PROJET DE MADA.ME MARIE DU SACRE-CŒUR ^OQ
Je ne vous aurais jamais plus parlé de l'œuvre de cette religieuse, si les ennemis de l'éducation chrétienne n'y avaient trouvé un arsenal d'allég-ations absolument fausses pour attaquer nos communautés enseig-nantes. Récemment, en pleine tribune parlementaire, Marie du Sacré- Cœur a été invoquée contre vous ; c'est son livre à la main que la presse hostile a si vivement critiqué l'éducation des couvents.
Jugez donc ! Voilà une des vôtres qui a vécu longtemps de votre vie, qui a enseigné comme vous, qui connaît le fort et le faible de la maison; qui vous voit du matin au soir auprès de vos élèves, qui entend vos leçons, qui converse avec vous, qui forcément vous pèse selon votre valeur intellectuelle et professionnelle, la voilà qui, poussée par sa consciencej vient vous dénoncer au inonde entier, comme des ignorantes, et des incapables ! Comment ne serait-elle pas écoutée? Gomment pourrait-on n'avoir pas foi à son accusation ?
Changeons les rôles : qu'auraient fait les journaux conservateurs dans les mêmes conditions? Si les attaques ne sont pas sans excuse, elles sont absolument fausses. Pour le prouver, je me permets de rappeler le passage suivant de ma lettre du 28 août dernier. Je n'apporte que des chiffres officiels, c'est-à-dire puisés dans les rapports du gouvernement: c'est bien lui-même qui fait votre éloge, il doit être sincère.
Je vous disais donc à cette date :
Dans ces trois dernières années, nos écoles congréfjanistes ont ^di^né soixante-dix-sept mille e'/èyes.Nous avons dans nos classes libres catholiques dix-sept cent mille enfants. Nous dépensons annuellement 27 millions donnés librement, nous n'envoyons à personne la note forcée. Nous versons dans les caisses de l'Etat une somme double, sans qu'il nous en revienne un centime, cela au nîiépris de la justice la plus élémentaire. Nos enfants sont Français comme les enfants des écoles laïques et tous égaux devant l'impôt que nous payons sans
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hésiter pour subvenir aux services publics ; or, nos 1.700.000 enfants constituent un service public, ou bien les chiffres et la volonté des parents ne signifient plus rien.
C'est la plus révoltante iniquité que j'aie jamais vue dans l'histoire des peuples civilisés, et pour résister à ces outrag-es à la plus vulg-aire honnêteté, nous nous imposons des sacrifices énormes, afin d'avoir pour nos fils et nos filles un enseignement que nous voulons et que nous garderons.
Je n'ai pas la note du nombre de nos jeunes filles dans les pensionnats et maisons religieuses, mais j'ai celle des jeunes gens. La voici : Je la copie dans le rapport présenté par M. le député Bouge, en 1897 :
« Les lycées, et les collèges renfermaient en 1896 une « population de 8 5. 000 élèves; en 1897, cette population (( descend à 84.000, celle des établissements libres « monte, dans le même temps, de quatre-vingt mille à « q aatre-vingi-quatre mille. »
J'en conclus sûrement que nos jeunes filles sont aussi nombreuses, dans nos pensionnats, que leurs frères, dans nos établissements chrétiens ; car pourquoi leurs pères et leurs mères seraient-ils moins jaloux de faire élever plus chrétiennement leurs fils que leurs filles? C'est le contraire qui a lieu le plus ordinairement.
Et c'est en présence de ces millions d'argent, de ces millions de catholiques, c'est en présence de cette démonstration invincible que vous avez l'invraisemblable courage, ma sœur, de publier que nos écoles sont en décadence, et qu'elles seront bientôt désertes, parce que nos religieuses sont des ignorantes et des incapables, sans formation professionnelle.
Pour qui prenez-vous les parents qui nous confient leurs enfants avec obstination, et avec de lourds sacrifices? Ils ne voient donc rien, ils n'entendent donc rien et ils sont donc sans souci du plus saint de leurs devoirs?
Et ces chers enfants qui leur arrivent, à la fin de cha-