‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 89 sur 118 · I. — L'Eglise démocratisée · texte numérisé non relu

I. — L'Eglise démocratisée

Les congrès ecclésiastiques ont été une tentative de démocratisation de l^Eglise.

Le jour où se clôtura le congrès de Bourg-es, 1 4 octobre 1900, la Vie catholique publiait un article de tète intitulé : Victoire ! Il commençait ainsi : « Tout ce que nous pouvions espérer est dépassé » , et finissait par ces lig-nes :

C'est VEpiscopat qui s'ébranle au souffle de la démocratie qui appelle des amis et des guides. Le triom,phe commence à luire pour les idées de Léon Xin. Une voie nouvelle est désormais ouverte, non plus seulement comme direction, mais de fait. Elle ira toujours en s' élargissant ; il faut que les plus réfractaires en prennent leur parti, tout le clergé y passera.

L'Episcopat ne s'ébranlait pas tout entier. On le vit bien à propos du congrès de Bourges, malgré les adhésions qu'il recueillit. Voici comment Mgr Turinaz, évêque de Nancy, appréciait plus tard cette tentative :

Autrefois il n'y avait point de congrès. Aujourd'hui il n'y en a jamais assez. Après les congrès des prêtres, voici les cong-rès des séminaristes. Pourquoi pas demain des congrès des élèves de nos établissements d'instruction secondaire déterminant les cours et la méthode de leurs études et modifiant la discipline ? Pourquoi pas des congrès de soldats et de conscrits transmettant leurs avis ou leurs décisions à leurs généraux et au conseil supérieur de la guerre ? Pourquoi pas des congrès de sacristains délibérant sur le service des églises et l'administration des paroisses ; des congrès de servantes pour régler les réceptions et les relations de MM. les .curés ?

Les congrès ecclésiastiques, dans les conditions où ils ont été constitués, ne sont pas conformes aux traditions de l'Eglise catholique. Je reconnais que des modifications sont, non seulement utiles, mais souvent nécessaires dans l'action de l'Eglise et du clergé. Il faut tenir compte des temps, des circonstances, de l'état et du mouvement des esprits, mais avec une grande prudence en anatière délicate et difficile et surtout après une expérience de dix-neuf siècles. Il y a eu, pendant ces dixneuf siècles, des époques aussi agitées que la nôtre, plus orageuses encore, des époques de luttes religieuses et de transformation sociale.

A ces époques, l'Eglise possédait des prêtres de la plus haute valeur, des docteurs illustres, de grands saints, et cependant aucun n'a songé à ces assemblées -de prêtres. Tous ont eu confiance dans la constitution de l'Eglise, dans l'autorité des évêques et des vicaires ■de Jésus-Christ. Leur confiance n'a pas été trompée.

Les traditions de l'Eglise doivent être respectées, surtout en des temps où souffle partout le vent de l'indépendance et des innovations aveugles, et quand il s'agit des droits divins de la hiérarchie catholique. Ce ne sont point les prôti-es, même assemblés, ce sont les évêques

que l'Esprit-Saint a établis pour g-ouverner l'Eg-lise de Dieu : Spiritus sanctus posait episcopos regere Ecclesiam Dei.

Que ces congrès, que leurs délibérations et leurs décisions touchent à chaque instant aux droits de l'autorité épiscopale, c'est Tévidence même.

Quelles sont, en effet, les questions que traitent ces cong-rès? Toutes les questions, même les plus hautes, les plus difficiles, sur la formation, la direction, la vie, le ministère du clergé, sur les œuvres de tout g-enre. Or, toutes ces questions relèvent de l'autorité épiscopale. Et où s'arrêtera-t-on ? Sur un pareil terrain, la marche en avant, l'entraînement a pour complice la nature humaine, et les habitudes et aussi la nature de ceux qui org-anisent et dirig"ent ces congrès.

On nous dit : Nous ne formulons que des vœux qui seront soumis à l'autorité épiscopale. Mais ces vœux expriment des opinions très arrêtées; ils ressemblent, à s'y méprendre, à des décisions. De plus, il faudrait absolument ignorer l'expérience du passé et du présent pour ne pas comprendre que des vœux ainsi formulés, dans de pareilles conditions, livrés à tous les vents de la publicité, ont pour but de s'imposer à l'opinion des fidèles et du clergé et de peser, surtout s'ils sont souvent renouvelés, sur Tautorité de Fépiscopat. Je démontrerai bientôt que tel est, en réalité, le but des organisateurs de ces congrès.

On nous dit encore : Les organisateurs de ces assemblées ont généralement le souci de les placer sous le patronage de quelques-uns de nos évêques. Voici la réponse que Mgr l'Evêque de Dijon fait à cette objection : « Mais encore n'y a-t-il pas lieu de souhaiter de la part de ces vénérables présidents une direction plus visible, plus efficace, un contrôle plus précis, une part beaucoup plus étendue dans la préparation, la conduite et la conclusion des débats? Est-ce bien àeuxqu'est remise la direction de l'entreprise? Choisissent-ils réel-

lement ceux qui en assument la cliarg-e en leur place? Est-ce sous leurs yeux et de par leur inspiration que la marche des choses est rég'lée, et, en fin de compte, la direction des évêques en ces conjonctures ne fait-elle pas song^er parfois à la sentence souvent répétée touchant les rois qui régnent et ne g-ouvernent pas,? »

Je reviens encore aux questions qui sont traitées dans ces congrès. Il est des questions qui sont traitées en quelques instants et qui arrêteraient pendant des semaines, peut-être des mois, des conciles provinciaux ou nationaux, peut-être même des conciles généraux.

