AUX JUIFS
Telle doit être la marche des choses sous un rég"ime favorable en même temps au socialisme et au judaïsme.
Il n'y a aujourd'hui qu'un socialisme possible, le socialisme d'Etat. C'est à celui-là qu'on arrivera avec les revendications ouvrières. Toutes les réformes sociales réclamées par l'opinion aboutiront inévitablement à une mainmise g-énérale de l'Etat sur toutes les choses d'exploitation. Il sera le g-rand centralisateur et le grand répartiteur des biens immeubles.
C'est quand tout sera aux mains de l'Etat que les Juifs s'empareront d'un seul coup de toute la fortune terrienne et industrielle de la France.
L'Etat, ce sera le Juif, le Juif rég-nant et g-ouvernant par l'or, par le monopole, par le crédit.
Auparavant, il faudra procéder à l'expropriation générale. C'est à quoi le Juif travaillera en poussant au socialisme. M. de Rothschild et M. Goblet feront cause com-
mune. Déjà Torg-anisation des grèves et des syndicats suffit à exproprier les possesseurs des mines et des usines. La position des industriels ne sera plus tenable. Une loi suffira à déposséder les actionnaires de laBanque et des Chemins de fer. On finira aussi par mettre les champs en rég-ie. Quand plus personne ne possédera de bien-fonds, les Juifs seront maîtres de tout par l'Etat. Il n y aura plus qu'une propriété, qu'un crédit, qu'un monopole. La propriété, le crédit, le monopole du Juif.
Une fois les terres, les mines, les forêts, les grands services publics de transport et d'éclairag-e restitués à la collectivité, selon la théorie socialiste, l'Etat deviendra l'exploiteur universel. Il fera valoir pour le compte de la masse. Pour cela, il aura besoin d'arg-ent, comme un particulier. C'est alors que les Juifs deviendront tout puissants.
Les Juifs ne sont ni industriels, ni ag-riculteurs, ni producteurs, ils n'ont pas d'usine, pas d'exploitation rurale. Ils n'ont qu'un portefeuille ; ils sont banquiers. Le socialisme d'Etat ne les atteindra pas, car il laissera subsister la fortune mobilière individuelle. Les Juifs continueront à posséder les capitaux et les titres. L'Etat aura besoin d'eux pour la g^estion du bien commun. Ils seront ses prêteurs et ses bailleurs de fonds, et par conséquent les maîtres du pouvoir. ^
Dans les campag-nes de l'Est, il y a un personnag-e bien connu du petit cultivateur, du petit entrepreneur; c'est à lui qu'on recourt pour avoir de l'arg-ent; il est le prêteur universel et aussi l'arbitre de tout. Ce personnag-e tout puissant, c'est l'usurier, le Juif. Il tient toute la menue jDopulation rurale.
Rien ne se fait que par lui, c'est par son intermédiaire que l'on vend ou que l'on achète. Le paysan ne conclut pas un marché de bétail ou de fourrag-e sans consulter auparavant son a. Juif ». Le juif c'est son maître.
L'Etat aussi aura son Juif. Avec le patrimoine collectif à faire valoir, il sera dans la main des prêteurs d'ar-
g-ent, des banquiers, des exploiteurs du crédit. Le Juif sera le haut rég-isseur, le vrai propriétaire du domaine de l'Etat.
Cette destinée n'a rien que de séduisant poiir les rois de l'argent. Ils sont les premiers à fomenter en dessous le socialisme, qui leur ouvre les perspectives de la doraination universelle. Le socialisme, tel qu'il est réalisable, c'est-à-dire le socialisme ordonné, légal, le socialisme d'Etat, sera le règne par excellence de la spéculation, le triomphe du judaïsme financier.
Le mal actuel, ce n'est donc pas le patronat, ni le capital foncier et industriel; c'est la spéculation, la spécuculation qui a troublé tout l'ordre économique et qui pousse au socialisme pour arriver, avec le Juif, à être maîtresse de la France (i).
(i) Ce que M. Arthur Loth écrivait en 1898 reçoit des faits, en 1907, cette confirmation intéressante. Le directeur de la Comédie- Française ayant accordé le concours de sa troupe à une fête donnée pour relever le journal de M. Jaurès, l'Humanité reçoit de M. Urbain Gohier une lettre où celui-ci dit :
« Un nouvel incident confirnae mes allégations. Vous mettez la troupe des comédiens français, payée sur le budget français.au service d'un journal purement juif et de ses spéculations. C'est bien pour sauver les fonds compromis de MM. Lévy-Bruhl,Lévy-Brahm, Dreyfus, L.-L. Dreyfus, Ely Rodrigues, Léon Picard, Salomon Reinach, Blum, RoufF, Casewicz, Herr et Sachs, commanditaires du citoyen Jaurès, que vous prostituez notre Corneille et que vous dilapidez le produit de nos contributions...
« Vous devez pourtant savoir qu'une partie au moins de ces capitalistes ont été remboursés de leur apport en croix de la Légion d'honneur, selon la méthode wilsonienne, flétrie jadis par ceux qui la pratiquent aujourd'hui. Un second remboursement devient usuraire.
« S'il vous a plu d'entrer, par adoption, dans le sein d'Israël, ce n'est pas une raison poury emporter notre bien. Nos illustres artisles dramatiques au même instant que nos trésors d'art religieux, l'asservissement de la Comédie, en même temps que le pillage des Cathédrales, c'est trop !
