I. — « L'Univers » délateur
C'est à contre-cœur que nous abordons ce chapitre des délations de l'Univers contre la Vérité auprès du Saint-Siège, mais il importe à notre sujet.
Au point de vue politique, la question des torts de la Vérité est suffisamment élucidée (i),et le différend n'offrirait plus d'intérêt; il en prend un tout nouveau au point de vue des erreurs sociales.
(i) Voir Cas de conscience.
Il est d'abord impossible de ne pas qualifier de son vrai nom un procédé que rien n'excuse,et dont la profession d'un plus pur christianisme aggrave encore le tort, pour ne pas dire le scandale . On a toujours le droit de signaler, voire même, dans certaines conditions, de dénoncer l'erreur. Mais, toujours aussi, c'est une mauvaise prière et un déplaisant hommage à Dieu ou à son Vicaire, de leur offrir son tribut en y mêlant l'accusation de ses frères et en se glorifiant de ne pas leur ressembler.
Et que dire, si les torts dénoncés sont du côté du délateur, et non de l'accusé?
Or, c'est là ce que les faits démontreront.
Les documents que nous allons citer sont extrêmement suggestifs. Ils ont trait aux adresses publiques adressées par l'Univers au Souverain Pontife en diverses circonstances.
De la lecture de ces pièces se dégagent ces remarques :
L'Univers prend un soin invariable d'attester son égale fidélité aux enseignements sociaux de Léon XIII et à ses directions politiques.
Le cardinal Rampolla, répondant au nom du Saint-Père, garde un silence invariable sur le premier point, et ne répond que sur le second, comme si le succès de la politique pontificale importait seul. Et cela offre matière à réflexions.
Nous aurons à montrer ensuite l'Univers interprétant aussi abusivement l'enseignement social de Léon XIII que l'Encyclique sur le ralliement.
Il faudra arracher la poutre qui est dans son œil et lui faire reconnaître que, dans celui de son voisin, la paille n'existait pas.
Voici, avec un prologue, l'adresse envoyée par
i74 L-A- DÉMOCRATIE CHRETIENNE
l'Univers à S. S. Léon XIII, à Foccasion de son jubilé épiscopal {Univers, 2 mars 1894) :
Les pi-escriptions du Saint-Père sur la question sociale et sur le devoir politique au point de vue des intérêts relig-ieux ont soulevé, même parmi les catholiques, des interprétations diverses et rencontré des résistances plus ou moins accusées. Dès le début, l'Univers a pris ces prescriptions pour règ-le, pour loi, et s'est appliqué à les faire accepter loyalement et entièrement de tous. D'autres, qui les commentaient de manière à n'y rien trouver de précis et d'applicable, rien non plus, par conséquent, d'oblig-atoire, nous ont reproché d'en exagérer le caractère et d'en tirer plus que le Pape n'en demandait. Déjà nous avions été rassurés sur ce point et nos lecteurs l'ont su. Cependant, du côté où l'on ne veut pas marcher, on a continué de dire que nous allions trop loin. La juste mesure^ c'était de louer, bon g-ré, mal g-ré, les Encycliques sans dire un mot qui pût g-êner ceux qui les réprouvent ouvertement.
Dans l'espoir d'être de nouveau et définitivement rassurés nous avons prié S. E. le cardinal secrétaire d'Etat, de vouloir bien remettre à Sa Sainteté Léon XIII, la lettre suivante :
Paris, i5 février 1894.
Très Saint-Père, J'avais caressé le projet d'aller à Rome pendant le' Jubilé épiscopal de Votre Sainteté, afin de lui exprimer de vive voix tout mon respect, tout mon amour, toute mon obéissance et de lui demander pour l'Univers, sa bénédiction. Les circonstances ne m'ont pas permis de me donner cette joie. J'espère l'avoir bientôt, mais au moment où la solennité du Jubilé prend fin, j'éprouve le besoin de Vous répéter, très Saint Père, que le journal
(i) MM. Auguste Roussel et Arthur Loth avaient quitté la rédaction de l'Univers au mois de mai iSgS, pour fonder ?a Vérité.
l' (C UNIVERS » ET LA. « VERITE FRANÇAISE » 176
l'Univers vous appartient tout entier. Il est fait pour suivre en tout vos enseignements et pour les défendre hardiment, sans aucune réticence, contre quiconque les attaque ou les méconnaît, soit ouvertement, soit en s'efforçant d'en fausser le caractère, d'en diminuer la portée.