Mais ce qui ajoute à toutes ces considérations une valeur exceptionnelle, ce qui multiplie et ag-g-rave les inconvénients et les périls, ce qui est ici capital et décisif, c'est l'ensemble des idées, des doctrines, des dispositions, des tendances, des actes et des écrits des organisateui-s et des vrais directeurs "de ces congrès. Ces organisateurs et ces directeurs sont les membres les plus influents de ces groupes de prêtres dont je viens d'exposer les doctrines, les tendances, en philosophie, en théologie, dans la critique et l'interprétation des Saintes Ecritures, dans l'apologétique, dans les enseignements delà foi. Ce sont eux qui veulent s'emparer, bon gré mal gré, en dehors ou contre l'autorité des directeurs de nos séminaires et des évêques, de la direction et de la formation des séminaristes et des jeunes prêtres. A qui fera-t-on admettre (et d'ailleurs ils parlent assez haut) que ces congrès ne sont pas le moyen le plus puissant et sur lequel ils comptent le plus pour réaliser leurs projets, faire accepter leurs doctrines et préparer, comme ils le disent, le clergé de l'avenir (i).

(i) Mgr Turinaz, les Périls de la foi et de la discipline dans VEglise de France à l'heure présente.

Nous ne dirons qu'un mot du congrès ecclésiastique de Reims, convoqué à l'occasion du xive centenaire du baptême de Clovis,coup d'essai dont l'éclat fut effacé par le congrès de Bourges.

Voici ce qu^écrivait un des instigateurs de ces congrès, M.Fabbé Dabry, dans le Peuple français :

« Ne pourrait-il pas y avoir le pèlerinage des prêtres qui iraient seyhzre baptiser hommes, qui iraient secouer les chaînes d'an système odieux où le vicaire ne pense que par le curé, le curé par l'évêque et l'évêque par le gouvernement ?jGhez nous la hiérarchie tue l'individu. » Et encore : « Réservons toujours notre soumission filiale et le droit des supérieurs à intervenir. Mais, dans ces limites, soyons hardis, et pour penser, et pour chercher, et pour exécuter. Soyons vivants . Ne nous regardons pas comme un instrument passif entre les mains de ceux qui commandent, mais comme une force intelligente, etc. »

Je vois peu de choses dans l'esprit général, dans les habitudes, dans la méthode des catholiques et même dans toute l'orffanisatioji ecclésiastique française qui ne soient marquées du signe de la ruine.

L'autel, construit dans le style du dix-septième siècle, est destiné à aller rejoindre le trône.

L'édifice tout entier est à rajeunir et à mettre en harmonie avec les goûts et les besoins des générations qui viennent.

Notons seulement les positions prises à l'égard du congrès par les uns et les autres. A la date du 12 septembre, quinze jours après le congrès, la Semaine religieuse de Cambrai disait :

. Contentons-nous de quelques remarques. Avant, pendant et après, le congrès a été violemment attaqué par r Autorité et la Gazette de France; il a été défendu par le Figaro, le Gaulois, le Journal des Débats et le Temps ; V Univers^ la Croix^ et le Peuple Français en ont donné des comptes rendus sympathiques et élogieux; — la Vérité s'est tenue en observation.

A l'ouverture du congrès, Mgr Péchenard, qui lui avait été donné comme président par Son Eminence le cardinal Lang-énieux, a marqué le caractère insolite de l'Assemblée. A sa clôture, Son Eminence a dit : (c Je vous remercie de ce que vos études aient été circonscrites aux limites fixées par la sag-esse, car fêtais responsable. »

Ces deux mots rapprochés du silence g-ardé par Rome, qui n'a donné réponse ni au télégramme, ni à l'adresse de l'Assemblée, font penser que si le congrès ecclésiastique de Reims fut le premier, il pourrait bien être le dernier.

Les progrès du parti de la démocratie chrétienne dans le clerg-é devaient, au moins pour une fois, démentir cette prévision. La crainte de contrarier le mouvement de démonstrations catholiques qu'on cherchait à créer à l'occasion des fêtes de Reims, la confiance dans la vig-ilance du cardinal Lang-énieux, et aussi le peu de succès qu'on prévoyait avaient empêché de mettre obstacle à ce projet.

L'avant- veille du premier jour, je me présentai à Mg-r Péchenard, vicaire g'énéral, qui devait présider le congrès (i). A ma question si tout était prêt, il répondit : « Oh! on sera toujours prêt; combien allez-vous être, une cinquantaine? » Je restai cloué sur place. « Vous n'y pensez pas, lui dis-je ; j'ai plus de cinq cents adhésions fermes ; avec l'imprévu, vous allez avoir sept à huit cents prêtres à log-er, et, en outre, à fournir d'autels pour dire

(i) L'abbé Dabry, les Catholiques républicains, p. 468.

la messe. « Alors, c'est bien », fit-il, et il m'adressa à un prêtre dont je ne me rappelle plus le nom, qui, avec l'exquise complaisance des supérieurs du grand et du petit séminaire, se mit en mesure de faire ce qu'il fallait.

