‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 80 sur 118 · V. — L'Univers et la fausse démocratie chrétienne · texte numérisé non relu

V. — L'Univers et la fausse démocratie chrétienne

De telles collaborations disent assez, par ellesmêmes, ce que pouvaient être la valeur, la fermeté du journal au point de vue de la doctrine; mais il

(i) Les Erreurs du Sillon, i vol. in- 12.

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faut montrer par des faits encore plus précis la faveur et l'appui qu'il donnait aux partisans les plus hasardeux de la réforme démocratico-sociale. Nous avons cité plusieurs fois la revue de la Démocratie chrétienne et son fameux tract. L'Univers, quand il parut, en donna quatre colonnes de citations, avec ce préambule :

La Démocratie chrétienne public, comme nous l'annoncions l'autre jour, une série de documents destinés à montrer d'une façon très claire, même pour fceux qui ne veulent par voir, de quel côté vont les encouragements du Pape. Nous ne pouvons song-er à reproduire dans nos colonnes tout ce dossier, qui prend quarantequatre pag"es de la vaillante petite revue sociale. Nous savons, d'ailleurs, que l'on a l'intention de propag-er activement ce numéro ; il a été tiré à un g-rand nombre d'exemplaires, et nous eng-ag^eons tous nos lecteurs à se le procurer. En attendant qu'ils l'aient sous les yeuXj ]Dornons-nous ici à i-éunir et présenter un faisceau des pièces les plus probantes (i)...

M. l'abbé Pottier, fondateur de l'Union démocratique de Liège, ou de l'Ecole de Liège, était, on s'en souvient, l'un de ceux en faveur de qui la revue invoquait le plus hautement ce prétendu patronage.

Ce que nous avons cité de ses écrits doit avoir suffisamment édifié le lecteur (2).

Lorsque, au Congrès de Liège, en iSgS, il avait voulu faire discuter son rapport sur le minimum du salaire, Mgr Korum, évêque de Trêves, enveloppant d'une forme plaisante un jugement sévère,

(i) i3 novembre 1894.

(2) Voir pages 36 et suiv.

fit écarter cette discussion, en disant du rapport : Cest du picrate de potasse (i).

D'ailleurs, nous aurons tout dit en ajoutant que M. Fabbé Daëns lui-même, l'abbé Daëns, interdit et suspendu de ses fonctions, chef des démocrates dissidents, trouvait les idées sociales de M. l'abbé Pottier trop avancées, et faisait à ce sujet ses réserves (2).

Or, l'Univers n'a jamais manqué de soutenir le chef de l'Ecole de Liège, sans critiquer aucune de ses théories.

On lit à la date du 5 janvier 1894 :

Mgr de Harlez, l'éminent prélat Belg-e, a écrit à M. l'abbé Pottier une longue, très intéressante et belle lettre que publie le Bien da Peuple, l'excellent organe démocratique chrétien de Liège.

On sait que M. l'abbé Pottier, ce véritable apôtre, est très vivement attaqué en Belgique, et même en France,

(i) La T''eVfie,i4 janvier 1894.

(2) M. l'abbé Daëns, prêtre interdit, présente en ces termes la candidature de M. l'abbé Pottier aux élections législatives de 1900 :

« Faut-il rappeler que c'est M. l'abbé Pottier qui déclara la guerre au conservatisme clérical? Que c'est lui qui fut à la ligue démocratique l'actif instrument de la chute de M. Helleputte du fauteuil présidentiel?... Que ce fut lui qui rédigea comme une nouvelle déclaration des droits de l'homme, le programme de l'Ecole de Liège, où se trouvent des points si avancés que nous sommes obligés de faire certaines réserves sur ce sujet ?

«Il en est ainsi, par exemple, des articles 11 et i3, qui assignent aux syndicats de fermiers de fixer le taux des fermages à eux seuls^ etc.. »

Le principal organe de la démocratie socialiste, la Réforme, écrit, par la plume de M. Georges Lorrand, en rendant compte du programme de l'Ecole de M. Pottier :

« Jamais, même dans le parti ouvrier, on n'est allé aussi loin. . . Bravo ! Monsieur l'abbé, ce n'est certes pas moi qui contredirai à ce plan proud'honien, vraiment orçranique, profondément socialiste et « anarchiste » au sens scientifique du mot... (Cité par la Semaine religieuse dn Cambrai, J7 février 1900.)