Cette dernière lutte est particulièrement pénible^ elle nous a paru aussi particulièrement nécessaire. Les adversaires dont Vopposition aux enseicfnements de Votre Sainteté est ouverte^ ne peuvent entamer les catholiques, ni même avoir beaucoup d'action sur les hommes honnêtes, mais indécis qui hésitent encore à faire de V Encyclique Rerum Novarum et de V Encyclique Au milieu des sollicitudes, la règle de leur conduite. Il en est autrement de ceux qui, tout en protestant de leur respect pour les prescriptions du chef de l'Eglise, les commentent de telle sorte qu'il n'en reste rien. Ces derniers gênent le mouvement que veut le Saint-Siège, et pourraient l'arrêter si Von ne dénonçait pas leur tactique. Aussi croyons-nous remplir un devoir en la dénonçant.
Dans ce combat^ comme dans tous ceux que l'Univers a livrés jusqu'ici, que Votre Sainteté me permette de le répéter, nous n'avons qu'un but : servir l'Eglise, et qu'une règle : suivre d'un esprit confiant, d'un cœur ferme, avec désintéressement et pleine obéissance — une obéissance à la fois préventive, passive et active, disait Louis Veuillot — le Vicaire de Jésus-Christ.
Plusieurs fois déjà Votre Sainteté a daigné bénir nos efforts et me faire savoir que nous comprenions ses enseignements comme il faut les comprendre, humblement prosterné devant Elle, je la prie de nous bénir encore.
Le rédacteur en chef du journal l'Univers. Eugène Veuillot (i).
(i) Le 19 février 1893, avant la scission de V Univers, Eugène Veuillot disait dans une adresse magnifiquement encadrée, à l'occasion du jubilé épiscopal de Léon XIII : « Le combat est devenu
U Univers donne ensuite la réponse du cardinal Rampolla, qu'il désigne improprement sous le nom de Lettre du Saint-Siège.
Très honoré Monsieur,
L'hommag-e des sentiments filiaux de dévouement et d'attachement qu'en votre nom et aussi- au nom de vos collaborateurs de V Univers, vous avez voulu renouveler au Saint-Père, avant la fin de son Jubilé épiscopal, ne pouvait manquer d'être très ag-réable à Sa Sainteté. Elle aime à se rappeler la promptitude avec laquelle la direction de ce journal a répondu à ses désirs et s'est appliquée à faire mieux connaître et apprécier le but élevé qu'Elle s'est proposé par la lig"ne de conduite qu'Elle a prescrite aux catholiques français.
Je me suis donc empressé de remettre entre les mains vénérées du Saint-Père la lettre respectueuse incluse dans le pli envoyé par vous, le i5 courant. L'au§"uste Pontife l'a accueillie avec des témoig-nages manifestes de contentement. Il m'a charg-é de vous remercier des assurances de dévouement et d'affection contenues dans cette lettre. Sa Sainteté a eu des paroles de grande louang-e pour vous et pour vos collaborateurs, de même que pour cette œuvre, dont Elle s'est déclarée pleinement satisfaite. L'attitude jusqu'à présent observée par V Univers est une g-arantie certaine que ce journal continuera aussi, dans l'avenir, à se régler sur les désirs du Saintplus vif; mais, grâce à Vos Encycliques, nous avons acquis plus de force et le chemin est mieux éclairé. Lumen in cœlo. Nous aurons raison ^des ennemis de race et nous retrouverons de dévoués compagnons d'armes du côté où des préoccupations politiques rendent momentanément de sincères catholiques ^réfraciaires à vos enseignements. Oui, cet obstacle sera écarté, et vos fils de France, unis dans le devoir et l'amour justifieront une fois de plus cette parole de l'un de ceux qui, de nos jours, ont le mieux servi l'Eglise : Nous croyons, Très-Saint Père, que Votre autorité ne peut être définie que par Vous-même, et nous vous reconnaissons tous les droits que Vous Vous reconnaissez. »
h « UMVERS » ET LA « VERITE FRANÇAISE )) I77
Père, quant à la manière de défendre les intérêts des catholiques français. C'est pourquoi Sa Sainteté est assurée que vous et vos collaborateurs continuerez à bien servir la bonne cause et, en gag-e d'une bienveillance spéciale, vous accorde, avec une affection paternelle, la bénédiction apostolique.