Le culte et Fadministration des sacrements, la nécessité de paroissiens bien faits, celle d'abréger les offices et de les placer à des heures plus commodes, la formation du clergé et les études des séminaires, la prédication, les œuvres paroissiales et les œuvres de presse, la question des écoles et «l'introduction des jeunes catholiques dans les écoles normales primaires »; tel fut à peu près l'objet des travaux.

L^esprit nous en semble exactement indiquée par ces citations de l'historien du congrès,. M. l'abbé Dabry :

Une société fondée sur ce principe : « tout pour le peuple, tout par le nombre, par la foule et peir l'association », demande des prêtres autrement formés qu'une société où tout se fait par la volonté d'un seul et par voie hiérarchique.

La préparation dans les séminaires, même les meilleurs, est toujours plus ou moins factice. Le séminariste doit être saisi par le milieu sacerdotal; c'est donc ce milieu qu'il faut former bon, catholique, généreux.

N'ayez pas l'air, tout en voulant sincèrement corriger quelques-uns des effets du mal jpar des soins plus ou moins opportuns, de gens qui prennent leur parti d'une situation radicalement fausse et foncièrement injuste.

C'est encore à lui que j'emprunte cette morale de l'entreprise :

Quant à renseignement à dégager de cette manifestation, à la signification exacte qu'il fallait lui donner, il y a quelqu'un à qui il appartenait surtout de la for-

muler, et il n'y manqua point : c'était l'abbé Pierre. Esprit pondéré , intellig-ence avisée autant qu'apôtre ardent, plein de la moelle de l'Ecriture Sainte et des Pères, toujours maître de sa phrase à laquelle sa parfaite connaissance des auteurs de l'antiquité lui permet de donner une tournure très littéraire, il avait, par des interventions importunes et toujours applaudies, discrètement partag-é avec Mgr Péchenard le rôle de moniteur du congrès. Dans la presse, il était aussi vig-oureusement intervenu, et de même qu'il avait justifié l'entreprise avant, il l'expliqua et la mag"nifia après. Dans un mag-istral article de la Revue du Clergé français, il acheva de mettre en déroute les objections de Mg-rlsoard, pieusement recueillies et amplifiées par tous les réfractaires. Dans V Univers, il donna la note qui, à mon avis, doit rester et que je voudrais précisément relever. Cette note c'est que le clergé, domestiqué jusque-là par les partis monarchiques, ayant perdu cette admirable faculté de se mouvoir dans le siècle et au milieu de la complexité des choses du m.onde, cette faculté éminemment précieuse qui s' appelle V esprit politique, qu'on s'est toujours accordé à lui reconnaître dans l'histoire, semblait en avoir recouvré quelque chose au congrès de Reims.

M. Tabbé Pierre disait :

Et nous aussi, à Reims, nous avons voulu faire aux choses de notre temps ce bon visage dont Dieu nous a fait, à nous, prêtres un devoir d'état.

Disant définitivement adieu aux déclarations belliqueuses que nul eflbrt sérieux n'accompagne, et bonnes seulement à exciter l'ennemi, nous avons envisagé virilement les périls de l'heure présente, et demandé à Jésus- Christ, par Notre-Dame de Reims, d'élever nos cœurs à la hauteur de notre tâche.

Nous avons songé moins à gémir qu'à nous armer, moins à invectiver nos adversaires qu'à faire nous-mêmes

l'examen de notre propre conscience, moins à formuler des réclamations vaines qu'à user en hommes et en citoyens des libertés qui nous restent, pour mériter d'obtenir un jour celles qui nous manquent encore (i).

Les controverses auxquelles le congrès de Bourg-es donna lieu au sein même de Tépiscopat, les discussions soulevées autour de l'assemblée, les questions qu'on y agita, tout contribue à donner à ce congrès de Bourges une importance particulière.

Comme celui de Reims, il fut org-anisé sous la direction de M. l'abbé Lemire, et, de plus, présidé par lui (2). Mgr Servonnet, archevêque de Bourg-es, en avait accepté sans embarras ni hésitation le patronage. Il écrivit à tous les évêques (3). Mgr Fulbert- Petit, archevêque de Besançon, était venu encourager le congrès de sa présence et se placer aux côtés de Mgr Servonnet (4) •

En réponse aux critiques auxquelles le congrès avait donné lieu, la Semaine religieuse de Bourges, dans une livraison qui fut adressée à tous les évêques de France, disait :

Aussi fut-il (le congrès de Bourges) attaqué par tous les ennemis des directions pontificales, par tous

(i) L'Univers, 3 septembre 1896.

(a") L'importance du rôle joué par M. l'abbé Lemire dans le parti de la démocratie chrétienne demanderait une élude spéciale. Comme elle n'entre pas dans le cadre de notre étude, nous renvoyons le lecteur à l'appendice que nous consacrons à ce personnage.

(3; L'abbé Dabry, les Catholiques républicains, p. 682.