On ne peut nier, après cela, que V Univers ne se montrât admirablement progressiste, en prônant sans réserve l'Ecole de M. Pottier et son programme d'Union démocratique.

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par les vieux conservateurs et les catholiques libéraux, pour son œuvre sociale. L'éminent et vaillant professeur du grand séminaire de Lièg-e se défend avec calme, éloquence et vigueur. Il vient d'avoir, avec une Gazette de là-bas, une polémique qui a tourné au complet désavantage de cette feuille, battue sur toute la ligne et réduite à des personnalités sans politesse et sans esprit. ,^^

Mgr de Harlez écrit donc à M. l'abbé Pottier pour le soutenir et l'encourager.

Nous ne pouvons, à notre grand regret, citer toute cette lettre, aux arguments si péremptoires. En voici, du moins, un large fragment, que nous engageons très vivement les lecteurs à méditer (i).

i4 septembre 1894.

M. l'abbé Pottier est candidat à Vcrviers pour les élections qui auront lieu en Belgique dans un mois. Nous sommes heureux que le prêtre savant et courageux ait accepté cette nouvelle mission de dévouement. L'exemple donné par M. l'abbé Pottier est un élément de force et d'ardeur pour les catholiques Belges qui se sont engagés si énergiqueraent dans la voie des réformes sociales. Nous nous réjouissons des espérances^ éveillées par cette candidature. La présence de M. l'abbé Pottier au Sénat' sera un grand avantage pour la cause qui doit rapprocher le peuple et l'Eglise.

3 juillet 1895, à la suite d'une lettre de Mgr Doutreloux, évêque de Lièg-e, sur les discussions soulevées :

Le Courrier de Bruxelles, évidemment irrité de la lettre, si sage pourtant et si mesurée, écrite par Mgr

(i) Mgr de Harlez est connu pour ses opinions ultra-libérales et son active propagande en faveur de la nouvelle école.

24o LA DÉMOCRATIE CHRETIENNE

Doutreloux, essaie de se dédoramager en récriminant contre le groupe de la démocratie chrétienne.

Laissons donc de côté, dit-il, les exagérations démocratiques que Rome même n'approuva pas, et mettonsnous d'accord sur un programme où seront mis en première ligne les intérêts généraux du parti catholique, c'est-à-dire notre vieux programme de défense religieuse et où pourront figurer les réformes sociales acceptées de la majorité des catholiques immédiatement réalisables.

Evidemment Rome n'approuve aucune exagération ; mais ce que voulaient certains catholiques, c'était de voir blâmer M. l'abbé Pottier et ses amis. Or, le blâme n'est pas venu, et les conseils qui sont donnés sont de ceux que M, l'abbé Pottier peut accepter et observer pleinement sans avoir rien à changer dans ses sentiments ni dans sa ligne de conduite.

3o décembre 1894.

Le Bien da Peuple, de Liège, Forgane de la Ligue démocratique belge, devient quotidien, à partir de ce jour; c'est la preuve du succès des démocrates chrétiens. Nous le constatons de bon cœur, étant d'accord avec eux sur le principe auquel ils obéissent.

Ce principe, c'est celui de la m.ise en pratique de ce conseil si sage et si grave de Léon XIII : Allez au peuple ! Car la source vive où tant de dévouements ont puisé leur inspiration et leur force, c'est l'Encyclique sur la Condition des Ouvriers . . .

Et ce que l'Encyclique, a dit le Souverain Pontife, n'a cessé, avec une persévérance extraordinaire, de le répéter sous toutes les formes, approuvant constamment ceux qui marchaient hardiment dans la voie sociale qu'il avait une fois tracée...

