‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 92 sur 118 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lé livre et le projet de Madame Marie du Sacré-Cœur.

Le 27 mars 1899,1a Sacrée Congrégation des Evêques et Rég-uliers édictait la réponse suivante :

Illustrissime et Révérendissime Seig-neur.

Dans la réunion plénière des Enainentissimes Pères de cette Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers, tenue au Vatican le 17 mars 1899, fut proposée la cause avignonnaise d'une école normale. Sous la forme de cloutes proposés en ces termes :

1° Convient-il d'approuver le projet de créer une grands Ecole normale pour les religieuses enseignantes, tel qu'il a été proposé dans le livre de sœur Marie du Sacré-Cœur ?

Et en cas de réponse négative,

2° Convient-il d'adopter quelques mesures pour amé-» liorer l'enseignement des femmes dans les instituts religieux ?

Tous les éléments de la cause ayant été mûrement examinés, les Eminentissimes Pères ont décidé de répondre :

Aa premier doute: Négativement, et le livre est digne de reproches.

Au second doute: Il n'y a pas lieu de prendre une mesure générale. Il sera pourvu, autant qu'il sera utile, aux cas particuliers ; qu'il soit cependant notifié par les

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évêques de France, aux congrég-ations relig-ieuses de femmes, auxquelles a été confiée par approbation apostolique la charge d'instruire les jeunes filles dans la piété et dans la science qu'elles ont excellemment mérité de l'instruction et éducation chrétienne et civile des jeunes filles.

C'est pour cela que cette Sacrée Gong-rég-ation, en leur adressant des louang-es qu'elles méritent justement, nourrit la ferme espérance qu'elles ne manqueront pas dans l'avenir à leur mandat ; et que, dirig-ées et aidées comme cela doit être par les évêques, elles prendront les moyens idoines qui leur permettront de répondre amplement aux désirs des familles chrétiennes, et d'élever les jeunes filles qui leur sont confiées à la culture qui convient à une femme chrétienne.

Rapport sur ce qui précède ayant été fait à Sa Sainteté Léon XIII en audience accordée au soussig'né cardinal préfet, le 24 mars, Sa Sainteté a daig-né ratifier et confirmer en tous les points la discussion des Eminentissimes cardinaux.

Ce qu'au nom de la Sacrée Congrég'ation , j'ai dû sig-nifier à Votre Grandeur Révérend issime, à laquelle, avec l'hommag-e de mon respect, j'offre tous les vœux que je forme pour elle devant Dieu.

La teneur de cette sentence indique suffisamment l'objet des ardentes discussions auxquelles le projet de M""^ Marie du Sacré-Cœur avait donné lieu pendant plus d'un an.

Le lecteur va constater que tous ceux qui se réclamaient des directions pontificales n'avaient pas manqué de lui donner leurs encouragements et leur appui. Il n'y a qu'à suivre le défilé des noms.

U Univers du ] o avril 1898 consacrait un grand article à la question sous le titre : les Religieuses enseignantes :

PROJET DE MADAME MARIE DU SACRE-CŒUR SqS

Ainsi est intitulé un livre qui a pour auteur une femme, elle-même relig-ieuse enseig-nante.

Il sera lu dans les familles chrétiennes comme dans les couvents et aussi par les plus intellig-ents de nos adversaires. Ici et là, il provoquera des plaintes et des inquiétudes diverses. Nombre de personnes vertueuses^ zélées et disting-uées en éprouveront, pendant un m.oment, une sorte de scandale. Puis les réflexions courageuses et élevées feront leur œuvre. C'est, du reste, de cette manière que se préparent toutes les entreprises importantes .

L'auteur, M°^^ Marie du Sacré-Cœur, appartient à . l'ordre des Sœurs de Notre-Dame, ordre honoré et qui a rendu de très g-rands services. Elle connaît, par une longue expérience personnelle, tout ce qui concerne l'en:seignement et l'éducation. Elle a le don d'écrire, et elle possède autant de jug-ement que de foi, d'humilité et de vaillance.

Cet ensemble de qualités n'est pas superflu pour le succès du projet auquel elle s'est consacrée : car j^jrne Marie du Sacré-Cœur veut faire accomplir à la pédag-og"ie féminine et chrétienne des progrès considérables .

La première difficulté, celle qui certainement, et visiblement d'ailleurs, a coûté le plus à l'éminente relig"ieuse, consiste dans la critique de la situation actuelle. Nous sommes portés, nous, catholiques, à n'accuser que nos ennemis des maux dont nous souflrons. Il semble que Dous ne soyons jamais pour rien dans la cause de nos épreuves. Et si nous ne l'apercevons pas clairement, nous avons bientôt fait de tout expliquer en invoquant l'impénétrable volonté de Dieu. Cependant cette volonté ne s exerce pas sans justice ni sans raison : et nous voyons par la Bible que les prophètes qui annonçaient les humiliations du peuple élu ne manquaient pas de lui reprocher des fautes formelles, des transgressions, des négligences, des erreurs.

En dépit des efforts et des sacrifices admirables que font depuis ving-t ans les relig-ieux, les relig"ieuses et les laïques, y aurait-il donc lieu d'exprimer, sinon un blâme, du moins quelques regrets et surtout de présenter des vœux? L'auteur le croit. Elle a senti le devoir de le dire; et elle s'en acquitte avec un zèle plein de respect et de charité.

Les écoles libres coûtent à la France catholique trentedeux ou trente-trois millions par an. Les maîtres et les maîtresses ont adopté les méthodes qu'a imposées la pédag-ogie universitaire. On a vu des relig-ieuses, riches de savoir et d'expérience comme de dévoûment, comparaître devant des examinateurs officiels pour faire ratifier des titres possédés depuis long-temps et dont témoig-naient une ou deux g-énérations de mères de famille qu'elles avaient élevées. Dans les couvents, les institutrices munies du diplôme supérieur sont de plus en plus nombreuses. L'activité se soutient et se développe. Nous devons rendre grâces à cette abnég-ation et à cette persévérance.

]\jme Marie du Sacré-Cœur ne méconnaît rien de ce qui a été fait : mais elle sig-nale une nécessité qui va dicter de nouveaux efforts: une école normale supérieure.

A cet égard encore nos adversaires nous ont devancés. Avec les ressources énormes que leur fournit le budg-et de l'Etat, ils ont fondé, à Fontenay et à Sèvres, des établissements où se recrutent les professeurs pour les lycées de jeunes filles. Dans ces deux maisons, le niveau des études est très élevé ; Jes méthodes pédag-og-iques contiennent tous les perfectionnements. Les institutrices qui ont suivi ces rég-imes sont capables de donner un enseig-nement auquel la plupart des relig-ieuses n'ont pas été préparées. Voilà pourquoi les lycées de jeunes filles, créés pour combattre la France catholique, prog-ressent parmi les populations croyantes. Il y aurait encore d'autres explications à fournir qui se présentent d'ellesmêmes ; l'appui g-ouvernemental, la réclame continuelle

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