(4) Ibidem.

ceux à qui cette union avec Rome déplaît, réfractaires notoires ^violents ou dissùnulés dans le ipassé, ffallican.'i ou régaliens de toutes nuances, tandis, que les amis fidèles et dévoués du Saint-Siège applaudissent unanimement.

Grêlaient là des accusations bien graves, injurieuses même,portées contre des catholiques, des prêtres et des évêques ayant donné au Saint-Siège des preuves de dévouement que leurs détracteurs n'avaient point dépassées. Mais encore est-il vrai que le cong-rès avait trouvé les plus chauds encourag-ements chez ceux qui exerçaient le monopole des directions pontificales.

L'Univers annonçait le ii août 1900 qu'il apprenait « avec joie » la tenue du prochain congrès; et le 25 août lui consacrait une réclame solennelle dans son premier-Paris :

Il y aura un an , le 2 septembre, que paraissait l'Encyclique adressée par le Souverain Pontife,aux archevêques, aux évêques et au clergé de France. Léon XIII donnait à notre pays un nouveau témoignage de son amour et de son estime. Avec sa hauteur et sa largeur de vues, le Docteur infaillible formulait des enseignements, il édictait des règles qui, fidèlement suivis par nos prêtres, rendront chez nous toute son influence à l'Eglise.

Le 10 septembre au soir, s'ouvrira le congrès ecclésiastique de Bourges, dans les vastes salles de Saint- Célestin! C'est là qu'il se tiendra durant les trois journées suivantes. Mgr Servonneta mis à la disposition des congressistes ce superbe établissement, l'une des plus belles maisons d'enseig-nement secondaire de France. Nous n'avons pas besoin de rappeler à nos lecteurs que Mgr Servonnefc a fait bien davantage. Il a voulu cette grande assemblée ; il l'a prise vaillamment sous sa protection. L'archevêque de Bourges a envoyé une circu-

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laire à tous ses collèg-ues de l'épiscopat. Elle ne demandait point de réponse directe, et, cependant, la moitié environ de nos évêques ont répondu, approuvant et encourageant l'initiative. Plusieurs autres ont fait savoir à leurs prêtres qu'ils les verraient avec plaisir prendre part au congrès.

On peut donc dire que celui-ci revêt un triple caractère. Jl est régulier ; les ecclésiastiques qui vont s'y rendre seront munis au moins du consentement de l'autorité religieuse. Il est professionnel, ne devant comprendre que des prêtres et ne s'occuper que du ministère sacré. Il est pratique enfin, tout est réglé à merveille, d'après un programme nettem^ent circonscrit, pour que les discussions, bien délimitées, soient, claires, pleines et fécondes.

Nous le donnons plus loin, ce programme, avec tous les renseignements utiles. On j verra que les travaux seront préparés et classés d'avance. Chacun est invité à fournir sa contribution. Des monographies d'œuyres, de sociétés, de paroisses, voilà surtout ce que demandent les organisateurs. Il ne faut pas qu'une humilité mal entendue ferme les bouches . Les plus modestes comniunications parfois sont les plus intéressantes et celles qui éveillent le plus d'idées pratiques. Dans les séances générales du matin et du soir, les rapports seront résumés par le secrétaire du congrès, puis soumis à une courte discussion que dirigera le président; ils donneront lieu à des échanges d'observations, de renseignements et do vues. En outre, d'imposantes cérémonies seront célébrées chaque jour.

Le congrès de Bourges comportera donc ces trois points : exercices religieux, rapports écrits, échanges d'idées.

Où va-t-on prendre le cadre, la trame et la règle des travaux? Dans l'Encyclique du 8 septembre 1899. Une partie de ses enseignements et directions concerne les evêques ; mais beaucoup de ces prescriptions s'adressent

au clerg-é dés paroisses. Il y trouve les moyens de seconder, en respectant la hiérarchie, l'action épiscopale. On s'occupera spécialement, pour s'en pénétrer à fond, de ce qui a trait au rôle du prêtre, à ses devoirs vis-àvis de ceux qu'il faut maintenir et de ceux qu'il faut ramener.

Les études sacerdotales, au petit et au grand séminaire, sont dirigées par l'autorité diocésaine. Mais après, l'initiative personnelle entre en scène et peut se mouvoir, non pas sans règle, bien entendu, mais, jusqu'à un certain point, librement. Maints conseils seront donnés au congrès de Bourges, maint exemple sera fourni pour la composition des bibliothèques, pour l'organisation des réunions d'études, pour les abonnements à prendre en commun. On y suggérera des idées de travaux personnels qui maintiendront le prêtre, sous le rapport de la science et de la réputation de science, à la hauteur de ce que paraissent exiger les temps que nous traversons... N'oublions pas l'admirable lettre écrite à ce propos, il y a deux ans, par Mgr Baunard. Ce jour-là, fut donné un élan salutaire.