A Liège, ces réfractaires n'ont pas eu le dessus. L'œuvi^e, fécondée par les plus ardents et les plus généreux dévouements, a grandi et s'est fortifiée. La Ligue démocra-

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tique s'est développée, et son orgj-ane accomplira dorénavant chaque jour la tâche qu'il remplissait chaque semaine.

Il suivra les conseils que lui donne Mgr de Harlez, dans la lettre toute inspirée des besoins de l'heure présente, qu'il lui adresse et qu'on lira plus loin.

Aujourd'hui l'œuvre de M. l'abbé Pottier est en bonnfr voie.

Mais que de protestations s'élevèrent lors de ses premières manifestations ! Nous croyons encore les entendre. Combien de prophètes de malheur qui prédirent alors et aussitôt la chute prochaine, imminente, du parti catholique belge, et les catastrophes inévitables qui résulteraient de doctrines dang-ereuses et subversives.

Les démocrates chrétiens ont laissé dire, ils ont marché, ils ont org-anisé le peuple, et le résultat a été, aux élections récentes, l'écrasement de la maçonnerie, et, pour les catholiques, un triomphe comme ils n'en avaient jamais remporté.

Chez nous les obstacles ont été dix fois plus considérables et les opposants ont entravé le mouvement.

C'était à prévoir. Nous n'aurons encore que de demisuccès si les catholiques ne savent pas suivre en masse le bel exemple de nos frères de Belgique (i).

3o novembre 1900. — L'Univers enregistre une lettre de félicitations adressée par M. l'abbé Pottier à M. l'abbé Gayraud sur son livre : la République et la paix reliffieuse.W l'accompagne de ces paroles ;

(i) C'est une des contre-yérités les plus audacieusement soutenues par les démocrates chrétiens, d'attribuer aux progrès du parti, en Belgique, les succès des catholiques dans les élections. Il est avéré, au contraire, qu'ils l'ont gravement compromis, et que la reconstitution d'un parti purement catholique a seul sauvé la situation. On peut en voir quelque chose dans Rome et l'Action libérale, chapitre 10.

PROGRÈS DU LlBÉR. — TI — 16

242 LA. DÉMOCRATIE CHaÉTIENNE

« M. le chanoine Pottier, de Liège, dont le nom est connu de tous et la science théologique appréciée de tous nos lecteurs... »

M. Fabbé Daëns a toute la bienveillance de V Univers. Quand il est interdit une première fois par son évêque, en 1894, voici Fheureux tour qu'on prend pour en informer le lecteur :

Nous lisons dans l'excellent « Patriote de Bruxelles » :

M. l'abbé Daëns, chef du parti catholique démocratique à Alost, est l'objet d'une mesure disciplinaire de la part de son évêque, Mg-r Stillemans.

Cette mesure donne lieu, dans la presse anticatholique et dans certaines gazettes conservatrices, à des comincntaires également injustes, également préjudiciables à l'Eglise de Dieu. C'est pourquoi nous nous sentons obligés de parler et de la mesure elle-même et des commentaires.

Mgr Stillemans a averti conJldentieUement, la semaine dernière, M. l'abbé Daëns qui, à raison de sa présence dans des réunions tapageuses et indécentes, — c'est-à-dire, nous assure-t-on, dans des meetings électoraux — il lui interdisait de dire la messe dans des églises et oratoires publics. Il suit de là, contrairement à ce que disent certaines gazettes conservatinces et maçonniques — Courrier et Etoile accouplés ! — que ÎI. Daëns, prêtre non attaché au ministère pastoral, n'est nullement interdit, — mais que la perm.ission^de célébi'er les saints mystères est, en ce qui le concerne, limitée à des lo3aux non publics.

Autre conséquence, non moins évidente: les doctrines de la ligue démocratique belge, dont M. Daëns s'est fait le porte-voix dans ran'ondissement d' Alost, ne sont l'objet d'aucune censure.

D'ailleurs, pour qui connaît les sentiments de Mgr

Stillemans, enfant du peuple, prêtre appelé à Tépiscopat par le Pape immortel de l'Encyclique sur la condition des ouvriers, — il ne peut pas être mis en question que l'évêque de Gand est démocrate de cœur et d'âme. Tout évêque, selon le cœur de Jésus-Christ, sait que les pauvres sont la part d'élite de son troupeau.

