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CHAPITRE VIII « La Vérité française

M. Auguste Roussel, directeur de la Vérité, écrivait avec beaucoup de raison, peu de temps après la fondation de son journal (2 août 1898) :

Sous ce titre : « V Opposition sociale au Pape », le Moniteur de Rome dénonce une « campag-ne antisociale qui se déploie de Paris à Bruxelles », et qui, à ses yeux, « constitue le symptôme le plus attristant ».

Nous ne sommes pas loin d'être de son avis, avec cette différence que l'opposition sociale au Pape nous apparaît plus ou moins consciente chez ceux dont le Moniteur de Rome se fait le soutien dans une campagne destinée, si elle pouvait aboutir, à dénaturer complètement les sages enseignements du Saint-Siège en cette question.

La façon dont on s'y prend est curieuse à noter. Elle consiste à donner, comme faisant partie des enseignements de l'encyclique Rerum Novarum, des idées qui sont purement celles des commentateurs. Naturellement, ceux-ci rencontrent des contradicteurs, qui n'admettent pas cette confusion déplorable. Sur quoi, le Moniteur de Rome, le Pays de Liège ou quelque autre survient, qui déclare que ceux-là font opposition sociale au Pape qui se refusent à considérer comme parole du Pape les témérités du Pays de Liège, du Moniteur de Rome ou de quelque autre.

C'est toute l'explication des campagnes dont nous avons retracé le rapide tableau. ,

Nous n'avons point à disculper la Vérité de connivence avec les novateurs. Ce soin serait trop superflu . Mais afin qu'on ne croie pas à une opposition stérile et irraisonnée de sa part, et pour opposer à l'éclectisme de l'Univers la marche assurée, la ferme et sûre doctrine de ceux qu'il poursuivait chaque jour de ses accusations, nous reproduisons ici quelques articles, datant de cette première ; période, où la fièvre du ralliement et de l'action démocratico-sociale troublait tant d'autres esprits.

. Ce sera offrir un repos au lecteur et le rasséréner par le charme pénétrant du vrai. Nous lui présentons des pag-es si bien pensées, des vues si judicieuses, qu'aujourd'hui encore elles conservent tout leur intérêt et seront lues avec profit. Ces articles, dont nous composons un ensemble, sont dus à la plume de M. Arthur Loth, formé, comme M. Aug'uste Roussel, à l'école de Louis Veuillot, dont ils étaient les deux disciples de choix.

Les Illusions sociales (ii octobre iSgS).

Il est facile de se donner un air libéral et g"énéreux en prenant le parti des réformes sociales dont tout le inonde parle aujourd'hui. Ce ne sont pas cependant les plus échauffés pour ces innovations qui, d'ordinaii-e, ont le plus de vrai zèle pour la classe ouvrière et le montrent par leurs œuvres. Aujourd'hui, la réforme sociale est devenue un thème à amplifications, sur lequel s'exercent à l'envi les orateurs en quête du succès populaire et les publicistes qui veulent paraître de leur temps. C'est une spécialité de réunion publique et de journal.

Au fond, bien peu sont convaincus; bien peu surtout voudraient donner quoi que ce soit d'eux-mêmes pour

travailler à ce progrès, qu'ils feig-nent d'avoir tant à <:;œur.

Pour la plupart des réformateurs du jour, la question sociale est une qu es lion factice, sur laquelle ils s'exercent avec l'air de s'y intéresser.

Malheui'eusement leurs théories inconsidérées, leurs exag-éralions de lang-ag-e séduisent des esprits ardents, g-énéreux, faciles à abuser, et surtout, elles g^ag-nent j)eu à peu les masses et y deviennent comme l'expression propre de la justice.

C'est toujours un rôle ing-rat que de se mettre à la traverse de ces courants d'opinions qui semblent reprc- .senter les idées larg-es et g-énéreuses. Combien il fallut de fermeté et de conscience aux esprits clairvoyants de la fin du dernier siècle qui résistèrent aux entraînements de la Révolution ! De tout temps, ceux qui opposèrent l'autorité à la liberté furent impopulaires. Aujourd'hui l'on traite d'esprit étroit et bourg^eois, de réfractaires ég-oïstes, les hommes de sens qui refusent de se laisser entraîner dans la voie des réformes démocratiques ouvertes à toutes les illusions et à toutes les cupidités.

Est-ce à dire que ceux-là méconnaissent les vices d'une société imljue de l'esprit de la Révolution, les torts de la bourg-eoisie, les abus du capitalisme? Non, ils les voient même avec des yeux plus droits, plus perspicaces ; mais ils voient aussi les conséquences de ce mouvement désordonné de réformes que tant d^ autres favorisent sous prétexte de remédier aux vieux abus.

Ces opposants sont encore plus éloig-nés de ^ire qu'ail n'y a z'ien à faire en faveur de la classe ou^Tière, ou de prétendre que la condition des travailleurs, surtout dans les métiers les plus pénibles, ne demande aucune amélioration ; ils sont loin de contester la justice de certaines réclamations du monde du travail, et même ils savent donner de leurs temps et de leur arg^ent pour le fonctionnement des œuvres créées par la charité au profit des classes ou^Tières.

C'est les rendre injustement odieux que de les représenter comme les soutiens du capital contre la pauvreté laborieuse, comme les défenseurs systématiques des patrons contre les ouvriers. Ne peut-on donc pas rester sur le terrain du droit, des "STais principes sociaux, sans être suspect d'étroitesse d'esprit ou de manquer de cœur ? Et cesse-t-on d'être bon parce que l'on cherche d'abord la justice?

Rien n'est plus propre à compromettre la cause des classes ouvrières que de confondre les justes exigences de leur sort avec les revendications violentes du socialisme. Oui, la condition de l'ouvrier est digne de tout intérêt. Qui peut le nier ? Oui, l'organisation actuelle du travail est défectueuse. Est-ce le moyen d'arriver à des résultats meilleurs que d'entrer dans ce mouvement tumultueux de réformes conçues en dehors du juste et du possible ? Est-ce la condition normale du progrès que cette confusion des droits que l'on prend comme le point de départ du mieux ?