Il faut donc étudier. Il faut agir. Le congrès de Bourges ouvrira une mine de renseignements sur les divers moyens d'apostolat, sur toute la variété des œuvres de moralisation. On dira, dans les rapports et discussions, comment s'y prendre en telle ou telle circonstance. On montrera comment se créent des organisations nouvelles et comment, aussi, se rajeunissent les organisations anciennes pour s'adapter au temps et aux milieux. Et enfin, réunissant leur zèle, leur sagesse, leurs conceptions théoriques, leurs observations pratiques, leur autorité, ces prêtres, procédant à une sorte « d'examen professionnel sacerdotal », s'éclaireront mutuellement, se conseilleront et se fortifieront. Avec quel fruit, on le verra, quand ils y seront revenus, dans leurs paroisses et autour de leurs paroisses.

Nous souhaitons, comme, d'ailleurs, tout permet de

l'espérer, un g-rand succès au congrès de Bourges. Nous y voudrions une telle affluence que la maison de Saint- Gélestin, si vaste soit-elle, eût peine à suffire. Mgr Servonnet, M. l'abbé Lemire, les autres organisateurs travaillent pour le bien de l'Eglise. Que leurs collaborateurs soient très nombreux !

La Vérité, dans un article intitulé : Congrès et Conciles (20 septembre), jetait un peu d'eau froide sur l'enthousiasme démocratique de ce clerg-é qui faisait honneur de la tenue du congrès à la liberté républicaine. Ses observations sont fort intéressantes :

Dans le cadre, très prudemment circonscrit, des travaux du congrès ecclésiastique de Bourges, il était impossible, avec le caractère de cette assemblée, qu'il ne se produisît pas certains écarts de doctrine et de langage. Si chacun a pu les relever dans son for intérieur, c'est à l'autorité ecclésiastique qu'il appartiendra, si elle le juge à propos, de les redresser ouvertement. Mais si l'on veut un jugement d'ensemble sur ces sortes de réunions ecclésiastiques, on peut le demander à M. l'abbé Lemire, qui a été le principal organisateur et l'âme de celle de Bourges. Personne ne les aura mieux caractérisés que lui!

Au toast final du banquet par lequel s'est terminé le congrès, le député d'Hazebrouck a dit :

« C'est pour moi un devoir de constater que notre congrès s'est tenu tranquille et paisible, sous le couvert de la loi commune qui garantit le droit de réunion . Il n'y a là ni faveur, ni privilège. Mais je n'en éprouve pas moins un réel plaisir à reconnaître avec vous que, pour îa première fois, le clergé a dû bénéficier de ce droit sans restriction mesquine, sans monition blessante. Je crois devoir en faire honneur aux institutions de mon pays. »

M. l'abbé Lemire fait donc honneur au gouvernement

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de la République de la tenue du congrès de Bourges. Y-a-il réfléclii ?

L'Eg-Iise a plusieurs modes d'assemblées rég"ulières et canoniques ; ce sont les synodes diocésains, les conciles provinciaux, les conciles pléniers (nationaux ou universels). Chacune de ces assemblées a son caractère et ses lois. Elles répondent, chacune dans leur g-enrejà tous les besoins du clerg-é et du peuple chrétien ; à toutes les nécessités de la foi, de la morale et de la discipline dans l'Eg-lise. Là, se traitent, suivant des formes déterminées, les affaires de conduite, les questions de doctrine et de méthode, les cas.de réforme, les choses du culte.

Or, laquelle de ces assemblées pourrait se tenir sous la République actuelle? C'est le vœu, c'est même l'ordre de l'Eg-lise, que les synodes diocésains aient lieu une fois par an, selon les règles prescrites par elle, et les conciles provinciaux, qui sont les principaux org'anismes de l'administration ecclésiastique, tous les cinq ans.

A-t-il été permis à un seul synode diocésain, à un seul •concile provincial, de se tenir régulièrement et paisiblement depuis vingt ans? Un ou deux essais, tentés ici et là, ont été tout de suite réprimés. Si l'une ou l'autre de ces assemblées synodales et conciliaires s'ouvrait quelque part, elle serait immédiatement dissoute par ordre du gouvernement.

Si l'évêque diocésain, si le métropolitain de la province, et ses suffragants protestaient contre l'interdiction, ils seraient déférés comme d'abus au Conseil d'Etat, privés de leur traitement concordataire.

D'où vient donc que le gouvernement proscrit les assemblées légitimes et canoniques du clergé et permet les réunions irrégulières, comme celle de Bourges ?

Et y a-t-il lieu de faire honneur aux institutions du pays d'une liberté accordée à des congrès comme celui qui nous occupe, alors qu'elle est refusée aux assemblées hiérarchiques et normales de l'Eglise ?

Cette différence de traitement ne juge-t-elle pas les

réunions ecclésiastiques formées en dehors des règ-Ies et des autorités lég-itimes du diocèse et de la province? Peuton marquer plus formellement le caractère insolite, équivoque, de ces assemblées qu'en disant qu'elles sont tolérées et approuvées par le g-ouvernement qui prohibe les autres ?

A la meilleure époque de l'Empire, lorsque Napoléon III, dans un de ces retentissants discours du Trône, que toute l'Europe écoutait, disait : a Les conciles provinciaux se tiennent dans toute la France », il donnait une haute idée de la liberté relig-ieuse d'alors et montrait un juste respect du droit de l'Eg-lise.

QuandlaRépublique actuelle tiendra le même lang-ag-e, il y aura lieu, à ce moment-là, de faire honneur aux institutions du pays, du rétablissement d'une liberté perdue depuis si long-temps.