« Si, pour la création d'un journal, j'ai besoin de capitaux, mettrez-vous à ma disposition les ressources de notre théâtre national ? Je suis curieux de le savoir ». {L'Autorité, 19 décembre 1906.)
La République et le Socialisme (i3 août 1894).
Long-temps le parti socialiste n'a été que le parti de l'émeute . Alors il se composait d'un petit nombre d'ag-itateurs qui exploitaient les misères ou les convoitises de la plèbe et org-anisaient de temps à autre des troubles de rue. Contre ce parti la police ou, au besoin, la force armée suffisait. Une chargée de cavalerie dispersait les attroupements; quelques arrestations mettaient fin à l'échaufourrée.
Aujourd'hui le parti socialiste ne comprend plus seulement les meneurs de la populace, les politiciens turbulents, les fauteurs de désordre ; ce n'est plus le petit groupe de violents et de factieux- qu'on trouvait dans toutes les grandes villes, et à Paris surtout, et que la police locale suffisait à mettre à la raison les jours de trouble, le parti socialiste est devenu lég-ion ; il existe partout et jusqu'au villag-e ; il eng-lobe presque toute la classe ouvrière, il forme une g-rande partie de la population.
En s'étendant il s'est transformé. Ce n'est même plus un parti, c'est une école, une école, savante, raisonneuse, qui ad es principes et des théories, qui ne veut plus l'émeute mais la réforme, qui a une conception systématique de la société et tend à un certain idéal d'org-anisa^tion, où elle voit le prog-rès pacifique de l'humanité. Ses chefs sont des doctrinaires. Ils enseignent plus qu'ils n'ag-issent. Avant tout, ils cherchent à répandi^e l'idée que la société estmal faite, que l'inég-a^ité des conditions et des biens est une injustice, que la disproportion des richesses et des jouissances est un abus. Ils donnent à cela un air de doctrine, une apparence d'équité propre à séduire les masses.
Gomme moyens d'actions, le parti socialiste collectiviste n'en veut plus d'autres que la persuasion, le prog"rès de ses idées, le bulletin de vote.
Il répudie la violence. Il laisse aux anarchistes l'emploi de la bombe, la propag-ande par le fait.
Ce caractère de doctrine et de modération le rend plus dang-ereux. Jadis le socialisme représentait l'émeute, et on s'en défiait; aujourd'hui, il représente un système de société, et beaucoup commencent à le trouver raisonnable.
Il g'ag'ne tous les jours du terrain dans le pays ; il a pris place au Parlement; il n'est plus très éloigné de prétendre au g"ouvernement.
Un des plus g-rands dang'ers de la République, c'est d'ouvrir l'accès du pouvoir au socialisme par la voie lég-ale du sufiFrag-e universel.
Tranquillement, sans secousse, par un simple vote, le socialisme peut se trouver un jour, et peut-être bientôt, grâce au rég-ime républicain, maître de la représentation nationale, par conséquent du g-ouvernement.
Là où il aurait fallu autrefois une révolution pour faire du socialisme le régime politique de la France^ il suffira maintenant d'une élection. Les principes de la royauté, l'hérédité monarchique étaient des obstacles invincibles à l'avènement'du socialisme; le système républicain, au contraire, le favorise. Avec le suffrag'e universel et la souveraineté des majorités, tout peut arriver légalement, même le triomphe du socialisme.
C'est ce que nos sages constitutionnels ne considèrent pas assez. Ils confondent toujours le socialisme avec l'anarchie. Ils se rassurent, parce qu'ils voient le gouvernement montrer de l'énergie et de l'activité contre les manieurs de dynamite. Ils ont confiance en M. Gasimir- Périer, et peut-être M. Casimir-Périer se fait-il luimême l'illusion de croire que l'on est encore au temps de son aïeul, et qu'il suffira d'user de la force gouvernementale pour contenir la révolution.
Mais la répression de l'anarchie, bien insuffisante elle-même, n'empêche pas le socialisme d'avancer toujours. Ne voit-on pas qu'il commence à gagner les campagnes? Et n'est-il pas inquiétant de constater que les masses agricoles elles-mêmes se mettent à prêter l'oreille aux théories et aux promesses du socialisme? On a vu
aSo LA DÉMOCRATIE CHRETIENNE
les progrès que celui-ci a faits aux dernières élections. Ils ont surpris tout le inonde. Combien faudra-t-il encore de tours de scrutin pour que le parti socialiste arrive en majorité à la Chambre? Moins peut-être qu'on ne voudrait dire.
Aujourd'hui, en effet, le parti socialiste, greffé sur le parti républicain, représente la seule force électorale réelle qui existe en France. Le parti catholique, qui a eu jadis ses beaux jours, n'est plus qu'un souvenir ; le parti conservateur n'a même plus de nom. Seul, le parti socialiste est org-anisé; seul il a un programme nettement défini ; seul il fait des conférences, tient des congères, exerce une action publique sur l'opinion. Il se prépare à se rendre maître ainsi du suffrag-e universel, et quand il aura le suffrag-e universel avec lui, c'est-àdire la moitié plus un des suffrages, que lui opposera-ton? Quel obstacle l'empêchera d'appliquer son prog-ramme, ses théories, de tout bouleverser, propriété, famille, travail, finances, lois, pour refaire une société à son g-ré ? Il n'y aura ni constitution ni légalité qui tienne puisque, étant la majorité, il sera, de par la loi républicaine, la souveraineté.