Je suis heureux de vous manifester ces sentiments bienveillants du cœur du Saint-Père et, en vous remerciant des paroles courtoises que vous voulez' bien m'adresser personnellement sous ce même pli, je m'empresse devons assurer de nouveau, très honoré Monsieur, de ma considération la plus distinguée et de mon 'affectueux dévouement.
M. card. Rampolla.
Rome, 22 février 1894.
Le 3i décembre de la même année, Eugène Veuillot était honoré d'une nouvelle approbation, et la faisait sonn er encore plus haut que la précédente . Mais il fallut attendre plusieurs semaines le texte de la supplique qui l'avait provoquée. Ne pouvant se dérober plus longteraps, T Univers du 6 février 1896 le donna avec cette explication :
Des amis et des adversaires nous demandent pourquoi nous n'avons pas donné la lettre que nous avions adressée à Son Eminence le cardinal Rampolla.
Si nous n'avons pas publié notre lettre, c'est uniquement parce que la réponse que nous avions reçue était si importante qu'il nous a paru mieux de la donner seule (!).
Paris, 9 décembre 1894.
Eminence,
C'est avec joie qu'à l'occasion du douzième anniversaire de votre consécration épiscopale l'Univers a exprimé les sentiments que, nous, nos amis et nos lecteurs, nous portons à Votre Eminence, au ministre de
PROGRÈS DU LlBÉR. — Il 12
Léon XIII. A cette expression collective de notre respect et de notre reconnaissance, je me permets d'ajouter des remerciements personnels.
J'ai toujours présentes a l'esprit les bonnes paroles que Votre Eminence à bien voulu joindre aux témoig-nag-es de satisfaction que le Saint-Père a daig-né plusieurs fois nous donner. Les encouragements de Rome, toujours si précieux, sont dans les circonstances actuelles un réconfort nécessaire. Ils éclairent la voie qu'il faut suivre et nous y affermissent: en même temps, ils nous fortifient près du public chrétien et de tout homme de bonne foi, qui voyant, chez les catholiques, des dissentiments sur la conduite à tenir quant à la question politique et aux réformes sociales, a besoin de savoir quels sont ceux qui interprètent les prescriptions du Saint-Siège comme il faut les interpréter.
Certes, il ne devrait pas y avoir de doutes, car le Souverain Pontife a parlé de manière à éclairer tout le monde. Mais l'esprit de parti et l'esprit d'école ont produit, même dans le milieu chrétien, tant d'interprétations restrictives, tant d'arguties, que la lumière n'arrive pas encore pleinement à tous ceux qui, de bon cœur, l'accepteraient et la propageraient. Le mouvement que veut le Pape n'en est pas arrêté. Dieu merci^ mais il en est gêné.
Dans ces luttes, j'ai la ferme résolution de suivre toujours la direction de Rome, et je crois n'y avoir jamais manqué. C'est la tradition de L'Univers, et il n'y sera pas touché. A la fois, libres et soumis, n'engageant que nous-mêmes, nous ne désirons qu'une chose : la certitude d'être dans la ligne où le chef de l'Eglise veut que soit la presse catholique.
Si Votre Eminence pense que l'expression de ces sentiments puisse être agréable au Saint-Pèfe,y'o5e la prier de les Lui faire connaître et de Lui demander pour notre œuvre une bénédiction qui la protège contre l'accusation insupportable, dont on nous frappe, d'exagé-
t. « UNIVJERS » ET LA (C VÉRITÉ FRANÇAISE » 17g
rer et de fausser, par calcul ou excès de zèle, les enseiffnemenfs du Saint-Siège.
Daig"ne Votre Eminence agréer l'assurance du profond respect et de l'absolu dévouement avec lesquels j'ai l'honneur d'être son très humble serviteur.