La question de la réforme sociale se présente aujourd'hui, dans le milieu ouvrier, non comme une œuvre de progrès, sage et méthodique, mais comme une aflFaire de révolution. Ce ne sont pas seulement des réformes économiques, c'est la révolution sociale que l'on réclame. Certaines théories du salaire et de la propriété, acceptées avec quelques complaisances par de prétendus amis des travailleurs, iraient au renversement de la société actuelle.

Les doctrinaires ne dissimulent pas leur but. C'est au collectivisme qu'ils tendent. Y arrivera-t-on par des moyens violents ou seulement par des procédés légaux ? C'est affaire de simple divergence dans le parti socialiste.

Toujours est-il que les uns et les autres aspirent à un état social fondé sur l'expropriation individuelle.

Cette organisation générale des grèves, à laquelle nous assistons, est une redoutable entrée en scène du parti ouvrier. Les masses sont en route pour la conquête du

capital et de l'usine. Est-il prudent de les pousser dans cette voie ?

Au début, la loi sur les coalitions et les grèves parut un dang-er à tous les hommes d'ordre. Tel journal conservateur et catholique, qui se montre aujourd'hui favorable au droit de grève, n'aurait qu'à remonter de vingt-cinq ans en arrière pour voir ce qu'il pensait alors, ce que tout le monde pensait de ce fâcheux essai libéral des derniers temps de l'Empire. La grève sera le grand instrument de domination du socialisme ouvrier.

L'avenir qui se prépare est g-rave. Avec quelle prudence ne faudra-t-il pas toucher à cette terrible question sociale ? Il y a aujourd'hui des réformateurs plus téméraires qu'avisés qui s'y jouent bien dang^ereusement. Ils croient, en prenant fait et cause pour toutes les revendications ouvrières, travailler au prog^rès, à la paix sociale ; ils poussent, qu'ils le veuillent ou non, à l'anarchie. C'est par d'autres voies qu'il faudrait chercher le bien des hommes de peine et de petit g'ain. Malheureusement, on se met de plus en plus en dehors du christianisme.

A quoi arrivera-t-on ?

Le monde est en effervescence ; tous les besoins sont excités, tous les appétits sont déchaînés. C'est à une révolution, la plus profonde et la plus radicale, que l'on va sous le couvert des réformes démocratiques.

Nos néo-républicains, chauds partisans du prog-rès, appellent cela le commencement d'un monde nouveau, et ils le saluent d'avance avec toutes les illusions d'esprit à courte vue qui s'imag'inent qu'il y a une formule de la société à trouver en dehors' des données immortelles de l'Evang-ile. A chaque révolution, il s'est trouvé de ces esprits myopes enclins à prendre les lueurs d'incendie pour des aurores.

L'Action sociale étant le thème général des déclamations, M.Arthur Loth montre excellemment que,

pour les catholiques, c'est se fourvoyer de rêver un grand apostolat social, sans se mettre en peine de réclamer d^abord les libertés de l'Eglise qui en sont le moyen. Tout cet article est remarquable.

L'Action catholique et la réforme sociale (23 septembre 1894).

Ce zèle nouveau, dont certains réformistes se sont pris tout à coup pour le peuple, comme si rien n'avait été fait avant eux, est quelque peu tumultueux et artificiel. On n'y sent g-uère cet esprit de dévouement et de charité qui ani m.e les vrais am.is du pauvre et de l'ouvrier. Chez la plupart de ces néo-démocrates, c'est de la phrase et de la politique. Jusqu'à présent, tout ce beau feu consiste surtout en déclamations oratoires, et en articles de journaux, aussi vains que les discours. L'action, on ne la voit presque nulle part, surtout chez ceux qui parlent.

Tous ces bruyants démophiles mettent principalement leur zèle à réclamer l'intervention de l'Etat. « Des lois, qu'on fasse des lois! » disent-ils àl'envi. Ils en ont des quantités à proposer. Ils vous ont des plans complets de réformes et de réglementation. A les en croire, le salut est là, et il n'est que temps de donner au peuple les lois qu'ils réclament pour lui, si l'on veut éviter la catastrophe socialiste.

C'est bien du bruit et de l'agitation pour un résultat fort insignifiant. Des lois, en vérité, et à quoi servirontelles? Qu'en fera-t-on? Qu'en obtiendra-t-on ? N'y en at-il pas déjà eu, des lois, et ont-elles produit les résultats qu'on en attendait ? Ont-elles réellement amélioré le sort des classes ouvrières, remédié aux a bus, amené des réformes? Ce qui s'est fait de bien dans ce sens vient beaucoup moins des lois que de l'initiative individuelle.

On fait fausse route en demandant à l'Etat ce qu'il faudrait obtenir de la liberté. Nos ardents réformistes n'ont pas l'air de comprendre le danger qu'il y a à faire

POGRÈS DU LlBÉR. II 17

LA DEMOCRATJE CHRETIENNE

intervenir l'Etat dans les questions de travail, de salaire, d'assurance. Ils crient bien haut qu'il faut s'occuper du peuple et se hâter de lui donner de justes satisfactions, pour conjurer le péril du socialisme, et ils ne voient pas que, avec leur système de réformes, ils créent euxmêmes le plus dangereux des socialismes, et le seul possible d'ailleurs, le socialisme d'Etat. Oui, leurs lois, leur rég-lementation, la tutelle administrative, qu'ils réclament si imprudemment, ne tarderaient pas à changer les conditions normales du travail et de la propriété en un régime collectiviste, où l'individu, avec des droits propres et son autonomie, disparaîtrait dans l'Etat. Est-ce là ce qu'ils veulent ?