Et tout le favorise en ce moment, aussi bien la logique des principes républicains, d'où d'écoulé la théorie politique du socialisme, que la complicité de ces ajîôtres étourdis ou échauffés qui, à propos de réformes sociales, excitent tous les mauvais sentiments d'égalité et de jouissance dans les masses et, sous prétexte d'enrayer le mouvement socialiste en y entrant, l'accélèrent et le fortifient .
Deux, trois, quatre élections seulement, peut-être, nous séparent du Jour où le parti socialiste, ayant pour lui le suffrage universel, deviendra le gouvernement. La substitution d'un régime, ou plutôt d'un système théorique à l'autre, se fera d'elle-même. On passera tout naturellement de la République au socialisme. Ce ne sera plus qu'une simple transition parlementaire, très
légalement accomplie, sous le couvert de la constitution républicaine. Mais que de surprises il y aura ensuite de voir que l'on était déjà arrivé là!
La Logique socialiste (i8 avril 1894).
Il est facile de constater les progrès du socialisme : le fait saute aux yeux de tous les côtés. On s'étonnerait que des esprits clairvoyants pussent hésiter sur la cause et le remède du mal.
Le socialisme se montre aujourd'hui à découvert ; mais il est ancien. Il a commencé avec la Déclaration des droits de l'homme. Voilà un siècle et plus qu'il est entré dans la société. Gomme doctrine politique, le socialisme procède directement des principes de 89. Il est l'application à la société des idées de liberté et d'ég-alité proclamées par la Révolution. Contenu sous les rég^imes monarchiques, le socialisme s'est développé, comme toutes les théories|révolutionnaires, avec la République. En 1848, il y eut une forte poussée de socialisme ; depuis 1878, c'est un débordement continu.
Dernièrement M. Gasirair-Périer proclam.ait cette connexité de la République avec la Révolution : (c II fallait la République, disait-il, pour que la Révolution donnât toutes ses conséquences. » Nous les avons, en effet, y compris le socialisme, que Farrière-petit-fils du ministi^e de i83o se flatte de contenir dans de j'ustes limites selon la vieille erreur libérale qui consiste à séparer toujours le fait de l'idée, à accepter celle-ci et à combattre celui-là.
Le socialisme est bien une conséquence de la Révolution. Celle-ci a été le renversement de la société par les idées ; le socialisme veut achever l'œuvre : il poursuit le renversement de la société par les faits. Et M. Casimir- Périer croit qu'il pourra arrêter le socialisme par la force.
Mais le socialisme, avant d'être le fait brutal qui répug-he aux libéraux en possession du pouvoir et de la
iSz
fortune, est une doctrine qu'ils ont été les premiers à proclamer et à favoriser.
Notre République actuelle est la source même du socialisme; nos gouvernants, nos hommes politiques sont les premiers socialistes.
Dès 1848, M. Blanc Saint-Bonnet, un grand penseur, que bien des choses étonneraient aujourd'hui, autant que Joseph de Maistre et Louis Veuillot et Coquille, disait : «Pas d'illusion, la République n'est qu'un athéisme déguisé, un athéisme à la fois civil et politique. On n'y déclare la souveraineté de l'homme que pour exclure celle de Dieu. » Avec plus de. raison encore, Mgr Freppel et d'autres ont redit après lui : « La République (la nôtre) n'est que la forme sociale et politique de l'athéïsme ».
Voilà la raison du socialisme. Il existe aujourd'hui par la République qui n'est, selon la pensée de M. Casimir Périer, que la Révolution appliquée à la société.
Allons au fond des choses. Qu'est-ce que le socialisme ? En fait, c'est l'envie substituée dans un peuple à la religion. Et on le voit bien, puisque les progrès du socialisme sont partout en raison de la diminution de la foi dans les masses. Pour un peuple sans religion, il n'y a plus qu'une chose : jouir. Alors ce désir du bien^-être, cet appétit dçs jouissances devient de l'envie, qui se change en haine et en colère.
Envie légitime, colère justifiée, s'il n'y a pas de Dieu*
Il faut une foi, un dogme, pour donner aux hommes l'explication de l'inégalité des conditions et la leur faire accejDter. Les théories de l'économie politique ne font pas la lumière à ce sujet, et les articles du Code pénal ne produisent pas la conviction.
En bonne raison, la négation de Dieu et de la religion rend illégitimes, l'autorité, la hiérarchie sociale, la propriété. Elle autorise, au contraire, la théorie socialiste. N'est-ce pas évident? En dehors delà donnée chrétienne, qui fournit l'explication des différences de con-
ditions en ce inonde, et la justification des supériorités sociales, l'ég-alité est la loi absolue.
Donc, tout ce qui se fait en politique contre Dieu et contre la religion, se fait pour le socialisme.
Ainsi la République fraye la voie au socialisme en travaillant à détruire le christianisme, en faisant consister son patrimoine, selon les uns, son honneur, selon les autres, dans ces lois de laïcisation qui sont l'expression pratique de l'athéisme officiel.