Donc, ni interdit, ni censure des doctrines (i).

Trois semaines plus tard, tandis que les principaux journaux catholiques, le Courrier de Bruxelles, le Bien public de Gand, l'Impartial de Gand, la Patrie de Brug-es, la Gazette de Liège, VAmi de r Ordre de Namur, et même le Journal de j6r«;z;e/- /es, étaient unanimes à déplorer l'élection de l'abbé Daëns, l'élu des libéraux et des socialistes, on lisait dans l'Univers :

La lutte acharnée, engagée dans l'arrondissement d'Àlost, vient de se terminer par le succès de M. l'abbé Daëns.

Il faut que le mouvement, à la tête duquel se sont placés les démocrates chrétiens, soit bien fort... pour que M. l'abbé Daëns ait pu triompher, malgré les violentes attaques dont il a été l'objet. D'un côté se trouvait M. Woeste..., de l'çiutre M. l'abbé Daëns, à peine conau depuis quelques mois, ayant été en butte à toutes les attaques, à tous les reproches, blessé dans son honneur sacerdotal, mais non atteint.

Cela n'empêchait pas le même journal de répondre à la Semaine religieuse de Cambrai, qui avait fait une allusion à ces faits :

La Semaine Reliffieuse du diocèse de Cambrai parle de M. l'abbé Dàens, « si prôné », dit-elle, par r Univers.

(i) 26 octobre 1894.

Nous demanderions volontiers à la Semaine de Cambrai où et quand nous avons « si prôné » M, l'abbé Daëns. Mais nous savons, par des expériences réitérées, que, lorsqu'on s'adresse à la bonne foi de cette feuille, on ne trouve jamais personne (i).

M. l'abbé Daëns ayant été publiquement frappé de suspense par l'évêque de Gand, l'Univers Fannonce en ces termes mesurés :

Retiré du Parlement depuis les dernières élections, en exécution d'une décision lui interdisant de représenter sa candidature à Alost, M. l'abbé Daëns ne s'est pas abstenu cependant de participer à diverses réunions de démocrates dissidents.

L'Evêque de Gand, [de concert avec l'archevêque de Malines, pour mettre fin à des dissentiments jugés nuisibles à l'union et au succès des catholiques, a vainement essayé de faire renoncer M. l'abbé Daëns à la politique, en lui procurant même une situation indépendante et des compensations d'ordre matériel.

Gomme, à la suite de troubles déjà anciens, la célébration des saints mystères ne lui était permise que dans des oratoires privés, il fut autorisé à passer dans l'archidiocèse de Malines ; mais des difficultés ayant surg-i, dans l'établissement même d'instruction où il était admis, un temps vint où M. l'abbé Daëns ne célébra plus.

L'irrég"ularité regrettable de cette situation amena l'évêque à appeler son subordonné devant lui : ce dernier refusa et encourut la peine de la suspense, récemment rendue publique et fondée sur l'insurbordination. Il ne nous appartient pas de commenter ces faits, ni de faire écho aux polémiques qui s'en sont suivies. Nous ne pouvons que souhaiter, pour le bien de la religion et aussi de la cause démocratique, que tout s'apaise et rentre au plutôt dans l'ordre (2).

(i) Semaine reliffieuse de Cambrai, 22 décembre 1895. (2) 7 janvier 1899.

Après l'abbé Pottier, après l'abbé Daëns, l'abbé Dabry. Eugène Veuillot écrit le i^*" octobre 1896 :

Ces temps-ci une polémique vive, importante, mais trop personnelle, où l'on a mis l'Univers en cause, a eu lieu entre deux journaux catholiques, l'un rallié et démocrate; le Peuple Français; l'autre demi-royaliste et allié inquiet des réfractaires : la Vérité.

Le Peuple Franqais était représenté par M. l'abbé Pierre Dabry, que M. l'abbé Garnier eh personne est venu soutenir, la Vérité répondait par son rédacteur en chef et premier co-directeur, M. Augaiste Roussel ; c'était, on le voit, un débat et combat où les chefs donnaient. Il s'ag"issait de la lig'ne que suivent, quant aux enseignements et directions du Saint-Siège, ces deux journaux.