Eh ! sans doute, il faut aller au peuple et s'occuper de lui! Oui le sait mieux que tous ces prêtres zélés et ces laïques dévoués qui donnent sans bruit, sans jactance, leur temps, leur cœur^, leur argent aux oeuvres si nombreuses instituées en faveur des classes populaires ? Assurément, il faut s'intéresser au pauvre, à l'ouvrier; il faut les secoui'ir, les aider, les servir. Est-ce que, du côté de la charité, le clergé et les catholiques n'ont pas déjà beaucoup fait? Seulement, leurs œuvi"es sont moins connues et font moins de bruit que telle ou telle conférence d'ecclésiastique ou de laïque échauffé, en qui l'on se plaît à voir les apôtres de la réforme sociale, les précurseurs de cette grande action catholico-démocratique qui doit changer le monde.

Mais les bonnes œuvres, dira-t-on, ce n'est pas tout : il faut autre chose à l'ouvrier que la charité. On lui doit aussi la justice, pour qu'il puisse améliorer lui-même sa condition et se donner par le travail le bien-être de la vie. Soit, mais ce résultat on l'obtiendra bien mieux pa r la liberté que par les lois.

. Au lieu de nous engager, nous catholiques, dans ces voies dangereuses du Socialisme d'Etat, que ne réclamons-nous résolument la liberté pour VEglise, la liberté pour les personnes, la liberté pour les associations ?

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Autrefois, les catholiques, ceux qui comprenaient vraiment l'œuvre de réforme sociale — et elle était la même à cette époque qu'aujourd'hui — demandaient avant tout la liberté. Ils s'entendaient pour réclamer la liberté d'enseig-nement, la liberté du ministère ecclésiastique, la liberté d'association, la liberté de la charité, la liberté du testament.

Aujourd'hui, tous ces réformistes, tous ces apôtres de la démocratie, ne se soucient plus de ces bonnes et fortes libertés , ils n'ont pas l'air de savoir où est la vraie solution de la question sociale, et en quoi même celle-ci consiste ; ils ne s'attachent plus qu'à des réformes superficielles, à des améliorations de détail ; ils ne savent plus en tout et pour tout qu'invoquer l'Etat : « Seig-neur Etat, faites des lois pour cela ! Etat, protég^ez-nous ! Etat, sauvez-nous! »

On dirait que nous avons^ perdu même le sens de la liberté; nous ne savons plus ce que c'est. Nous en sommes venus à un tel deg-ré d'inertie et de passivité, que nous ne nous apercevons même plus qu'elle nous manque. Et pourquoi? Parce que nous ne faisons plus rien, parce que toute notre activité consiste à pérorer, à manifester en paroles, et comme nous avons cette faculté, même pour des ecclésiastiques, -de faire des discours de réunions publiques, nous croyons avoir la liljerté. Et nous nous félicitons de l'employer si utilement pour la cause du peuple. Si nous étions hommes d'action, nous comprendrions alors combien elle nous manque. .

Or, la question sociale ne se résoudra que par la liberté, avec le concours de la religion.

Nous avons, nous catholiques qui voulons travailler à l'œuvre de réforme et de salut, à nous adresser à l'Etat mais pour lui demander la liberté, en notre nom et au nom de tous.

Laissant là les vains discours, les vaines démonstrations de paroles, les vaines formules de mots, nous

devrions former un parti d'action pour réclamer, non pas telles ou telles lois secondaires ou insignifiantes, mais des libertés précises, formelles, des libertés vraies. Une action publique organisée d'après un programme défini serait bien plus efficace que toutes ces campagnes de conférences populaires, qui ne peuvent avoir pour résultat que d'augmenter V agitation des esprits,de surexciter les convoitises den bas. Pour faire œuvre utile, demandons la liberté d'enseig-nement, pour que tout prêtre, tout laïque de bonne volonté puisse, sans diplôme et sans brevet, faire la classe aux enfants et conjurer partout le mal de- l'école laïque, qui est et qui sera de plus en plus la pépinière du socialisme. Demandons la liberté de la charité, la liberté des fondations pieuses, pour que nous puissions multiplier et étendre les œuvres de bienfaisance, de secours, de préservation, de persévérance, de refug"e,qui sont des institutions sociales et conservatrices par excellence, demandons la liberté du testament, pour la conservation des patrimoines, sans lesquels il n'y a ni industrie, ni agriculture stables. Demandons la liberté d'association, avec le droit de propriété, comme condition essentielle d'organisation des sociétés de secours mutuels, de métier, de travail, de corporation, d'assurance et de retraites.

- Demandons-les, ces libertés, en appuyant notre action sur des comités électoraux, sur des pétitionnements englobant toutes les classes, toutes les catégor^s d'intéressés. Demandons-les à l'Etat au nom de la République, si l'on veut, comme les libertés nécessaires des citoyens comme les libertés les plus légitimes de tout peuple. Une- fois acquises, ces libertés auraient sur l-état général et les conditions économiques du pays une influence favorable, dont les classes ouvrières ne seraient pas les dernières à profiter.

Si les pouvoirs publics, auxquels il faudra s'adresser, sentaient qu'ils ont devant eux, au lieu de quelques

abbés discoureurs et de quelques conférenciers ambulants, un parti d'action sérieusement organisé, Je parti catholique tout entier, uni et discipliné, faisant cause commune avec tous ceux des classes d'en haut et d'en bas qui veulent sincèrement le bien social, les justes réformes, la paix de l'Etat, pourraient-ils lui refuser long-temps la liberté?

C'est à ce résultat que nous devrions tendre pour coopérer efficacement à l'œuvre sociale, où chacun doit mettre du sien. Conquérons avant tout la liberté. Avec la liberté et l'action de l'Eg-lise, la question sociale se résoudra mieux qu'avec toutes les lois et toutes les tutelles de l'Etat.