Aussi, le socialisme n'est-il, nulle part, plus avancé et plus menaçant qu'en France. Ailleurs, le régime gouvernemental lui est un obstacle, ici, il en est l'adjuvant le plus efficace. Chez nous le socialisme marche de pair avec la République. Gomment l'arrêter, si les gouvernants n'écoutent pas la voix de l'Eglise qui leur dit, avec Léon XIII, que le seul remède au socialisme est dans le retour du peuple à la religion ?
Le Socialisme dans la loi (3 octobre i8g4).
On parle aujourd'hui de combattre le socialisme, et on ne s'aperçoit pas qu'il est déjà partout. On demande des lois pour le prévenir, alors que les lois elles-mêmes le favorisent. Nous nous débattons contre un mal qui estdéjà en nous. Et ce mal nous ne le voyons même pas. Nous ne regardons qu'au socialisme démagogique, qui est la même chose que l'anarchie, et nous n'envisageons pas l'autre espèce de socialisme, le socialisme légal, qui n'est pas moins dangereux. Celui-ci presque personne ne s'en préoccupe. Et cependant, c'est par le socialisme légal ou le socialisme d'Etat que s'établira le socialisme révolutionnaire. Les deux se confondent : il n'y en aura plus qu'un.
Le régime de la propriété en France prépare le socialisme. Avec toutes nos lois d'expropriation, de succession et d'impôts il n'y a réellement pas de propriété. L'ensemble de notre législation suppose que l'Etat est le haut propriétaire du sol et de tout ce qu'il comporte
au-dessous et au-dessus : mines^ constructious, plantations, exploitations. Les droits de mutation, qui pèsent sur les ventes et les héritag-es, sont l'affirmation de ce haut domaine. On ne saurait j voir un simple impôt de contribution aux charg-es publiques. Ils ont le caractère d'une redevance. Ils ont remplacé Tancien droit de relief et représentent pour nous la continuation du régime féodal. En ' France, on est arrivé, avec le temps, à l'unité politique, mais jamais à la pleine propriété.
L'Etat moderne a une tendance à traiter toute propriété collectiveou individuelle comme sa chose. A l'époque de la Révolution, la théorie de la confiscation faisait partie droit public. Elle n'a pas cessé d'être en vigueur.
La confiscation des biens du clergé et des ordres religieux en 1789, la reprise par l'Etat des Eglises à la suite du Concordat de 1801, qui les avait restituées aux diocèses et aux fabriques en la personne des évoques, l'aliénation administrative des immeubles des menses épiscopaleset la spoliation fiscale des nouveaux biens de congrégations religieuses, sous la troisième République, ont ouvert la voie aux dépossessions à titre d'utilité publique.
Dans tous ces cas, l'Etat s'est substitué au véritable propriétaire au nom de l'intérêt commun.
Il a fait du collectivisme en dépouillant le clergé. Tes instituts religieux, les hôpitaux, les confréries, les fabriques de leurs biens, par ce motif que ces biens devaient lui faire retour, dès là qu'il remplissait les divers services publics d'instruction, de culte et d'assistance auxquels ils étaient afiFectés par destination.
C'est là un dangereux précédent. L'argument dont s'est servi l'Etat à l'égard des biens des établissements relig-ieux et charitables pourra être appliqué de la môme manière aux biens des g-randes compagnies industrielles de mines, de transports et de banque.
Vraiment tout est prêt chez nous pour le socialisme d'Etat. Il est dans nos lois, il a sa racine dans nosinsti-
tutions. La propriété n'est qu'une fiction avec notre système g-ouvernemental. Elle ne résistera pas aux doctrines socialistes. Déjà l'Etat apparaît tellement comme le vrai propriétaire de tout, qu'il ne semble presque plus exorbitant de tout lui attribuer.
Aussi les idées de « nationalisation » de la terre, des mines et de tous les moyens de production, d'échang-e et de distribution, font-elles rapidement leur chemin. Elles ne rencontrent aucun obstacle dans la loi ; elles cadrent même avec l'esprit de notre droit et le caractère de notre org-anisation politique. Elles sont comme le complément de la centralisation administrative. Avec ces idées-là, de plus en plus en faveur dans les masses populaires et patronnées par une nouvelle école sociale, toute propriété collective affectant un caractère de service public devra l)ientôt disparaître, au nom de l'intérêt g-énéral, pour se chang-er en une administration publique. L'Etat finirait par n'être plus en présence que d'une propriété privée, déjà fort amoindrie, et qui viendrait fatalement s'absorber en lui. Ce serait le triomphe du socialisme.
On ne croira pas qu'on en puisse jamais arriver là, comme on n'a jamais cru d'avance à tout ce qui est arrivé. Cependant le mal presse. Le socialisme nous envahit de toutes parts. Au lieu de chercher dans la loi un vain appui contre ces envahissements, c'est dans la loi qu'il faudrait commencer par le combattre. Il est là dans son principe, et c'est de là qu'il se répand, comme un fleuve qui sort de sa source. Cette ligue pour la conquête des libertés publiques, que nous proposions dernièrement comme le véritable objet de l'action catholique, serait le plus sérieux obstacle au socialisme. Si on parvenait à le détruire dans la loi, on arrêterait son expansion dans le peuple, et en même temps on pourrait travailler efficacement à la réforme sociale.
Le Socialisme et l'Impôt (12 octobre 1894)- 11 y a des personnes qui s'imaginent que c'est pur
paradoxe de dire que la propriété n'existe pas en France. Elles se récrient. Comment, on aurait fait la Révolution, on aurait proclamé la liberté, on serait en République, et on n'aurait pas la propriété ! C'est impossible ! Nous avons pourtant commencé de l'établir, en appelant l'attention sur des faits auxquels on ne réfléchit guère d'habitude .
