‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 9 sur 118 · I. — Les principes du Libéralisme · texte numérisé non relu

I. — Les principes du Libéralisme

Le libéralisme qu'il s'agirait d'amener à l'esprit du catholicisme est cette doctrine qui, par contra-

(i) Lettre du 3o janvier 1829. — Les libéraux d'aujourd'hui formulent la même pensée quand ils proposent, comme M. Etienne Lamy et M. l'abbé Naudet.de baptiser ou de christianiser la révolution. La suite fera voir cette identité.

(2) Nous suivons principalement, pour l'exposé des idées, dans cette introduction, deux représentants très en vue de l'une et l'autre école catholique : M. Anatole Leroy-Beaulieu, dans ses articles publiés par la Revue des Deux-Mondes {1882-1880) réunis depuis en volumes, et M. l'abbé Charles Maignen.dont les articles, insérés dans la Vérité française, îoTvaent aussi des ouvrages de polémique intéressants et précieux à consulter. Avec sa gracieuse autorisation,

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diction avec le double principe d'autorité et de hiérarchie sociale, sur lequel l'Etat reposait antérieurement à la Révolution, se flatte de trouver dans les principes opposés de liberté et d'égalité la solution de tous les conflits.

Le libéralisme cherche à faire l'application simultanée ou progressive de ces deux idées de liberté et d'égalité à tout le vaste domaine de la politique, du gouvernement, de la religion, du travail, de l'industrie, des relations internationales, des rapports sociaux. Liberté à tous et sur toute matière, la liberté de chacun n'ayant d'autre limite que la liberté d' autrui; égalité non pas absolue et matérielle, mais égalité morale, égalité de droits, égalité devant la loi et devant l'Etat : telle est la formule qui devrait assurer au monde moderne l'ordre, la paix et la prospérité en vain longtemps cherchés dans des principes différents.

Spécialement, au point de vue qui nous intéresse, les questions de religion sont de celles que l'esprit moderne se promet de résoudre politiquement à l'aide de ses maximes favorites -

Issu de la Révolution, le libéralisme moderne en a gardé la marque. Comme la Révolution, il est demeuré spéculatif, idéaliste, optimiste.

Son caractère essentiel, son trait distinctif est avant tout la prétention de résoudre toutes les questions d'une manière rationnelle, à l'aide de principes abstraits, conformément à la logique et aux aspirations de la nature humaine, aspirations revêtues du nom de droits du citoyen, ou de droits

nous avons fait entrer dans notre texte plusieurs pages du volume intitulé Nationalisme, Catholicisme, Révolution, outre celles que nous citons expressément.

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du peuple, et condensées dans le double principe de liberté et d'égalité. A l'Etat vivant sur la tradition et la coutume, le libéralisme moderne a prétendu substituer un Etat fondé sur la raison et la nature. Aux privilèges historiques, aux prérogatives traditionnelles des Eglises, des princes, des classes, des communautés, il a fÊiit succéder les droits généraux, les droits naturels, selon lui, des gouvernés, considérés tantôt comme citoyens, tantôt collectivement comme nation.

Pour comprendre le caractère rationaliste et naturaliste du libéralisme moderne, et la difficulté du problème que le catholicisme libéral cherche à résoudre, il faut avoir des notionis précises sur ce que nous appellerons Vidée moderne de la société civile dans ses rapports avec la religion. L'oubli de ces notions est, même pour d'excellents esprits, une cause de fatales méprises sur Tattitude qui convient aux catholiques dans la lutte politicoreligieuse.

Le principe fondamental du droit nouveau introduit par la Révolution et destiné à fonder un ordre social profondément différent de l'ancien, consiste dans une conception de la loi et de la société permettant de se passer de Dieu.

Jusqu'alors la société reposait sur ce principe : Dieu seul peut imposer à l'homme une obligation morale, l'autorité qui fait la loi vient de Dieu et ^ la loi elle-même n'est qu'une interprétation, une application de la loi de Dieu.

Dans une société fondée sur ces maximes, celui

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Comme personne privée, et comme homme politique, le Souverain Pontife Léon XIII s'est trompé dans des questions de la plus grande importance, et ses erreurs ont eu des conséquences désastreuses. Il a servi inconsciemment, mais très efficacement et constamment, d'appui aux ennemis de l'Eglise ; et son gouvernement, tant exalté par les libéraux, a singulièrement favorisé leurs progrès.

Mais ce même pape a rempli sa fonction de Docteur universel avec l'assistance visible du Saint- Esprit. Quand il enseigne les membres de l'Eglise et les peuples chrétiens, la pureté, l'ampleur, la majesté de sa doctrine rayonnent sur le monde.

Léon XIII a commenté admirablement et confirmé en toutes circonstances les sentences portées par ses prédécesseurs Grégoire XVI et Pie IX contre le libéralisme.

Ses Encycliques contiennent la réfutation et la condamnation de toutes les erreurs qu'on a propagées dans son règne à la faveur de sa politique. C'est ainsi que Pie X n'a eu qu'à puiser dans le bullaire de Léon XIII pour frapper les erreurs de la démocratie chrétienne encouragée par Léon XIII.

Bien plus, les Encycliques de Léon XIII renferment la condamnation de sa propre politique.

En sorte que l'on ne sait, pour employer cette formule archaïque, de quoi s'étonner davantage : ou qu'un politique si imbu de l'esprit libéral ait pu être un pape aussi ferme dans la doctrine ; ou qu'un pape vengeant avec tant d'autorité les droits de Dieu et de l'Eglise ait pu se montrer un politique aussi enclin au libéralisme.

« On tremble devant le libéralisme; catkolicisez' le, et la société renaîtra. »

Cette parole de Lamennais (i), qui donne la formule exacte du catholicisme libéral et indique l'inspiration g-énéreuse dont il procède, exprime du même coup son illusion, son erreur. Nous la donnons pour épigraphe à notre étude préliminaire, parce qu'elle y trouve son cadre naturel.

Qu'est-ce que le libéralisme ? Peut-on le catholiciser? Par quels moyens?

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