M. l'abbé Pierre Dabry est du nombre de ces jeunes prêtres zélés qui, très fermement dévoués à la politique pontificale, — qu'il faut appeler la politique catholique — vont, comme le demande Léon XIII, au <( peuple ». Il y met du talent, du savoir, de la chaleur et môme de la passion, le dernier mot dans V Univers n'est pas un reproche. Nous ne nous défendons pas ici d'être passionnés et, dans la lutte pour la liberté de l'Eglise, nous préférons l'extrême passion à l'extrême sag'esse. La première peut amener des hardiesses de lang'age que l'esprit d'obéissance saura, d'ailleurs, mettre au point; la seconde peut conduire à de dangereux accommodements. Le danger est là, et non dans une parole vibrante qui, méchamment et étroitement commentée, semblera excessive aux méticuleux... (!).

Quand l'abbé Dabry, quittant le journal de M. l'abbé Garnier, fonda la Vie catholique, dans laquelle il devait entasser tant d'erreurs et d'audaces,/'Z7/2i y ers lui adressa une bienvenue élogieuse. Après la Vie catholique, qu'il ne put soutenir, M. Da-

bry fonda le XX^ siècle, puis la Voix du siècle, pui» VÈfflise militante, et, après elle, l'Observateur français. Lors de ce nouvel avatar, l'Univers souhaita la bienvenue au nouveau journal, et le présenta à ses lecteurs comme un org^ane catholique, démocrate et militant (20 octobre 1902).

Lorsque M. Mouthon, directeur de la France libre de Lyon, dont nous avons rapporté plus haut les exploits contre le cardinal Coullié, dut cesser la publication de son journal, l'Univers lui adressa les adieux suivants (3i janvier 1899) :

L'ai-dent et vig-oureux journal, qu'une poignée de jeunes, pleins de vaillance et d energ-ie, portant un beau capital d'idées et de talent, avaient fondé à Lyon, il y a six ans, diparaîtaujourd'hui. M. Mouthon, son directeur, nous apprend que, si la France Libre avait conquis, surtout pai'mi le peuple et le clerg-é, des sympathies nombreuses, elle n'avait point rencontré tous les appuis sur lesquels ses fondateurs croyaient pouvoir compter, ni même tous les concours qui lui avaient été promis.

Sur quelques points de conduite et de détail, sur telle ou telle question d'attitude et de lang-ag-e, il nous est arrivé parfois de ne pas être pleinement d'accord avec ce journal. Il y a même, en sbn dernier numéro, certains mots dont Famertume est peut-être excusable en un pareil moment, mais que nous ne pouvons pas approuver.

Toutefois, l'occasion ne serait pas heureuse à parler de ces diverg-ences. A l'heure où un ami succombe, après avoir lutté vaillamment pour la cause communs, on no song-e pas à parler des dissentiments qu'on a pu avoir avec lui, ni à lui reprocher quelques paroles excessives arrachées par l'ang-oisse et la douleur de la mort.

Ce que nous trouvons à exprimer aujourd'hui, c'est un témoig-nag-e de sympathie cordiale et chaleureuse à ces jeunes gens qui^ sous le drapeau de la démocratie chré-

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tienne, ont défendu, avec autant d'ardeur que de droiture et avec une vig"ueur de plume à la hauteur de leur g-énérosité de cœur, la grande cause des prescriptions sociales et politiques de Léon XIII.

Leurs efforts n'auront pas été dépensés vainement, en contribuant d'une façon aussi courag-euse à la diffusion d'une idée juste et à la création d'un merveilleux mouvement de propagande; ils ont creusé un sillon d'où g-ermera, plus tard, une moisson féconde. Et nous espérons qu'après une disparition momentanée ils seront là pour les recueillir.

Après l'abbé Pottier, après l'abbé Daëns et l'abbé Dabry, l'abbé Naudet.