Eug-ène Veuillot, Rédacteur en chef de l'Univers,
Voici la réponse du cardinal Rampolla :
Comme vous avez pu. l'apprendre par mon télég-ramme d'hier, le Saint-Père a daigné accueillir avec un vif plaisir l'hommage des vœux que vous et vos collaborateurs avez voulu lui offrir au retour des saintes fêtes de Noël. Puisque tout ce qui vient de ses fils affectionnés est toujours ag-réable à un père^ Sa Sainteté ne pouvait manquer d'accueillir avec une satisfaction spéciale, etc.
Votre promptitude à vous conformer à la direction du Saint-Sièg-e est encore d'autant plus ag-réable à Sa Sainteté pour un autre motif. Elle ne sait que trop qu'un autre journal {(jualche altro ffiornale), malgré de fréquentes protestations de dévouement au Saint- Sièg-e, suit, en réalité, une lig-ne de conduite qui n'est pas celle que le Saint-Père a tracée, et qui par conséquent, à l'insu de ceux qui le soutiennent, est une cause de division et par suite de faiblesse parmi les catholiques. II est facile de comprendre par là que les catholiques dévoués au Saint-Père ne peuvent continuer à soutenir de tels journaux.
C'est pourquoi le Saint-Père se plaît à espérer que l'Univers se maintiendra toujours dans la voie où il est entré d'une manière si louable dès qu'il a connu ses désirs ; et de même il a confiance que cette conduite digne d'éloges lui attirera de plus en plus la sympathie des catholiques français.
l8o LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE
Dans ce but, Sa Sainteté vous a de grand, cœur accordé la bénédiction apostolique, etc. (i)...
Le but évident de cette lettre était d'accréditer L'Univers comme le principal, et, s'il se pouvait, Tunique organe des catholiques.
Les documents dont cet ouvrage est rempli nous autorisent à dire que si ce dessein avait réussi, c'eût été un grand malheur pour l'Eglise en France.
Les encouragements du cardinal RampoUa étaient sans doute d'un grand prix pour Eugène Veuillot ; mais l'importance du document consistait principalement à ses yeux dans une petite phrase où le secrétaire d'Etat, adoptant les procédés de l'Univers, mêlait à ses félicitations pour lui un blâme pour d'autres .
Quels journaux ou quel journal, car on discuta beaucoup sur le sens grammatical de la phrase, étaient visés par ce qualche altro giornale?
L' Univers , qui avait sans doute de bonnes raisons pour le supposer, déclara bien haut, et répéta chaque jour que c'était expressément la Vérité. Les directeurs de ce journal, justement révoltés d'être traités quotidiennement en mauvais catholiques par des confrères sans autorité, demandèrent respectueusement à Rome de se prononcer. La réponse fut la lettre de blâme que tout le monde connaît. Nous l'avons reproduite ailleurs (2). Ce qu'il importe de relever ici, c'est que le cardinal Rampolla, dans cette lettre, déclare expressément se borner au point de vue politique, dont nous ne nous occupons pas en ce moment (3).
(i) L'Univers, 3i décembre 1894.
(2) Cas de conscience, p. 176.
(3) Le cardinal Rampolla dit : « Or, en me bornant à la question politique, etc.. »
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Au mois d'octobre 1894, M. Tabbé Naiidet prenait la direction du journal le Monde. Ayant écrit à Rome, pour obtenir une approbation de son entreprise,il reçut du cardinal Rampolla la lettre suivante, datée du 10 août :
Illustrissime Seig-neur,
Aussitôt après avoir reçu la lettre écrite par Votre Seig-neurie, je me suis empressé d'annoncer au Saint- Père qu'elle acceptait de se charg-er de la direction du journal le Monde.
Sa Sainteté a appris cette nouvelle avec satisfaction parce qu'elle connaît les sentiments dont Votre Seig-neurie est animée. Elle a Vu, dans la dernière lettre que vous m'avez adressée, une nouvelle assurance du dessein où vous êtes de suivre en tout la lig"ne de conduite qu'elle a tracée et de faire vos efforts pour travailler efficacement à persuader toujours davantag-e aux catholiques français qu'ils sont dans l'oblig-ation de se conformer aux doctrines et aux conseils qui émanent du Sièg-e apostolique.