Ce qu'elle permet aujourd'hui, et ce dont M. l'abbé Lemire lui fait honneur, ce n'est pas la même chose que le droit de tenir des conciles.

Le bénin député (et cela nous paraît lui être arrivé plus d'une fois) n'a pas suffisamment mesuré la portée de ses paroles. Si le g-ouvernement, animé des intentions les plus hostiles contre l'Eg-lise, interdit, par défiance ou malveillance, les synodes et conciles nécessaires au fonctionnement de la vie ecclésiastique, et autorise les congrès libres de prêtres, n'est-ce pas qu'il craint autant l'effet des premiers qu'il trouve les seconds au moins inoffensifs à son point de vue? Et. alors, n'est-ce pas le stig-mate le plus défavorable infligée à ces assemblées irrég-ulières, où le zèle et les bonnes intentions ne suffisent pas à corrig-er ce qu'elles ont de défectueux en soi, que de proclamer qu'elles peuvent se tenir librement et en paix, sous un rég-ime intolérant et persécuteur, qui entrave toutes les vraies libertés, qui lève tous les droits lég-itimes de l'Eg-lise ?

Ce n'est pas ainsi que M. l'abbé Lemire aurait dû présenter le cong-rès de Bourg-es .

S'il s'était borné à dire que, à défaut des libertés nécessaires dont l'Eg-lise est privée, un certain nombre de prêtres avaient cherché, dans leur zèle, à se réunir, à la faveur du droit commun, pour s'entretenir ensemble des questions religieuses du jour et des besoins nouveaux du ministère, il fût resté davantag-e dans la vérité des choses ; car il aurait donné par là une idée exacte de l'état précaire et misérable de l'Eg-lise en France, réduite ainsi à chercher dans des expédients irrég-uliers une compensation illusoire à ses droits perdus.

Alors il aurait pu ajouter que le Souverain Pontife et un certain nombre d'évêques avaient cru bon, pour le temps, d'approuver ce zèle : et, au lieu de faire hommag^e aux institutions actuelles d'une liberté aussi trompeuse, il en aurait pris occasion de souhaiter que le Pape et les évêques puissent bientôt saluer un rég'ime où FEg-lise rentrerait en France dans son droit et le pays dans l'ordre.

Ces deux articles de U Univers ei de la Vérité résument assez bien la position prise par les partisans aveugles des directious pontificales et par les « réfractaires ». Mais la Semaine religieuse de Bourges n'en blessait pas moins la vérité, toutes les convenances et toute justice. Mg-r Turinaz le lui faisait sentir, en montrant comment s'appliquait ce dire que « les amis fidèles et dévoués du Saint-Siège applaudissaient unanimement au congrès » .

Parmi ces applaudissements unanimes, il en citait venant d'organes ou de personnages qu'on ne pouvait guère compter parmi les amis fidèles et dévoués du Saint-Siège. Tel le Chrétien français, organe des prêtres défroqués et apostats, qui consacrait la première page de son numéro du 2 janvier 1902 à l'éloge du congrès de Bourges. Il y applaudit en ces termes :

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Dans un même effort, ils chercheront loyalement sous le reg-ard de Dieu ce qui, dans l'Eg-lise à laquelle ils appartiennent, se révèle comme à jamais caduc. Avec un mag-nifique courag-e, plusieurs se lèveront qui, dans leurs discours, dans leurs rapports, aux applaudissements de chacun, s'écrient : tout est à chang-er, et la mentalité du prêtre et sa science et son activité, qu'il soit précipité dans la fournaise de la pensée moderne, qu'il soit recréé à l'image de notre époque et que, par. lui, l'esprit nouveau entre avec la vie dans l'Eg-lise transformée!...

Toutefois nous en avons dit suffisamment pour que le lecteur comprenne l'intense émotion qui s'est emparée de notre âme lorsque nous sont parvenus les échos de ces trois g-randes et saintes journées.

Il n'était pas monté en vain vers le ciel, le cri sorti de toutes les poitrines au jour solennel de l'ouverture : Veni Creator Spiritus. L'Esprit de Dieu était avec ces prêtres.

Et s'ils ne se roidissent pas à l'avenir contre l'impulsion divine qui les jeta ce jour-là au-devant de l'humanité nouvelle, l'Eg-lise catholique de France sortira du tombeau dans lequel son obéissance servile à un autre que Dieu l'avait abattue. Elle revivra pour, parée d'une jeunesse nouvelle, sur la route royale de la liberté chrétienne, s'avancer au milieu des hosannas de son peuple, ravi de saluer en elle l'incarnation glorieuse de toutes ses espérances.

- Tel aussi, l'ex-père Hyacinthe, dont le même numéro cite cette lettre, du 9 octobre 1900 :

Vous me parlez du congrès des prêtres réunis à Bourges, et vous me dites que vous y avez retrouvé quelque chose de l'esprit qui m'animait dans la chaire de Notre-Dame. L'un des membres les plus distingués de ce congrès m'écrit en effet : « Nous avons fait une brèche dans le mur de la routine et du préjugé . » Je lui

réponds que la brèche n'est pas encore assez large pour que j'y puisse passer.