Il faut aller au peuple, le Pape nous prêche d'aller au peuple, il prescrit aux prêtres et aux laïques de s'occuper du peuple : c'est en vertu de ce mot d'ordre que le parti de la Démocratie chrétienne se lance et prétend eng-ag-er tous les catholiques dans les systèmes les plus aventureux, bouleverse les rapports sociaux'et|brouille tous les rôles. Za Vérité calme cet emportement et met la question sous son vrai jour en trois articles qui restent d'une parfaite actualité.

Aller au Peuple {2^ septembre 1896).

Nous avons un parti de novateurs qui est en train d'inventer l'Eglise. Certains écrivains de journaux, doublés d'abbés démocrates, se sont avisés que le clergé doit aller au peuple. La belle découverte, en vérité, après dix-huit siècles de christianisme ! Et qu'a donc fait l'Eglise pendant tout ce temps-là ? On dirait qu'elle est d'hier, qu'elle date de certain mouvement d'opinion, de certaine évolution que nous avons vu se produire sous nos yeux. A toutes les époques, il y a toujours des gens

262 LA. DÉMOÇRATIK CHaÉTlENNE

qui croient que tout commence avec eux. Pour quelques dizaines ou quelques centaines de zélateurs, les uns convaincus, les autres intéressés, qui crient bien haut qu'il faut aller au peuple, on croirait vraiment que rien n'a été fait jusqu'à présent, que TEg-lise n'a pas compris sa mission, que le clerg-é u'a pas rempli son devoir, que les catholiques sont demeurés inertes et indifférents.

Oui, il faut aller au peuple, et l'Eglise ne fait que cela, depuis qu'elle existe.

Oui, il faut aller au peuple^ et l'histoire des progrès de l'Evang-ile dans le monde n'est que l'histoire des démarches de toutes sortes de l'Eg-lise auprès des peuples, aiiprès des individus. Est-ce un programme nouveau que celui-là? Et pourquoi se donne-t-on l'air d'innover, de prêcher la réforme, en le proclamant si haut, comme s'il y avait dans le clergé, parmi les catholiques^ un parti qui ne soit pas d'avis qu'on doit aller au peuple.

Tous les prêtres, tous les religieux qui remplissent avec zèle leur ministère, tous les fidèles qui donnent leur argent, et leur temps aux bonnes œuvres, croient bien aller au peuple et s'occuper de le ramener à la religion. Mais ce n'est pas cela! ils ne savent pas s'j prendre. Aller au peuple, ce n'est pas, comme on l'a cru jusqu'ici, prêcher, instruire, exhorter, conférer les sacrements, prier, donner le bon exemple, pratiquer la charité, faire le bien de toutes manières ; aller au peuple, c'est, on nous le dit encore aujourd'hui, courir les rues, les places et les salles publiques.

Soit, nous admettons cela aussi. Qui donc a jamais prétendu que le prêtre dût se renfermer à la sacristie et dans son presbytère ; que le laïque dût se borner à gémir au pied des autels sur le malheur des temps ? Que l'on élargisse le champ d'action des prêtres et des fidèles, rien de mieux]

Plus d'une fois, de nos jours, on a signalé l'organisation défectueuse des paroisses, surtout dans les grandes villes. Tout le monde est d'avis qu'il faudrait multiplier

(C LA. VÉaiXÉ FRANÇAISE » 2 63.

les églises et les chapelles, créer de nouveaux centres de culte et d'action apostolique, mobiliser le clerg-é paroissial, utiliser davantage les congrég-ations religieuses pour le ministère et la prédication. Chacun reconnaît qu'il conviendrait aujourd'hui d'ouvrir plus larg-ement les égalises à tous, de mettre lés sacrements encore plus à la portée de tous. Personne ne conteste que le prêtre doive se répandre le plus possible au dehors et se mêler au monde, pour y apporter la salutaire influence de l'Evang-ile. Reste à savoir comment le clerg-é doit s'j prendre pour accroître ses moyens d'action extérieure, pour se mettre davantage en contact avec les masses, pour pénétrer plus efficacement de la vertu du christianisme une société redevenue païenne.

Mais croit-on que si cette tâche était aussi simple, aussi facile que certains semblent le dire, tant de bons pirêtres, qui s'emploient par toute la France au ministère paroissial, ne s'en seraient pas déjà acquittés sans avoir eu besoin d'être stimulés par les exhortations et les invectives des néo-réformateurs? Ecrire un article de journal, où l'on déclare didactiquement qu'il faut aller au peuple, prononcer un discours échauffé dans lequel on prend le ciel et la terre à témoin qu'il faut répandre parmi les masses un feu nouveau d'apostolat^ ce n'est rien : écrits et paroles n'ont pas, que nous sachions, le moindre effet. Mais, en même temps, il faudrait monti-er qu'il y a de meilleurs moyens que ceux que l'on a employés jusqu'à présent pour convertir les hommes, pour ramener les foules au christianisme.

A la bonne heure ! tous ceux qui aiment l'Eglise se féliciteront de toutes les réformes pratiques, de toutes les propositions nouvelles qui pouri'ont être faites pour multiplier et rendi'e plus efficace le zèle du clergé. Sous ce rapport,quelques vœux utiles ont été présentés au congrès ecclésiastique de Reims, sauf pourtant celui qui maintient dans le lieu saint les auditions. musicales ou concerts, à titre de réclame d'Eglise, pour y attirer les gens

qui n'y viendraient pas sans cela ! Avant tout, les réformateurs devi'ont s'inspirer du véritable esprit de l'Evang-iie, se pénétrer du caractère surnaturel du christianisme, agir plus selon la grâce que selon la nature et ne rien vouloir qui ne soit conforme à la divine institution de l'Eglise et ne cadre pas avec le caractère apostolique du zèle. Ils devront aussi tenir compte des difficultés du temps. On oublie trop que l'Eglise subit encore, en France, les terribles conséquences de la Révolution, à laquelle malheureusement ont contribué trop d'ecclésiastiques, ardents partisans, comme certains de nos abbés d'aujourd'hui, des idées libérales et des réformes démocratiques. Si le clergé a été entravé dans son action, s'il n'a pas pu jnieux travailler au dehors^ se mêler davantage au peuple, se livrer plus extérieurement à l'apostolat, faire en plus grand nombre des œuvres qui l'eussent rapproché des masses, c'est que V Eglise ne jouit plus en France, depuis un siècle, ni de la liberté ni de la propriété, ni du droit propre qui lui sont nécessaires pour remplir toute sa mission.