De l'ensemble de notre lég-islation il résulte qu'il n'y a en France qu'un seul et vrai propriétaire : l'Etat. Les citoyens ne sont que de simples possesseurs, moins que cela encore, de simples usufruitiers. Le haut domaine des terres, des maisons, des mines, des forêts est censé appartenir à l'Etat. C'est de ce chef qu'il pei-çoit sur les héritages et les ventes des droits de mutation, qui sont de véritables redevances féodales. Rien n'a changé depuis le moyen âgcàpart le seigneur suzerain. La Révolution n'a fait que confirmer et aggraver l'ancien régime des biens.
Toute notre législation fiscale suppose qu'il n'y a pas de propriété particulière, au sens plein et juridique du mot.
Le symbole de la propriété, c'est la maison, c'est le chez-soi. L'homme qui aune maison, qu'il possède à l'exclusion de tout autre, peut être dit véritablement propriétaire. Ce morceau du sol sur lequel est édifié sonliabitation, cette maison où nul autre ne peut entrer, ces murs, ce toit qui abritent sa vie, tout cela est bien à lui seul. Il n'y a pas de propriété plus entière, plus exclusive, plus complète en soi que celle d'une maison.
En conséquence, le premierdes droits de l'homme, de ces droits si fastueusement proclamés en 1789, devrait être celui d'habiter sa maison.
Le citoyen français ne l'a pas.
Comment cela! dira-t-on. Rien de plus exact.
Dans notre système fiscal, la ,base de l'impôt foncier, c'est le revenu net des propriétés. De cetterègle il résulte que les maisons qui ne sont pas louées, qui ne produi-
sent pas de revenus, que les maisons, en un mot, que le propriétaire habite lui-même, ne devraient pas être imposées. Cependant, elles le sont comme les autres. Le principe, sans contredit, est violé. Par quelle subtilité de droit s'en tire-t-on? Uniquement par la nég-ation du droit de propriété.
Le particulier qui habite sa maison, qui n'en tire par conséquent aucun revenu, n'en paie pas moins l'impôt foncier, sur la base de la valeur locative de son immeuble, parce qu'il est considéré comme se louant à luimême cette maison, pour le compte d'un propriétaire supérieur à lui. C'est un propriétaire qui n'a pas le droit d'habiter sa maison, sans payer à l'Etat, quoique le revenu en soit nul. Aux yeux de l'Etat, il n'est que le détenteur, que le gérant de son propre bien. S'il est propriétaire au regard des autres, il est simplement son locataire vis-à-vis de l'Etat.
Si le droit de propriété existait pour les particuliers, celui-là ne paierait pas l'impôt foncier, vu qu'il se borne à habiter sa maison sans en tirer de revenu. Mais, alors dira-t-on, ce serait donc une maison qui échapperait à l'impôt ? Nullement. Elle paierait pour sa valeur vénale. Et voici comment.
L'impôt foncier se distingue du droit de mutation, en ce que l'impôt sur la propriété bâtie est un impôt sur la valeur locative, tandis que le droit de mutation porte sur la valeur vénale de l'immeuble. La maison habitée par son propriétaire, si elle échappait à l'impôt foncier, comme improductive de revenu, retomberait sous le coup du fisc, pour sa valeur vénale, par l'impôt de mutation en cas de décès ou de vente.
jNIais il vaut mieux dire que tout est arbitraire dans cette législation, l'impôt foncier comme le droit de mutation. D'un côté, l'impôt de mutation est incompatible avec l'idée de propriété, de l'autre, l'impôt foncier répugne absolument à l'usage de la propriété. S'il y avait un droit de propriété en France, si l'Etat ne se regardait
pas comme l'unique propriétaire, ni les maisons habitées par leur lég-itime maître n'acquitteraient l'impôt foncier pour leur valeur locative, ni les immeubles transmis par . succession ou par vente ne paieraient de redevance à l'Etat pour leur mutation ,
Mais la propriété n'est véritablement chez nous qu'un précaire.
Les particuliers ne sont que les détenteurs des biens fonds qu'ils possèdent, l'Etat reste propriétaire de tout. Il ag-it en cette qualité, tantôt dans la confiscation, tantôt dansles expropriations, et perpétuellement par l'impôt foncier et le droit de relief. Notre lég-islation fiscale implique le collectivisme d'Etat. Elle en est une application. Presque personne n'y prend g-arde; mais le socialisme est déjà plus qu'à moitié fait dans nos lois. Ce sont ces lois, nous le répétons, qu'il faudrait combattre avant tout. Mais qui s'en soucie? Tout se prépare, au milieu de l'indifférence générale, pour la réalisation des théories socialistes. La fiction de propriété que. nous avons s'évanouira d'elle-même. On sera surpris de la facilité avec laquelle se fera, à un moment donné, la « nationalisation » des grandes propriétés, affectées à des services publics. Il n'y faudrait peut-être qu'un changement de ministère. Ce sera alors le commencement du socialisme en action.
Socialisme et impôt sur le revenu (28 mars 1896).