Le lecteur, a'jant vu dans quels termes Eug-ène Veuillot annonçait au Saint-Père la fusion du Monde avec r Univers, trouvera naturel que celui-ci ait présenté avec les plus g-rands éloges à son public les écrits du directeur du Monde. Et, justement, ses principaux articles dans ce journal ayant été réunis en volume, sous ce titre : Vers Vavenir, r Univers lui décerna en premier- Paris le compterendu suivant par la plume de M. Emmanuel Desgrées du Loû (19 ^vril 1896) :

Vers l'avenir, c'est le titre d'un livre que M. l'abbé Naudet vient de publier chez l'éditeur Lecoffre.

Tous ceux qui s'intéressent au mouvement d'idées dont les encycliques sur la question sociale et la question politique ont été le point de départ voudront lire ces pages chaleureuses où, d'un bout à l'autre, « s'affirment l'ardeur apostolique du prêtre et la loyale franchise de l'homme.

L'impression qui s'en dégage, ce qui, pour moi, leur donne, dans les circonstances présentes, un attrait spécial, c'est qu'elles sont, dans toute la force du terme, un acte de courage intellectuel.

Sur les classes clirig"eantes, sur la mission sociale du clerg'éjSurla formation de la Jeunesse, le recrutement des élites et les conditions de l'action catholique, M. l'abbé Naudct dit sa pensée, clairement, sans réticences. Il n'est pas coutumier des précautions oratoires et, quand il a cru rencontrer la vérité sur un point, il y va tout droit, sans hésiter, dût-il froisser certains préjug^és, dérang-er certaines habitudes, porter atteinte à certaines idoles que l'on prétend quelquefois respectables, parce qu'elles sont vieilles, comme si la pratique entêtée de Terreur pouvait lui conférer des privilèges de cette nature !

En déclarant ainsi la g-uerre à des opinions particulières, trop facilement érig-ées en axiomes par la routine, et en attirant l'attention des catholiques sur les conséquences déplorables de l'étroitesse d'esprit qui règ-ne dans les parag-es de ce qu'il appelle assez plaisamment et très justement « l'Eglise clamante », M. l'abbé Naudet n'ig-nore pas qu'il se crée des antipathies. Mais il n'en a cure. Il y a des choses qu'on pense et qu'il faut dire, et il n'attend pas que d'autres s'en charg-ent. Peut- ^tre faudrait-il attendre trop long-temps, et comme il parle au nom d'idées qui voudraient prendre du larg-e, comme il se sent soutenu, il poursuit allèg-rement sa campagne, soldat d'avant-garde qui, peu à peu, par ses coups d'audace, rend plus aisées les évolutions du corps de bataille.

Avant-garde et corps de bataille !... Je m'aperçois, hélas ! que j'emploie des expressions ambitieuses. Si elles correspondaient à des réalités, cela signifierait que nous possédons une armée catholique. Or, j'ai dit récemment les motifs qui me portent à croire quef sous ce rapport, nous sommes dépourvus et le livre de M. l'abbé Naudet le démontre d'ailleurs, avec une abondance de preuves qui ne permet plus guère d'en douter.

Seulement, si l'organisation de nos troupes laisse à désirer et si nous ne constituons pas encore une partie capable d'intimider nos adversaires par la belle

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ordonnance de ses bataillons et l'indiscutable netteté de son programme, il ne faut pas, pour cela, nous laisser entraîner à l'inaction du désespoir.

A l'heure présente, nous ne pouvons pas grand chose; mais plus tard, avec un peu d'intellig'ence et de bonne volonté, nous pourrons beaucoup.

Ceuxqui, troppressés, méconnaissent la fécondité de la parole pontificale n'ont certainement pas compris qu'avant de produire, dans l'ordre des faits, des résultats tangibles, il fallait, de toute nécessité, qu'elle renouvelât l'atmosphère morale et intellectuelle dans laquelle nous dépérissions. Cette parole devait être d'abord le signal d'une enquête, d'une sorte de liquidation de l'esprit conservateur catholique, ce qui n'est pas la mêirie chose que l'esprit catholique tout court. Il s'agissait, en somme, de mettre un peu de lumière dans nos affaires, d'établir notre bilan, de procéder à notre « réforme intérieure » la plus urgente et non pas la moins difficile des réformes.