Malheureusement, tant qu'elle se trouvera en présence, non seulement de gouvernements plus ou moins défiants, comme elle en a rencontré en ce siècle, mais en face d'un gouvernement systématiquement persécuteur, comme celui de la République actuelle, elle n'aura pas les moyens d'action efficaces, sérieux (nous ne parlons pas des discours de réunions publiques) qui lui permettraient d'étendre son ministère, de communiquer plus largement avec le peuple, de reconquérir les masses. L'Eglise n'a, même plus en France,la liberté qu'avaient les apôtres de prêcher librement et partout, le droit qu'ils avaient de posséder et de faire servir les biens de tous aux usages de la communauté chrétienne. Il ferait bon, avec les lois de la République, qu'elle vînt prêcher dans la rue, qu'elle entrât dans les maisons pour y annoncer Jésus-Christ, qu'elle essayât de pénétrer dans les ateliers pour y porter l'Evangile, ou seulement qu'elle

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voulût trop ostensiblement attirer le peuple à elle ! Elle ne serait même pas maîtresse, avec l'administration civile qui la domine et la rég-it, de supprimer le tarif des chaises pour rendre l'accès du lieu saint plus facile aux pauvres. N'est-elle pas d'ailleurs oblig-ée de conserver cette source de revenus, pour subvenir aux frais nécessaires du culte divin, depuis que les subventions des communes lui ont été retirées par la République? N'estce pas un malheur des temps que ses propres ressources ne lui permettent pas d'établir la g-ratuité absolue de tous les services du culte ?

Et n'est-ce pas aussi un malheur des temps que l'Eglise ne puisse tenir ses assemblées rég-ulièrement ni traiter librement de ses affaires, des intérêts relig"ieux du peuple, des besoins présents, dans les réunions périodiques que la loi canonique prescrit? On a entendu, ces joursci, des abbés démocrates faire honneur à la République de la tenue de l'assemblée ecclésiastique de Reims. Il sellait fâcheux, pour des réunions anormales de ce genre, que le g-ouvernement républicain les vît favorablement, tandis qu'il interdit les assemblées rég-ulières du clerg-é, les conciles provinciaux et même les synodes diocésains, comme celui que l'évêque de Châlons avait convoqué, il y a deux ans, et qui suffiraient au zèle des plus actifs et des plus entreprenants, s'ils pouvaient se tenir librement.

Dans les moyens d'action publique que préconisaient les novateurs et dont l'emploi n'est pas toujours selon la sag'esse, il y a bien des difficultés pratiques et même des impossibilités. Il faut bien en tenir compte. Tout le monde assurément veut que le clerg-é ag-isse, et ag-isse le plus ipossible, qu'il prenne toute la liberté qui lui est laissée, qu'il use de tous les moj^ens possibles de zèle et d'apostolat; mais il ne serait pas toujours juste de s'en prendre à lui du bien qu'il ne peut faire. Il ne serait pas prudent de vouloir qu'il conforme en tout sa conduite, son action, au programme de ces ardents zéla-

teurs, pleins de projets de réforme et d'aspirations démocratiques.

Le pire serait que, pour aller au peuple comme ils l'entendent, l'Eglise se départît de son vrai rôle, de sa véritable mission : qu'elle sortît de ses temples, qu'elle délaissât la chaire et le confessionnal, et même l'autel, pour se transformer en une société de propagande démocratique, prêchant à tort et à travers la justice sociale dans les clubs, dénonçant les abus de la société bourgeoise au monde du travail, s'attachant plus à faire valoir les griefs des classes ouvrières qu'à faire pénétrer chez elles les leçons de la religion.

Avant tout, la mission de l'Eglise est une mission spirituelle : ses vrais moyens d'action sont les moyens spirituels ; son véritable apostolat est de prêcher l'Evangile; son vrai rôle social est de répandre l'enseignement religieux, de communiquer la grâce divine par les sacrements, de soulager les misères, d'adoucir les infortunes, de secourir les petits et les malheureux, de prêcher à tous la justice, le devoir, la paix. Elle doit aller au peuple, non pas en prenant des dehors politiques, en se mêlant aux luttes et aux passions sociales, mais en restant ce qu'elle est, une institution éminemment spirituelle, et en n'usant que des moyens d'action qui lui sont propres, la prédication, l'exemple, le zèle, la charité. La force de l'Eglise est en elle-même; elle est dans sa divine institution, dans sa hiérarchie, dans sa discipline, dans sa mission surnaturelle, dans sa sainteté. C'est par la prière et la grâce surtout qu'elle agit. A se répandre trop en dehors, elle affaiblirait sa force intérieure ; à vouloir trop agir par les moyens humains, elle perdrait son efficacité spirituelle. La grande affaire de l'Eglise, parmi les hommes, est d'être sainte. Qu'elle soit sainte, que son clergé soit saint, que ses fidèles soient saints, que sa prière et son action soient saintes, et alors une grande vertu sera en elle, et le peuple, attiré par son divin ascendant, viendra à elle.

« LA. VÉIÙIÉ FRANÇAISE » 267

Tels sont les enseignements qui ressortent d'une instruction pastorale que Mgr l'évêque de Bayeux vient d'adresser à son clergé. Nous en publions la partie qui nous paraît avoir un objet g-énéral. C'est un évêque qui parle, et qui parle avec la sagesse et la tradition de l'Eglise. Sa parole a toute l'opportunité du moment. On le reconnaîtra après l'avoir entendue (i).