Il est arrivé une fois de plus ce qui dlevait arriver. Notre République est conséquente avec elle-même. Elle va où ses principes et ses tendances la conduisent. Une force fatale la pousse dans la voie où elle ne doit point s'arrêter. Par ses origines, par ses doctrines, elle est vouée, si une main extérieure ne la retient, à aller au socialisme : elle ira.
D'avance on a pu marquer chacune de ses étapes. Pour notre part, nous les avons, plus d'une fois, indiquées. Dès le lendemain des élections de 1898, alors que d'au-
très s'évertuaient à faire croire par raisonnements et par chiffres que la nouvelle Chambre n'était pas radicale, nous avions annoncé qu'elle irait au radicalisme. Elle y est venue. Le ministère Bourg-eois est le ministère qui devait sortir d'elle. Et, avec ce ministère, nous n'avions pas tardé à dire qu'on en arriverait au socialisme. C'est fait aussi. Depuis hier le socialisme est entré dans le budg^et, c'est-à-dire dans la partie vive des institutions publiques. Il y a eu à la Chambre une majorité pour voter le principe de l'impôt sur le revenu, le principe de la réforme financière socialiste présentée par le ministère comme la base de son revenu.
Jusqu'ici la Chambre y était et paraissait y être opposée. Elle avait même nommé une commission défavorable au projet du g-ouvernement. Là-dessus on s'était empressé de déclarer que les choses n'iraient pas plus loin. Eh, si! Elles ont suivi leur cours fatal. Le ministère voulait l'impôt sur le revenu, parce que le parti radical-socialiste le voulait : la Chambre a fini par le vouloir aussi.
Tout se tient, tout s'enchaîne dans ce régime républicain. Notre république est une doctrine qui s'applique log"iquement ! C'est un programme politique et social qui s'exécute inéluctablement. On ne veut pas encore le le voir. Jusqu'à quand aura-t-on encore des illusions ?
La réalité s'impose en ce moment. Sous la pression du ministère, la Chambre a voté une chose qui eût paru impossible il y a six mois. Elle a consacré ce principe que Vimpôt, au lieu d'être la contribution proportionnelle de tous aux charges publiques, doit être un moyen de répartition plus équitable de la fortune entre les citoyens. Car c'est là l'imipôt sur le revenu, tel que l'établit le projet du gouvernement. Ainsi conçu c'est un impôt essentiellement socialiste. Qu'importe qu'il se présente sous une apparence de justice et d'humanité? Veut-on ériger en dogme social l'égalité des conditions ? Il y aura toujours dans la Société des riches et
PROGRÈS DU LIBER, — Il — I9
2 go LA DEMOCRATIE CHRETIENNE
des pauvres. Si le devoir d'un bon g-ouvernement est d'améliorer par les moyens lég-ilimes en son pouvoir la condition des petits et des humbles, il ne doit pas moins sauveg-arder la propriété, fondement nécessaire de la société et principe de l'activité individuelle. L'idée de frapper d'impôts spéciaux la richesse acquise, ou de faire contribuer la fortune seule aux charg-es générales, appartient à la théoi-ie socialiste.
C'est le principe que vient de faire triompher le ministère en faisant voter l'impôt g-énèral prog-ressif sur le revenu, à l'exclusion de tous les petits revenus inférieurs à 2.5oo francs.
On dira que ce n'est qu'un principe que la Chambre a voté, et qu'il reste à trouver les voies et moyens d'application de l'impôt sur le revenu, pour lesquels la Chambre n'a pas adopté d'emblée le système du g-ouvernement. Il se peut même que l'accord ne se fasse pas ; il se peut (ce que nous ne croyons pas) que le ministère échoue sur la mise en œuvre de son impôt. L'importance du vote de la Chambre, c'est qu'elle ait admis le principe lui-même. Ni le ministère, ni le parti socialiste ne pouvaient en demander plus du premier coup. La Chambre a commencé ; l'ag-itation populaire fera le reste. Déjà a surg-i devant les députés la menace du suffrage universel. Le parti socialiste tient désormais un argument qu'il n'abandonnera pas. Par où a passé le principe passeront aussi les conséquences.
Le Suffrage universel cause du Socialisme (6 février 1895).
On s'étonne des progrès du socialisme en Europe. Comment ne voit-on pas mieux que le suffrag-e universel en est la cause? Un élément de bouleversement a été introduit dans les Etats , du jour où l'on a inauguré un nouveau genre de régime politique fondé sur le vote du plus grand nombre.
Le plus grand nombre, dans tous les pays, c'est la
« LA. VERITE FRANÇx\ISE » 20 1
multitude de ceux qui ne possèdent pas. Partout les propriétaires sont en minorité. Ceux qui sont assez riches pour vivre de leurs revenus sont le petit nombre.
Naturellement, les pauvres aspirent au sort des riches. Les prolétaires veulent devenir propriétaires ; c'est l'histoire de l'humanité.
Le suffrage universel favorise ces prétentions. A ceux qui ne possèdent pas, il remet l'autorité. Il leur donne le pouvoir d'élire des représentants, qui sont les législateurs et les arbitres de la politique, et par eux de faire des lois, de changer les gouvernements. C'est une autorité sans limites puisque, dans les pays de régime constitutionnel, le Parlement a tout droit, tout pouvoir. Et comme la représentation nationale sort du vote populaire, tout le pouvoir de celle-ci appartient d'abord et en principe aux électeurs.
Avec le suffrage universel, les non-propriétaires se trouvent les véritables souverains du pays.