Le Saint-Père est convaincu que Votre Seig-neurie, en travaillant sur ce terrain, ne tardera pas à en recueillir de bons fruits parce qu'elle obtiendra certainement la faveur et l'appui de tous ceux qui,s'intéressant à la'prospérité de la France, désirent qu'un journal qui a déjà bien mérité de la cause catholique continue à servir les vrais intérêts de cette illustre nation.
Voulant néanmoins mettre l'œuvre de Votre Seig-neurie sous de favorables auspices, l'Aug^uste Pontife se plaît à lui envoyer, pour elle et pour ceux qui la seconderont dans sa nouvelle entreprise, une spéciale bénédiction apostolique, que je suis heureux de lui annoncer,
De Votre Seigneurie, le très affectionné serviteur.
M. card. Rampolla.
Les formules louang-euses du Secrétaire d'Etat
s'appliquaient-elles heureusement à un homme comme M. Fabbé Naiidet? Le lecteur est à même d'en juger. Mais on serait bien en peine de découvrir à travers ces compliments une appréciation explicite des idées sociales du destinataire. Cela permettait, il est vrai, à M. l'abbé Naudet d'écrire dans son premier article :
Il est bon de dire, dès le premier jour, très nettement, que notre action politique et sociale, comme elle l'a toujours été dans ce journal, reste conforme aux enseig-nements venus de Rome (i).
Au point de vue social, nous continuerons aussi de suivre absolument l'Encyclique de Conditione opificuni. et tous les documents cki Saint-Siège qui en expliquent et en précisent le sens.
Mais cela n'empêchait pas l'Univers de dire, le a6 septembre 1894 :
Le Vatican, qui avait déjà béni les journaux catholiques de Paris dévoués à ses enseignements et travaillant à les propager : le Monde, la Croix^V Observateur français, le Peuple français et V Univers, prouve une fois de plus, par les encouragements donnés à M. Naudet, comment il veut que les Encycliques sur la. condition DES ouvriers et sur notre situation politique soient comprises, défendues, appliquées.
Deux ans après, le Monde, étant sur le point de disparaître, fusionna avec V Univers. Ce fut l'occasion d'un nouveau recours aux approbations ponti-
(i) On lit dans lo. Démocratie chrétienne du 8 novembre iSg^i page 12 du tract : A gui vont les encouraffements du Pape?
« Nous pouvons même dire plus, sans crainte d'être démentis.
« Si M Tabbé Naudet a pris la direction du Monde, ce fut sur L'ordre même du Saint-Père. (C'est la revue qui souligne.)
« V^oilà donc comment Léon XIII apprécie ce que nous appelons VEtat-major de la Démocratie chrétienne, »
l' (( UNIVERS » ET LA (C VERITE FRANÇAISE » l83
ficales. On remarquera dans la lettre d'Eng-ène Veuillot la solidarité qu'il accepte avec la direction du Monde, où M. Naudet avait jeté sur tout sujet, tant d'idées dangereuses, et, dans la réponse du Cardinal Rampolla, la même préoccupation exclusive de la politique pontificale. On pourrEiit ajouter qu'il est muet sur le fait de la fusion, et parle de bruits de changements dans cette politique, sans que la lettre d'Eugène Veuillot en fasse mention, comme si le cardinal répondait à une autre lettre inconnue de nous.
Paris, 3 octobre 1896.
Très-Saint Père,
Lés encouragements, les bénédictions dont plusieurs fois Votre Sainteté a fortifié V Univers et les témoignages semblables qu'en diverses circonstances elle a donnés au Monde me font prendre liberté de lui signaler les premiers résultats de l'union de ce journal à l'Univers.
Sans avoir toujours eu en tout absolument la même attitude, L'Univers et le Monde n'ont jamais cessé d'être soumis de tout cœur au Saint-Siège et de suivre ses directions. Lear accord a été complet du sujet des devoirs que les Encycliques De conditione opificum et « Au milieu des sollicitudes-» imposaient à la presse religieuse. Cet accord s'est maintenu, quant au fond, sur toutes les questions qui depuis lors ont gravement intéressé et parfois divisé les catholiques.