Le Prêtre et le Peuple (i4 janvier 1894).

Un mouvement nouveau pousse le prêtre à aller davantage au peuple. Qu'est-ce que ce branle du zèle sacerdotal, sinon un heureux réveil de l'esprit d'apostolat ? Estil un seul catholique qui pourrait ne pas s'en réjouir ? Donc, la Revue du Diocèse de Lyon, aussi bien que la Croix du Jura, se trompe en nous supposant quelque antipathie pour cette expansion du ministère ecclésiasti- . que. Trop longtemps les défiances du pouvoir civil et une certaine routine intérieure ont entravé l'essor de l'œuvre sacerdotale. Bien avant la recrudescence du mouvement socialiste, ceux qui avaient le plus k cœur le bien des âmes, l'intérêt de la société, ont toujours souhaité que l'action du prêtre, au lieu de se borner à l'Eglise, eût son prolongement au dehors. Ils demandaient que le prêtre se mêlât davantage à la vie extérieure, qu'il se mît plus directement en contact avec la foule,

(i) Le 25 septembre, on lisait dans la Vérité :

Le Peuple Français relève notre article : Aller au Peuple, où il a cru voir une réponse à son adresse, et voici comme il l'apprécie :

« La réponse est tellement stupéfiante qu'il nous a fallu la lire deux fois pour en croire nos yeux : elle tient trois colonnes et a pour titre : Aller au Peuple. Ces messieurs ne peuvent pardonner à l'abbé Garnier et à nos amis d'avoir proclamé qu'il faut aller au peuple : « Certains journalistes, doublés d'abbés démocrates, disentils, se sont avisés que le clergé doit aller au peuple. »

Mais, Messieurs, cette expressions! juste, qui vous choque et vous scandalise, elle est du Pape Léon XIII lui-même ; c'est après loi que nous sommes heureux de la répéter. Il ne cesse d'inviter et de presser les prêtres « d'aller au peuple ». De grâce, messieurs de la Vérité, respectez da moins le chef de l'Eglise {!}.

268 LA. DÉMOGRATJE CHRÉTIENNE

avec les classes ouvrières, qu'il entrât plus avant dans les familles et dans les âmes, qu'il fût plus l'homme de tous. Combien de fois les meilleurs prêtres n'ont-ils pas déploré que l'esprit janséniste eût persisté assez profondément dans le clerg-é pour rétrécir quelque peu son apostolat et amoindrir son zèle.

Il est heureux qu'un souffle nouveau d'activité et de propag-ande passe sur le sanctuaire, qu'il dilate l'âme sacerdotale et multiplie les ardeurs du bien.

Faut-il cependant qu'il emporte le prêtre jusque dans les lieux où son ministère, cessant d'être recondu, cesserait d'être respecté ; où lui-même, mêlé à la foule des assistants et jouant le rôle de l'un deux, perdrait sa qualité de prêtre pour n'être plus qu'un citoyen ordinaire ?

Faut-il, en un mot, que leiprêtre aille dans les réunions publiques, qu'il se mêle, à titre d'électeur, aux discussions politiques et sociales, qu'il quitte le lang-ag-e de l'Evangile, du catéchisme, de la prière, qui est le sien, pour parler celui des affaires humaines ?

On nous blâme de n'être pas d'avis que le ministre de l'Evang-ile cherche à sortir de son rôle, de sa fonction propi'e, pour se faire avocat de thèses politiques, apôtre de doctrines sociales, dans des assemblées populaires où il n'a point de place. Ce n'est pas qu'il ne puisse y faire quelque bien. On citera des exemples d'orateurs sacrés de réunions publiques qui, ayant commencé à parler en citoyens, ont fini par parler en prêtres, aux applaudissements de l'assistance. C'est l'exception. Mais il s'ag-it de savoir s'il est bon que cette activité nouvelle, dont le clerg-é semble animé, s'exerce de ce côté-là, ou si elle ne doit pas prendre une autre direction plus convenable et' plus efficace.

Voici l'opinion d'un évêque, qui va nous g-uider. « Le Pape, disait le premier jour de l'an à son clergé Mgr l'archevêque d'Albi, recommande aux prêtres d'aller au peuple et de propager, parmi les humbles, les petits et les pauvres, la doctrine moralisatrice dont ils sont les apô-

très, non pas en se mêlant aux orateurs des clubs dans les discussions publiques, où peut facilement sombrer leur prestig-e, mais en prêchant du haut de la chaire, qui est leur tribune et leur domaine, en catéchisant les enfants, en s' ouvrant un accès dans les foyers, et dans les coeurs par la confiance qu'ils inspireront en leur mission pacificatrice. Voilà le champ de bataille où doivent aujourd'hui se rencontrer toutes les bonnes volontés et se g-rouper tous les efforts. »

Ne sont-ce pas là les conseils de la sagesse et du vrai zèle ? N'est-il pas vrai que le prêtre doit toujours rester prêtre, que toute l'autorité comme toute la fécondité de sa parole et de son ministère lui vient de l'Evangile, qu'il doit être avant tout prédicateur de Jésus-Christ, de la relig-ion, de la morale chrétienne ? N'est-il pas vrai que le terrain des discussions du club n'est pas le sien, et qu'il n'y a plus aucune influence propre? Et n'est-ce pas abaisser sa mission, dénaturer son ministère que de vouloir faire de ses discours de tribune le prélude de l'enseignement du catéchisme,et des réunions publiques le vestibule de l'Eglise ?