Quel usage les multitudes qui ne possèdent rien peuvent-elles faire de leur autorité, sinon de s'en servir pour parvenir à la propriété? Tout le socialisme est là.
Voilà des électeurs qui ont en mains un bulletin de vote avec lequel ils peuvent faire un député, et lui imposer un programme : tout d'abord, ils n'useront de leur faculté qu'avec réserve, ne sachant pas s'ils sont assez nombreux pour être les maîtres du scrutin ; mais s'ils s'aperçoivent, par l'expérience, qu'ils peuvent faire la loi, qui les empêchera de se donner pour représentant un homme complètement à eux, un homme résolu à soutenir toutes leurs revendications ? Et quel autre mandat donneront-ils à ce député dévoué que celui de les faire arriver légalement, s'il se peut, ou môme par des voies révolutionnaires, au partage de la propriété .
Par le bulletin de vote, ils sont les maîtres ; ils peuvent, au moyen des lois, ou par des révolutions, changer toutes les conditions de la société, modifier le régime de. la propriété, s'assurer par leur supériorité numérique les
avantag-es de fortune qu'ils n'ont pas ; n'est-il pas inévitable, dès lors, que le sufiFrag-e universel tourne au bouleversement social?
La propriété n'est-elle pas un appât irrésistible poui les masses dotées du droit de vote?
Elles ont le moyen de satisfaire leurs appétits, leurs désirs; de par la loi du nombre, elles ont l'autorité; en faut-il plus pour qu'elles veuillent' une réforme sociale qui chang-era les rôles entre les riches et les pauvres ? Le suffrag-e universel mène directement au socialisme. On le voit surtout par l'exemple de la France, où a été inaug-uré ce nouvel essai d'ordre politique. Le socialisme j g-r-andit dans la mesure où croissent les appétits des classes inférieures. Chaque nouvelle élection aug-mente l'importance du parti. Ou il faudra corriger le suffrage universel par des amendements qui donneront aux divers intérêts sociaux une part représentative, proportionnée à leur importance, ou le suffrag-e universel deviendra l'instrument de la révolution sociale à laquelle le plus g-rand nombre aspire, pour arriver à la propriété. Il y a à choisir entre une réforme urg-ente ou un péril prochain pour la société. ^
Les Etapes du Socialisme (16 mars 1897).
A ceux qui veulent se persuader, pour la justification de leur politique, que le prochain renouvellement dé la Chambre se fera dans de meilleures conditions, les dernières élections partielles sont un nouvel avertissement dont ils auraient tort de ne pas tenir compte. Qu y-at-on vu ? Ce qu'on n'a pas cessé de voir,depuis quatreans, dans les consultations du suffrag'e universel : le progrès des idées et du parti socialistes.
Jadis, au beau temps de la République de feu Gambetta, les opportunistes rég-naient en maîtres; puis les radicaux ont g'ag'né du terrain. Aujourd'hui les radicaux sont dépassés par les socialistes, en attendant que les purs anarchistes l'emportent. Tout fait présag'er le
triomphe plus ou moins complet du parti socialiste aux prochaines élections .
N'est-ce pas la marche logique, nécessaire des faits ? Plusieurs ont prévu, dès le principe, les conséquences qu'aurait l'établissement du rég-ime républicain en France, en 1875, Les idées qu'il porte avec lui devaient marcher et se faire jour dans les événements. Ce n'eût pas été de trop de toute l'action des conservateurs, s'ils avaient pu g-arder la direction des affaires, pour enrayer ce mouvement et contenir la République dans la juste mesure où le Saint-Père l'a voulue pour la France. C'est peut-être leur faute s'il n'en a pas été ainsi, mais ils avaient, ils ont encore à lutter contre un courant bien fort et presque irrésistible. Sous la République s'agitent des passions et des tendances qui trouvent en elle un aliment et un concours qui leur donnent une plus grande violence.
Il faudrait bien se persuader que la République n'est rien par elle-même ; que ce n'est pas une forme de gouvernement que l'on aime mieux qu'une autre, parce qu'elle constitue un ordre politique préférable en soi ou parce qu'elle répond mieux aux besoins de la Société moderne. En France, il n'en est pas ainsi. La République n'y est qu'une abstraction ; elle ne représente que les sentiments et les appétits de ceux qui attendent d'elle leur satisfaction . L'expression de République est toute négative ;et n'a signifié jusqu'ici que l'absence de la loyauté. Elle ne répond à rien de réel politiquement. On n'est pas républicain : on est antiroyaliste. On n'aime pas la République, on hait la royauté. Il serait impossible de dire en quoi la République actuelle,à part le nom et le titre de la fonction présidentielle, diffère d'une monarchie quelconque de ce siècle . Si la République est le régime de la liberté, comme on le dit, elle a bien manqué à son nom. Il n'y a certainement pas plus de liberté aujourd'hui, pour les grandes entités sociales, pour la famille, pour la commune, pour l'Eglise qu'il n'y en a
eu depuis la réorg-anisation de la France par Napoléon ; il n'y a pas plus de liberté pour l'action individuelle, pour le Isien, pour la charité, pour l'enseig-nement, pour le culte, qu'il n'y en a eu certainement sous tel ou tel rég-ime monarchique antérieur. Donc, la France n'a rien g-ag-né avec la République; donc, la République n'est pas, comme rég-ime politique, différente d'autres g-ouvernements. Seulement, elle est plus favorable à la licence, plus favorable à l'éclosion et à la propagation des mauvaises doctrines, plus favorable au vice et à l'erreur ; plus favorable surtout aux ambitions et aux convoitises personnelles.