La plupart des hommes de foi et d'obéissance résolus à suivre loyalement les encycliques désiraient que cette entente des deux journaux aboutît à une fusion. Il en a été ainsi. Le Monde s'est joint à l'Univers et plusieurs de ses rédacteurs ou collaborateurs ont renforcé notre rédaction . Notre publicité s'est notablement étendue ; à l'union des vues nous avons pu joindre l'unité d'action. C'est un premier profit pour la cause.
l84 LA- DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE
Ce n'est pas tout le résultat que nous visons ; conformément aux prescriptions de Votre Sainteté auxquelles, loin d'être réfractaires en quoi que ce soit, nous sommes pleinement et chaleureusement dévoués, nous voulons travailler à l'union de tous les catholiques sur le larg-e terrain que vous avez marqué et où doit venir quiconque comprend le devoir relig-ieux, social et politique.
En présence de la confusion actuelle des idées et du conflit des intérêts, nous sentons qu'il faut en même temps affirmer les principes et ne pas faire un Journal de parti. Nous entendons montrer aux hommes de bonne volonté, d'où qu'ils viennent, que sans les catholiques ils ne pourront obtenir la paix et l'ordre, et que, pour cette œuvre de salut, les catholiques, selon voire lettre, Très-Saint-Père, à Mg-r l'évêque de Grenoble, sont prêts à leur donner la main. Voilà le but que nous poursuivons .
Humblement prosternés aux pieds de Votre Sainteté, mes collaborateurs et moi nous vous demandons, en fils à jamais fidèles, une bénédiction qui accroîtra notre confiance dans le succès et nos forces.
Eug"ène Veuillot.
Voici la réponse qu'au nom du Saint- Père M. Eugène Veuillot reçut de S. Em. le cardinal secrétaire d'Etat :
Très honoré Monsieur,
J'ai remis entre les mains vénérées de Sa Sainteté la lettre contenue dans votre honorée communication du 3o octobre dernier.
J'ai maintenant le plaisir de vous informer que le Saint-Père a appris avec satisfaction et a apprécié ce que vous et vos excellents collaborateurs faites, d'une façon louable, pour seconder la direction et les règ-les données par le Saint-Siège en vue de procurer la concorde et Vu-
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nion des catholiques en France et de favoriser efficacement les intérêts religieux.
Telle a été, en effet, et non pas autre, l'intention de Sa Sainteté en désirant que les catholiques français mettent de côté les diverg-ences politiques qui les séparent et, unanimement, s'appliqiient à réclamer, par les voies légales, la liberté et les justes réparations dues à l'Eglise.
Il n'est donc pas permis de supposer qu'une pareille direction puisse être modifiée. Elle a été uniquement dictée par les intérêts suprêmes delà religion et par l'affection particulière que nourrit l'Auguste Pontife pour cette noble nation.
Puisque vous avez donné des preuves constantes d'attachemenfet de fidélitéau Saint-Siège en n'écoutantpas les bruits répandus pour troubler les âmes au sujet d'un prétendu changement de direction, soyez sûr que rien ne sera modifié dans notre ligne de conduite, bien connue, tracée aux catholiques français, à laquelle il est nécessaire qu'ils se conforment pour le bien de la religion et de leur patrie elle-même.
Persuadé que l'œuvre faite par vous et vos collaborateurs contribuera aussi dans la suite à réaliser les directions qu'il a données, l'Auguste Pontife est heureux de vous accorder à vous et à vos collaborateurs, avec une paternelle affection, la bénédiction apostolique.
Je vous en informe et me dis de nouveau, avec les sentiments d'une particulière estime.
Très affectueusement pour vous servir
M. Cardinal Rampolla.
Rome, 9 novembre 1896.
Les efforts de V Uniuers t^out sa faire authentiquer comme le bon interprète de l'Encyclique Rerum Novarum et des enseignements sociaux de Léon XIÏI sont donc demeurés vains. Et c'est fort heureux.
l86 LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE
Assurément, il avait le même droit que les autres de commenter ces enseignements et d'émettre son opinion sur les questions libres. Peut-être eût-il été sag-e de ne pas transformer le journal en chaire de, théologie. Mais puisqu'on a eu la prétention de s'ériger en maître et en juge, puisque quiconque ne partageait pas les opinions de l'Univers devenait réfractaire aux enseignements de l'Eglise, il est bon d'examiner ce qu'elles étaient.
Or, c'est l'Univers qui a soutenu les interprétations fausses de l'Encyclique Rerum Novarum sur tous les points.