé de doctrine, se soit en effet proposé d'écarter les objections contre la dénomination de démocratie chrétienne, avec la conviction ou l'espoir que les démocrates chrétiens, par reconnaissance, sui- ^Taient fidèlement ses recommandations.

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Qu'en advint-il ? Nous en dirons un mot plus loin.

Un fait précis, que nous mentionnerons tout à l'heure, viendrait à l'appui de cette interprétation. Ce sont les paroles du Saint- Père, dans son allocution de Noël, à la fin dé l'année 1902.

M. Fonseg-rive , mieux placé que d'autres pour connaître exactement la vérité, aurait donc, par son aveu, exprimé une réalité que les faits rapportés dans les chapitres précédents rendent bien vraisemblable, quand il écrit :

C'est cette action populaire inspirée par les principes chi'étiens que Léon XIII, cédant à de pressantes instances, a consenti à appeler du nom. de démocratie chrétienne (i).

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