On dira que le prêtre doit aller partout, qu'il doit transporter son ministère dans tous les lieux où il peut trouver à l'exercer. Oui : mais à la condition qu'il y sera toujours prêtre, et qu'il parlera toujours comme prêtre. Les apôtres allaient dans les synagogues, au forum, sur les places publiques, partout où il y avait à parler et à discuter. Oui, comme font encore aujourd'hui les missionnaires ; mais les apôtres n'allaient pas dans les curies électorales où se discutaient les questions politiques et sociales, pour y prendre part comme citoyens ; ils allaient dans tous les endroits où la liberté des institutions antiques leur permettait de parler comme envoyés de Jésus-Ghrist, et c'est de Jésus-Christ seul et de sa loi et de sa doctrine qu'ils parlaient

Le prêtre, même avec toutes les gênes de la réglementation . administrative et les usages étroits de la vie

moderne, ne manquera pas d'occasions, s'il le veut, d'exercer son ministère en dehors de l'Eg-lise. Ce qui nous paraît convenable, c'est de le détourner de ces réunions bruyantes, tumultueuses, où il n'a que la place de tout entrant et le droit du premiervenu. Il trouvera bien ailleurs un champ d'action assez étendu pour son zèle. L'Eg-lise avec la chaire et- le catéchisme lui appartient. Il a toute action sur les individus . Les maisons lui sont ouvertes, pourvu qu'il sache y entrer ; les ateliers euxmêmes ne. se fermeraient pas toujours devant lui. S'il ne peut aborder les ouvriers, il peut les attirer à lui, en org-anisant des réunions, des conférences religieuses, en créant des œuvres de mutualité, des cercles, des sociétés de chant et de récréations. Cent moyens d'action et de propagunde sont à sa disposition. Et dans l'Evang-ile, avec la prière, il a le vrai moyen de prédication et l'ag-ent le plus efficace de réforme pour l'amélioration individuelle et l'adoucissement des misères sociales.

La Place du Prêtre (7 novembre 1894).

De bonne foi, sommes-nous iciles adversaires de l'action sociale du clerg-é? On nous le dit aujourd'hui de très haut, avec un zèle outré de néophyte et une aigreur qui est moins d'un confrère que d'un rival.

C'est l'erreur commune de nouveaux venus, de croire toujours que les choses ont commencé par eux.iDepuis deux ou trois ans, quelques jeunes abbés sont descendus sur la place publique, ils ont mené un certain bruitdans les réunions populaires, et ils s'imaginent avoir inaug-uré l'action sociale du prêtre. Vous entendez, dignes curés qui êtes à la tâche depuis trente ou quarante ans, qui avez multiplié vos efforts pour restaurer et entretenir la piété dans vos paroisses, qui avez bâti des ég-lises en si grand nombre, qui avez fondé ou entretenu tant d'écoles; vous l'entendez, zélés religieux qui avez donné l'enseignement chrétien à des multitudes d'enfants et de jeunes gens, qui avez prêché tant de missions, converti

OU relevé tant d'âmes ; vous l'entendez, pieux directeurs et collaborateurs d'œuvres qui donnez votre temps, votre vie à la tutelle de l'enfance à la préservation de la jeunesse, au soutien des affligés, des infirmes, à la charité envers les pauvres ; vous l'entendez, vous n'avez rien fait jusqu'à présent, vous n'avez rien compris à l'action sociale du prêtre, vous n'êtes pas allés au peuple!

Il vous manque de vous être montrés dans la rue, d'avoir été faire des discours échauffés dans la première réunion publique venue, d'avoir crié au peuple qu'il était opprimé, d'avoir dénoncé véhémentement les abus de la richesse et du capital et fait espérer aux ouvriers l'âg-e d'or du socialisme chrétien.

Voilà ce qu'il faut faire maintenant pour être de son temps, pour marcher dans le prog-rès, pour travailler efficacement à la solution sociale !

Et parce que nous n'admirons pas ce g-enre désordonné d'action, parce que nous ne voulons pas le prêtre orateur de club et fauteur de grèves, on nous dit acrinionieusement que nous sommes ennemis de l'action sociale du clerg-é, que nous ne suivons pas les directions de Rome, que nous faussons l'esprit de nos lecteurs.

Non, nous ne prendrons jamais l'ag-itation pour l'action ; nous n'appellerons jamais action sociale du prêtre cette vaine campag-ne de discours soi-disant populaires, cette immixtion imprudente dans les questions économiques de salaire et de travail, cette dangereuse excitation de tous les appétits d'en bas, au profit de thèses hasardeuses et en vue d'espérances décevantes. On nous objecte saint Paul, saint Pierre et les apôtres, qui s'en allaient, prêchant partout, dans les synag-ogues comme dans les places publiques, dans les ergastules comme au forum ; oui, eh bien, que nos jeunes apôtres de la démocratie parlent comme parlaient et saint Paul et saint Pierre et saint Jacques et saint Barnabe ! Nous voulons que les prêtres parlent en tous lieux et devant tous les auditoires ; pourvu qu'ils disent ce qu'ont dit

272 LA. DEMOCRATIE CHRETIENNE g

les apôtres, pourvu qu'ils prêchent Jésus-Christ, la relig-ion, les vérités de l'Evang-ile, les vertus du chrétien. La société au milieu de laquelle ont paru les apôtres était bien plus mauvaise, plus mal organisée, plus injuste que la nôtre, 11 n'aurait tenu qu'à eux et à leurs successeurs, s'ils avaient cherché une vaine popularité, s'ils avaient voulu faire oeuvre politique, de provoquer partout un soulèvement des classes inférieures contre les classes supérieures, d'exciter les esclaves contre les patriciens, et cela, au nom de l'égalité et de la justice. Mais où trouve-t-on dans les épîtres de saint Paul, de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Jean, dans les Actes des Apôtres, où trouve-t-on trace de pareils discours ? Où voit-on que les prédicateurs de l'Evangile aient compris la solution de, la question sociale comme ces jeunes abbés réformistes, qui semblent ne plus savoir que la religion de Jésus-Christ est fondée sur la pauvreté, que la morale chrétienne se résume dans les divines maximes sur les béatitudes ! Avec les idées de ces nouveaux patrons du peuple, ils auraient été de grands révolutionnaires, au lieu d'être les instaurateurs de cette admirable société chrétienne, qui a remplacé le paganisme.