C'est pour cela qu'on la préfère; c'est pour cela aussi qu'elle porte avec elle un principe de désordre et de dissolution qui s'exerce fatalement, et conduit à l'anarchie. Voilà bien le fond des choses, que ne le voit-on mieux? Dans les crises successives d'un siècle où l'on a compté par révolutions, il est d'usage de ne voir que des revendications pour la liberté. C'est ainsi que l'on apprécie les divers changements qui se sont accomplis au milieu des crises constitutionnelles et dynastiques de ces quatrevingt-dix ans passés . Au fond, il y^ avait quelque chose de plus radical, de plus effectif dans ces bouleversements et mutations de la chose publique.
Le vrai stimulant de la révolution sociale qui s'accomplissait sous le dehors de révolutions politiques, ça été la convoitise générale et surtout le besoin de s'élever, de jouir, qui s'est répandu de plus en plus, à tous les degrés de la société, et est descendu jusque dans les masses populaires. Seulement, ce violent appétit s'est dilaté et développé à la faveur des idées de liberté et d'égalité, propagées dans tout le corps social, et accrues par l'exercice du suffrage universel. La diffusion plus grande de l'instruction, des journaux, a initié le peuple à la politique ; elle l'a conduit à la discussion des droits successifs du citoyen et du gouvernement.
Les principes de liberté, d'égalité, n'étaient que des
sophismes dont les ambitieux se sont fait un moyen de popularité et de fortune politique. Les classes ouvrières s'y sont souvent laissé prendre. Elles avaient jfini par en faire la base de leurs revendications politiques. Jusqu'en 1870, et plus tard encore, il n'était question dans lesprogrammes électoraux démocratiques, que des immortels principes de 89, du droit de réunion et de liberté de la presse, de la séparation de l'Eg-lise et de l'Etat, etc. Le peuple se contentait de cela. C'est à ce point que les politiciens et les opportunistes auraient voulu arrêter le flot démocratique. Ils se flattaient d'en rester toujours aux formules de la Révolution. Ils s'imag-inaient pouvoir tenir toujours le peuple avec la Déclaration des droits de l'homme. Mais la Révolution a marché, et le peuple, longtemps berné par ses meneurs, réclame à son tour les réalités. C'est le socialisme.
Aux yeux des masses il représente un idéal de justice et de jouissance encore assez confus, assez mal défini dans ses applications, mais après lequel elles aspirent comme à la condition de l'affranchissement et du bonheur. Elles tiennent plus résolument à la République, parce qu'elles en attendent la réalisation de leurs espérances; mais c'est la République socialiste qu'elles veulent. Les politiciens tournent maintenant de ce côté-là aussi, pour continuer à se servir du peuple, en marchant avec lui. C'est ainsi que les Jules Guesde et les Jaurès, déjà chefs de parti, se préparent à devenir chefs de gouvernement. Le socialisme monte ; il gag-ne de plus en plus le suffrag-e universel. A chaque période électorale, on constate, depuis douze ans, ses prog-rès. Il aura dans les prochaines élections autant de candidats qu'il comptait autrefois d'adversaires dans les opportunistes. Avec les fausses idées d'ég"alité, et le besoin de jouir qui règ-nent partout aujourd'hui, où sera la force capable d'arrêter le mouvement socialiste, devenu si fort et si général, aujourd'hui? Une lutte électorale, si bien organisée qu'elle soit, du côté conservateur, pourra-t-elle en avoir raison?
S'il ne s'ag-issait avec le socialisme que des justes réclamations des classes inférieures, que de sag-es mesures d'amélioration et de bien-être comme celles que Léon XIII a indiquées, il n'y aurait pas de péril, et il serait facile de s'entendre, pour le bien commun. Mais le socialisme, qui se dresse aujourd'hui à l'horizon, est toute une doctrine nouvelle de société sans Dieu ni maître, ce n'est pas une réforme à laquelle le christianisme puisse prendre part, c'est une révolution sociale, qui menace de tout détruire, pour fonder un régime matérialiste incompatible avec la loi chrétienne et la vie sociale. Ce socialisme-là, c'est l'ennemi, il faut le combattre de front, et non pactiser avec lui, comme le proposent certains novateurs chrétiens qui croient pouvoir se servir de la Révolution pour arrêter la Révolution.
Tout cela est d'autre valeur, on en conviendra, que les utopies, les plans de réforme semi-socialiste ayant cours dans le parti de la Démocratie chrétienne. Tout cela est autrement plus conforme à l'esprit de l'Eg-lise, aux vrais direction^pontificales, aux besoins des esprits de notre temps.
Et cependant on est oblig-é de revenir à cette triste constatation qui marque le prog^rès des idées fausses parmi les catholiques, dans toute la période où a fleuri la politique pontificale :
La Vérité française était réputée presque universellement pour un journal réfractaire aux enseig-iiements sociaux du Pape comme à sa politique ; et r Univers étalait à tous les yeux, non sans quelqu'arrogance, la complète faveur dont il jouissait près de l'autorité ecclésiastique, doublée de la satisfaction d'en accabler la Vérité.