Tel encore M. F. Buisson, Tun des maîtres de la libre-pensée contemporaine et des plus acharnés à la laïcisation complète de la religion. Il publia dans le Siècle deux articles fort remarqués, où il ne cachait point sa sympathie pour ce qui se passait à Bourg-es. Voici sa conclusion :

Nous ne savons pas à quelles destinées est appelé le catholicisme en France ou en Amérique. Mais il se trouve assurément dans ces deux pays une minorité, infime peut-être, qui, à tort ou à raison, croit pouvoir concilier sa foi religieuse avec sa foi civique. Plus cette minorité est maltraitée et honnie parla majorité et par les grands chefs, plus nous lui devons de respect. Il se peut que, découragée et humiliée, méconnue à droite et méconnue à gauche, cette minorité s'éteigne, se taise à jamais, et disparaisse sans laisser de traces. Ce sera tant pis pour le paj-s. Il se peut aussi que, trouvant quelque écho dans l'Eglise et hors de TEglise, elle s'affermisse et s'enhardisse jusqu'à devenir, dans une mesure qu'il ne nous appartient pas de déterminer, un ferment de rénovation religieuse dans les couches profondes de nos populations catholiques. Nous serions aussi coupables de refuser les mains loyales qui nous sont tendues que de nous laisser ressaisir par les autres (i).

M. Bœglin, appréciant ces articles dans la Vie catholique, écrivait :

M. Buisson,si initié aux questions religieuses (!•'!)?

(i) Ce que M. Buisson entend par la rénovation religieuse du peuple, cest une religion sans prêtres, sans hiérarchie et sans dogmes, qui pourrait garder du catholicisme le nom, mais nç serait plus l'Église.

vient de lui consacrer deux articles pleins de justesse et d'équité.

M. Buisson n'avait-il pas sujet de fonder quelqu'espoir sur une œuvre de prêtres catholiques français que ses inspirateurs tendaient si manifestement à faire entrer dans l'esprit d'un congrès des religions? Le même M. Boeglin écrivait dans la Vie catholique du 7 novembre 1900 :

Le congrès de Bourges a affirmé un sentiment de tolérance et de justice ; il n'a attaqué aucune confession, aucun parti.

Nous n'avons aucune pensée de haine ni de combat contre les coopérateurs de cette double œuvre à longue échéance. Chaque parti, chaque confession, chaque farceuse consolidant dans l'action intérieure, se vouerait ainsi à V accomplissement de mâles devoirs, à l'augmentation du patrimoine commun. Voilàun siècle que les Français se livrent des duels et, de ces divorces, sont sorties nos catastrophes et nos pertes, et c'est à cette source que s'alimentent les craintes pour l'avenir. Nous ne réclamons ni privilèges, ni faveurs : nous tendons à la pacification dans la pratique d'un régime commun et l'équivalence des droits. Ne serait-il pas opportun que tous souscrivent loyalement à cet Edit de Nantes renouvelé ?

Mgr Servonnet avait dit, à la première séance du

congrès :

Les travaux du congrès sont délimités dans un cercle d'or et de lumière par l'Encyclique de Léon XIII (au clergé français) du 8 septembre 1899 ; ils sont uniquement destinés à chercher les moyens d'appliquer à la vie

pratique les instructions de Sa Sainteté. Le congrès est obligé, pour rester utile, à ne pas dépasser d'un mot, d'une lig"ne, d'une pensée, l'ordre du chef.

Il paraît cependant que le cercle d'or et de lumière fut franchi par pliis d'un mot et d'une pensée. Oui se chargera d'expliquer, par exemple, comment le discours de M. l'abbé Birot. vicaire général d'Albi, se tint dans ces limites ?

On a vu plus haut qu'il fut salué comme l'événement du congrès. Nous avons rapporté cette déclaration d'un libéralisme inexcusable, négation consentie des droits de l'Eglise (i).

Voici l'idée que V Univers du i5 septembre, grâce à son correspondant, en donnait aussitôt à ses lecteurs :

Cet admirable discours, vrai chef-d'œuvre — nous n'exagérons certes pas — de fond et de forme — a produit la plus profonde impression.

D'aucuns pourront trouver, et non sans raison, que toutes les idées ne sont pas d'égale valeur, les âmes pessimistes n'en seront peut-être pas absolument satisfaites, mais tous rendront hommage au merveilleux talent de M. le Supérieur de Sainte-Marie d'Albi, qui se révèle dans ce travail profond penseur et écrivain d'une élégance et d'une perfection littéraire impeccables. Nous avons des raisons bien fondées de croire que tous ceux qui le liront — sans tarder, espérons-le — partageront notre manière de voir sur la beauté de cet incomparable discours. Tous les auditeurs de Bourges ont été unanimes pour considérer l'orateur comme « un magicien de la parole et de la plume ».