Non, assurément, nous ne voulons pas le prêtre inactif et muet, nous ne voulons pas le prêtre à la sacristie, attendant le fidèle de bonne volonté qui vient à lui : nous ne voulons pas le prêtre séquestré de la société, étranger au mouvement du dehors. 11 est singulier de s'entendre dire cela par un nouveau venu dans la presse, quand, pendant plus de vingt-cinq ans, on a essayé d'appujer et de stimuler de toutes manières l'action extérieure du prêtre, en le soutenant dans ses luttes pour le droit, en l'aidant dans toutes ses œuvres de propagande et d'apostolat, en défendant les causes majeures de la liberté de Tenseig-nement, de la liberté de la charité, de la liberté de la prédication et du bien, en poussant constamment à la formation d'un parti catholique à la tête

duquel eût été le clerg-é ; en exhortant sans cesse les prêtres, avec les catholiques, à s'org-aniser, à ag-ir, et même à prendre les devants sur les temps mauvais qui s'annoncent, à suppléer par la liberté à tout ce qui leur manquera un jour, pour n'être pas pris au dépourvu par le retrait du Concordat et la séparation de l'Eglise et de VEtat.

Un faux zèle emporte ceux qui nous accusent d'être opposés à l'action sociale du clerg^è, parce que nous la comprenons autrement qu'eux. Et jusqu'ici nous n'avons pas entrevu le moindre résultat de leur propagande démocratique. Rien ne les autorise à nous excommunier de la vieille Eg-lise catholique, de l'Evang-ile lui-même, ni à traiter de réfractaires ceux qui ne croient pas à la lég"itimité ni à l'efficacité de ce rôle de tribun populaire que l'on veut donner au prêtre. Pour nous, l'action sociale du prêtre, ce sont toutes ces œuvres de zèle que nous énumérions dernièrement et qui ouvrent un champ suffisant à son activité ; ce sont toutes ces institutions d'enseig-nement, de bien, de charité, d'apostolat, qui abondent déjà dans notre France et que l'esprit de Jésus- Christ suffit à multiplier encore ; c'est cette émouvante messe des Misérables à la basilique du Sacré-Cœur, qui réunissait dimanche des milliers de pauvres et d'ouvriers sans travail sur la colline sainte de Paris et montrait en eux d'admirables chrétiens, formés par la grâce et la sainte prédication apostolique.

Quand nous verrons les discours des réunions publiques amener ainsi les multitudes au pied des autels, les conduire à la table sainte pour les y rasassier, nous croirons qu'il manquait vraiment quelque chose aux moyens d'action sacerdotale et que l'Eg-lise de Jésus- Christ avait besoin, pour remplir sa mission, du concours des prédicateurs de la réforme socialiste .

Le socialisme était le grand adversaire que l'Encyclique Rerum Novarum sig-nalait aux catholiques.

PROGRÈS DU LlBÉR. II — 18

La Vérité lui consacre une série d'articles où l'on trouvera d'excellents arguments pour les luttes présentes et qui offrent un ensemble de vues, parfois de prévisions, dignes d'attirer l'attention de ceux que le problème préoccupe. Rapports du socialismeavec le judaïsme, avec la forme républicaine, avec la législation révolutionnaire, avec nos institutions civiles et le régime de propriété, avec le suffrage universel, Ie& étapesdu socialisme, tout y est décrit avec une sûreté de coup-d'œil et une fermeté de raisonnement surprenantes dans des articles écrits au jour le jour. Gomme nous sommes loin des déclamations ampoulées et fausses que la Démocratie chrétienne offrait au peuple en vaine pâture !

Judaïsme et Socialisme (9 octobre iSgS).

Dans son ardente campagne contre l'hégémonie juive, la Libre Parole ne s'était pas toujours préservée d'une certaine complaisance pour le socialisme. Par là, elle détruisait un peu elle-même l'effet de son impitoyable guerre au monopole juif. Des voix moins répandues, moins éloquentes que celle de M. Drumont, l'avertissaient discrètement qu'il se fourvoyait un peu. Peut-être ne les entendait-il pas, ou ne voyait-il pas encore la connexité entre lajuiverie et le communisme. Quoi de plus opposé, en apparence, que le banquier juif et le socialiste partageux? Quoi de plus différent l'un de l'autre, à première vue, que cet amasseur de trésors, cet exploiteur de portefeuille gonflé de titres et de monopoles, et le travailleur qui veut avoir part à l'usine et à la mine ?

Drumont a pu s'y tromper. Avec son ardeur toujours généreuse, mais parfois un peu primesautière, il a pu croire qu'en soutenant quelques-unes des revendications socialistes de l'ouvrier il combattait encore le capitalisme juif.

« LA VÉRITÉ FRANgAlSE » 276 "

Aujourd'hui, le vaillant publiciste saisit mieux cette question, sur laquelle il jette au jour le jour tant de lueurs d'u«ie éclatante âpreté. Il semble comprendre, maintenant, que favoriser le socialisme, c'est faire le jeu du judaïsme.

Gomment cela? dira-t-on.

Ouvrons encore une fois un opuscule tout à fait de situation, que nous avons déjà eu l'occasion de sig-naler. L'auteur est, lui aussi, un vaillant publiciste, un vétéran de la presse! Son écrit est intitulé : la République universelle gouvernée par les Juifs. Nous y lisons :

« Pour affirmer sa dénomination en France, et l'éten- « dre sur le reste des nations de l'Europe, le Juif a « choisi son instrument : le socialisme. »

Voilà qui est fait pour surprendre de prime abord. Car quel rapport y a-t-il entre le socialisme et la domination juive? L'auteur s'explique sur le plan juif : « La conception en est simple et son exécution est en bon train ; la voici en deux mots : « tout a l'état, et l'état

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