‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 86 sur 118 · II. — But du congrès · texte numérisé non relu

II. — But du congrès

Dans ce même article-programme, M. Charbonnel exposait ainsi le but du congrès avec une franchise et une logique qui du moins ne permettaient pas de méprise :

Sans doute, la fusion de toutes les croyances est un rêve vain . . . Mais ne pourrait-on pas tenter ce qui s'appellerait bien l'union morale des religions ? Il se ferait un pacte de silence sur toutes \es particularités dogmatiques qui divisent les esprits, et un pacte d'action commune par ce qui unit les cœurs, par la vertu moralisatrice et consolante qui est en toute Joi. Ce serait l'abandon des vieux fanatismes. Ce serait la rupture de cette longue tradition de chicanes qui tint les hommes acharnés à de subtils dissentiments de doctrine et l'annonce de temps nouveaux, où l'on se soucierait moins de se séparer en sectes et en chapelles, de creuser des fossés et d'élever des barrières, que de répandre, par une noble entente, le bienfait social du sentiment religieux.

Les sectaires (2) et j'entends les sectaires de croyance, ont une objection plus grave. Pour eux, le principe

(i) Il dit encore: « De jeunes catholiques de l'Université, M. Georges Fonsegrive et M. Georges Goyau, qui écrivaient alors au Monde et dont on sait aujourd'hui, par la Quinzaine, l'effort à rendre j9/tts sociale l'action de l'Eglise, entrèrent aussi dans nos vues. »

(2) Ceux qu'on eût appelé les réfractaires, si un acte positif de Rome n'était intervenu.

3l4 LE CATHOLICISME PROGUESSISTE

même d'un Congrès des relig-ions serait contestable. Reconnaître à toutes les formes le droit commun d'exposer leurs credos^ ce serait pour la vraie église, quelle qu'elle soit, comme un désaveu de la tradition dogmatique d'une seule vérité dans une seule cg-lise, et l'acceptation de cette idée hérétique que toutes les religions sont bonnes et toutes d'une égale valeur.

Ne dissimulons pas aux sectaires que l'œuvre du Congrès universel des religions sera surtout dirigée contre eux. Un Congrès des religions est une réunion d'hommes de croyances diverses, où chacun a le droit d'exposer sa foi, où. tous admettent la valeur que donnent à la vérité complète et à l'erreur même la bonne foi et la sincérité. Un Congrès des religions, c'est un congrès d'hommes religieux.

I^es lacunes de telle confession ne sont point déniées, non plus que la supériorité de telle autre. 11 n'est rien énoncé, par le fait même du congrès, sur la valeur absolue des credos. Mais c'est moins à comparer leur valeur absolue ou objective, dans la « lettre », qu'un pareil rapprochement des religions doit servir, qu'à reconnaître leur valeur relative ou subjective par l'appropriation que s'en font les âmes, ainsi que les droits égaux de toutes les consciences qui les professent « en esprit et en vérité ». Les religions, de la sorte, sont regardées du côté de l'homme. Elles sont considérées moins comme des doctrines abstraites, plus comme un élément de la personnalité morale, et il ne s' agit point tant de credo et de vérité que d'âmes croyantes et de sincérité.

C'est rEglise catholique, chacun en a le sentiment, qui devra faire, pour cette grande idée du Congrès universel des religions, les concessions les plus généreuses. Cette générosité aura son retour.

Nous avions donc raison de dire que les démocrates, en exagérant l'action sociale de l'Eglise, tendent à l'indifférentisme dogmatique.

LE CONGRÈS DES RELIGIONS 3l5:

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