Les correspondants de la Vérité lui donnaient une

(i) Introduction, page 5o.

note différente. Voici la lettre d'un prêtre qu'elle insérait le i5 octobre, à propos des discussions soulevées autour des paroles de M. l'abbé Birot :

Cela est bien emmêlé ; mais, en somme, cela sig^nifie clairement que l'ancien droit public, basé sur la reconnaissance de la joyauté de Notre Seigneur Jésus-Ghrit, ne valait pas mieux que le nouveau basé sur la sécularisation de la société civile; que le rég-ime de l'union de l'Eglise et de l'Etat ne vaut pas mieux que le régime de la séparation. Eh bien ! au risque de donner encore le frisson à M, l'abbé Birot, j'ai le regret de lui déclarer que cela c'est du libéralisme le plus authentique, le plus condamnable, et, tranchons le mot^ le plus condamné! Non, il n'est pas permis de dire que, au fond, la forme de l'Eglise libre dans l'Etat libre vaut les autres, et même la forme de l'union harmonieuse de l'Eglise et de l'Etat, de l'Etat, protecteur soumis de l'Eglise. Sans doute, la liberté est préférable à la persécution, et c'est pourquoi, en temps de persécution, il est utile et nécessaire de réclamer la liberté de l'Eglise, soit au nom de .^son droit supérieur, certain, imprescriptible, soit au nom des principes de liberté, de tolérance, d'égalité, arborés par ses ennemis. Mais, la simple liberté n'est pas l'idéal ; elle n'est pas la réalisation da plan divin ; elle n'est donc pas ce qui coiivient le mieux à l'Eglise.

L'idéal, la volonté de Dieu, c'est que l'Etat embrasse, professe et protège la religion catholique. Voilà l'ordre, et tout ce qui s'écarte de cet ordre est une imperfection, une déchéance. Or, comment soutenir que ce qui est moins conforme et même contraire à l'ordre, à la volonté de Dieu, puisse valoir pour l'Eglise autant que ce qui est en harmonie avec cet ordre, avec cette volonté? — Non pas, il est à peine besoin de le noter, que nous réclamions hic et nunc l'union de l'Eglise et de l'Etat, la reconnaissance par le gouvernement français de la royauté de Jésus-

Christ. Non pas même que nous caressions pareille espérance pour un avenir prochain. Nous savons bien, trop bien, qu'à moins de miracle, cela'n'est pas possible. Mais c'est un malheur, oui, un grand malheur, qu'il ne soit pas possible d'org-aniser notre pays selon les vues de Dieu.

Faut-il donc renoncer à tout espoir, et faire définitivement son deuil de l'état social chrétien ? C'est le secret de Dieu. Pour ma part, ma foi et mon patriotisme me crient obstinément : « Espère... et travaille! » La question de fait est libre cependant, il s'agit d'un futur conting-ent.

Mais ce qui ne l'est pas, libre, est de se réjouir de cet état de choses, c'est de penser et de dire qu'il vaut autant pour l'Eg-lise que l'Etat ne remplisse pas son devoir, qu'il n'entoure pas et ne protèg-e pas la relig'ion catholique ; c'est de renoncer au plan divin, non point parce qu'on le croit désormais irréalisable — ce qui serait déjà bien hardi — mais parce qu'on a trouvé un autre qui au fond vaut autant. — Que M. l'abbé Birot veuille relire certaines propositions du Si/llabus,]es]père qu'elles lui feront reg'retter les témérités de lang-ag-e où il s'est laissé entraîner par le désir d'être ag-réable à la société moderne et d'en être ag-réé.

Parmi les prêtres présents, un seul, M. l'abbé Belleville, crut qu'il y avait lieu de réclamer contre les théories de M. l'abbé Birot. Mais le congrès ne le trouva pas bon, ainsi que le rapporte la Semaine religieuse de Bourges, du 19 septembre :

A l'ouverture de cette dernière séance du cong-rès, le R. P. Belleville demande des explications sur certaines idées doctrinales émises dans les discours des réunions générales. La majorité de l'assemblée proteste contre cette intervention. M. le Président écarte la discussion, qu'il juge inutile, en déclarant que tous les discours seront reproduits dans le compte rendu général, sous larespon-

sabilité du comité d'initiative et avec l'approbation de r autorité compétente .

Entre autres traits édifiants de la démocratie ecclésiastique, on releva aussi ce trait qu'un prêtre, M. l'abbé Toiton (aujourd'hui directeur de /«i^r«/îce catholique), adressait des correspondances sur le congrès au Temps et à la Revue chrétienne, deux organes protestants. Dans les colonnes de la Revue chrétienne, il faisait passer une critique acerbe et violente du clergé français, des curés, des évêques.

Comme il collaborait à la revue de la Démocratie chrétienne, cela donna lieu à des polémiques qui se terminèrent par l'agréable incident ainsi raconté le jour même par un témoin :

A table d'hôte, M. l'abbé Toiton émit devant d'autres confrères des jugements si libres qu'un prêtre du diocèse d'Arras, d'ailleurs partisan du congrès de Bourges, auquel il avait assisté, finit par lui dire : « Mais enfin, A'ous qui parlez si bien et qui êtes si ardent, que faitesvous donc dans l'Oise ? Où en est la foi chez vous ? Vous êtes curé de campagne, dites-vous. Que faites-vous pour réveiller la foi dans votre paroisse ? Quelles sont vos œuvres ?» — « Oh ! moi, répondit-il un peu gêné, je ne m'occupe pas de tout cela. Je travaille dans les congrès, et j'écris (i). »

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