La discussion s'est donc ouverte entre les catholiques et, tout de suite, M. l'abbé Naudet s'y est distingué. C'est ici qu'on peut dire de lui qu'il a fait oeuvre de soldat d'avant-garde, en ce sens qu'il a touché à bien des sujets qu'on craint .toujours un peu d'aborder, attaqué de front bien des idées reçues et néanmoins très contestables, formulé enfin des critiques parfois cruelles ; mais dont il sait porter, sans faiblesse, la responsabilité.

Aussi bien, les questions qu'il agite n'imposent pas à celui qui s'en occupe l'obligation de ne jamais se tromper. M. l'abbé Naudet réclame le droit de n'être pas infaillible. Ne souriez pas ! c'est un service qu'il nous rend à tous, car il y a, de par le monde, beaucoucoup d'intransigeants qui ne seraient pas éloignés de nous interdire certaines études, sous prétexte qu'elles conduisent à des conclusions et qu'un catholique prudent doit se garder de conclure. Songez un peu! s'il allait se tromper ! . . .

25o LA DÉMOCRATIE CHRETIENNE

M. l'abbé Naudet répond à ces scrupuleux : « In dubiis libertas. Si je me trompe, vous me le direz, et j'espère que Dieu xne fera la grâce de ne jamais souteteuir de parti pris une idée que l'on m'aura démontrée fausse. »

Que voulez-vous de plus ?

Je crois, d'ailleurs, que ce livre, malgTé les hardiesses qu'il contient, passera sans soulever trop de protestations. Et cela prouvera peut-être que, dans les milieux où la démocratie chrétienne scandalise, on org-anise, autour des idées de l'auteur, la conspiration du silence ; mais d'une manière g-énérale, nous aurons aussi le droit de penser que ces idées font leur chemin, et ce n'est pas moi qui m'en plaindrai.

Le même homieur fut, fait par l'Univers, en aussi belle place, à chacun des livres de M . Fabbé Naudet. Il serait superflu d'étendre les citations. Mais son ouvrage sur la Démocratie chrétienne ayant provoqué les justes plaintes de VOsservatore Romano que nous avons relatées plus haut, extrayons ce passage du long compte rendu de l'Univers:

M. L'ahhé Gayraud n'aurait pas eu de peine à traiter uniquement des théories sociales ; car il est métaphysicien consommé, agile et vigoureux. Pourtant, il a jugé préférable, et avec d'excellents motifs, d'adopter pour point de départ non pas une conception plus ou moins abstraite, mais le fait indéniable, la réalité elle-même.

Cette ligne de conduite ne l'empêche pas d'étudier la démocratie sous le rapport doctrinal; et il exécute ce dessein de manière à impressionner les gens qui ont quelque sérieux et à persuader ceux que n'aveuglent pas les préjugés et la passion.

Les adversaires de l'auteur ont eu déjà plusieurs occasions de constater la solidité de jugement que ses amis lui connaissaient. On avait affecté de le considérer

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comme un déclamateur. Or, précisément, il méprise la déclamation. C'est un homme de pensée qui a la préoccupation constante de l'exactitude et de la log"ique.. Outre les études imposées par la vocation du prêtre et du prédicateur, M. Fabbé Gayraud a, durant cinq ou six ans, la plume à la main, analysé les œuvres qui constituent le fond du savoir philosophique et théologique. Il possédé un style élég-ant, ferme et souple, dont les mots se moulent sur les contours de l'idée. Celle-ci se développe d'un mouvement aisé, où l'on sent la force en action et en équilibre.

Terminons là ce long- chapitre, et laissons au lecteur le soin d'apprécier s'il justifie nos assertions. Aussi bien, la question de la faveur et de l'appui donnés par P Univers , réputé le « bon journal», aux innovations suspectes et dangereuses, se poserat-elle non moins nettement quand nous aborderons dans le prochain' livre le catholicisme progressiste.

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