‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 102 sur 159 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. Bas-relief. — Imitations de ia réalité. — IL De la beauté phy* sique. — III. De la conception des rapports intellectuels. — Impersonnalité de Fart antique. — Influence de la tradition admirative.

— IV. Esprit géométrique. — Absence d'expression morale. — V. Immobilité des types ^recs. — Leur idéal religieux. — Ataraxie.

— VL Des prétendues décadences dans les arts. — De TexpressioD morale. — Contradictions de la critique moderne. — Qu'est-ce que la beauté pure? — VIL Opinions des anciens sur la sculpture grecque. — Recherche de l'expression dans la statuaire antique.

Il est impossible d'étudier la formation du langage parlé et écrit sans être frappé des analogies singulières que présentent ses caractères principaux avec ceux

des arts de Tantiquilé et même des temps modernes. L'écrilure figurative des peuples anciens ne diffère en rien de ce que nous appelons la sculpture et la peinture. Toutes deux consistent également dans la reproduction des formes et des objets. Les différences entre l'hiéroglyphe primitif et les deux arts qui en sont sortis s'expliquent sans peine par l'influence du développement intellectuel. Dans l'hiéroglyphe, l'objet est nécessairement mal représenté. Nous en avons vu les raisons. La sculpture et la peinture proprement diles ne font qu'y ajouter une perfection progressive de forme , qui déraojfïlre uniquement le progrès de l'analyse visuelle. Par sQite du même progrès, l'artiste, en donnant à ses figures le mouvement et l'expression, marque plus nettement les rapports , et par là détermine avec une précision, autrefois impossible, le sens de sa composition; l'idée ou le sentiment particulier qu'il a prétendu exprimer. L'impression élémentaire et complexe a fait place à une conception plus analytique.

Mais il s'en faut que ces caractères soient nettement marqués dans les plus anciens monuments des arts antiques*

La première forme de la sculpture est probablement celle qui dérive le plus immédiatement de récriture figurative; c'est le bas-relief, consistant uniquement dans un trait, destiné à reproduire la forme apparente de l'objet. La ligne de contour est en effet celle qui frappe avant tout le regard , parce que c'est celle qui

PE LA NOTION mJ PROGBÈS. 377

di$tipgue tout d'abord chaque objet de ce qui réntoure. L'imitation du relief et de la figure entière fitippoge une observation beaucoup plus exercée* II a peul-étre fallu plusieurs 3iècle$ à rbumanité pour passer de Tune à l'autre , car il ne faut pas oublier que les progrès de l*esprit , abandonné à lui-même et sans autre secours que sa propre expérience , à une époque où cet esprit même était bien loin du développement qu'il a acquis plus tard , ont dû être d'une extnême lenteur , quand d'heureux hasards ne venaient pas le seconder^ Il serait tout à fait déraisonnable de calculer sa marche d'après la rapidité des progrès dont il est capable au-jourd'hui , et surtout d'après les transformations précipitées que l'éducation imprime à rintelligence de l'enfent. Même de nos jours , après chaque découverte nouvelle, nous nous étonnons qu'elle n'ait pas été faite plus tôt; et cependant, si nous les examinons avec soin , nous verrons combien de souffrances , de travaux , de connaissances et de découvertes antérieures chacune d'elle suppose. Nous avons mille secours qui manquaient à l'antiquité ; nous avons surtout de plus qu'elle l'expérience du progrès passé, la conscience de notre puissance, et une foi inébranlable au progrès futur. Nous savons qu'il faut chercher , et nous cherchons, bien sûrs de ne pas perdre nos efforts. Les premiers hommes, privés de cette lumière et de ce stimulant , ne cherchaient pas , allaient à l'aventure et ne trouvaient que par hasard. C'est ce qu'il ne faut jamais perdre de vue quand on veut comprendre quelque

chose à rbistoire conjecturale de ces âges reculés.

Il se peut que la sculpture , réduite au simple trait , soit arrivée à une certaine perfection relative d'imitation. Cependant je ne le crois pas , quand je vois ces statues et ces reliefs informes que nous trouvons en fouillant les ruines des plus anciens temples. Les bras sont collés au corps, les jambes ne sont pas séparées, les traits sont grossièrement indiqués. Cependant Tidée seule de représenter le relief, de reproduire l'objet complet et entier, et non plus seulement Tapparence linéaire, marque un progrès merveilleux. Le premier qui conçut la pensée de faire une statue était cerlaine-ment un homme de génie ; c'est lui qui a ouvert la voie à Tart. L'œil, dès lors, put s'habituer à considérer les objets sous toutes leurs faces et par leurs différents aspects. L'idée devait venir un jour d'en mesurer les proportions , d'en distinguer toutes les parties , et c'est en effet ce qu'ont fait admirablement les sculpteurs grecs , dès que l'usage se fut répandu de représenter en marbre ou en airain les vainqueurs d'Olympie.

Parmi les monuments de l'art grec qui sont venus jusqu'à nous, un grand nombre se font remarquer par ce caractère. Les proportions du corps y sont observées avec un grand soin , les muscles principaux sont très exactement reproduits , en rapport parfait avec l'attitude de la figure. Les parties sont disposées de nrmnière à constituer un ensemble dont l'harmonie satisfait l'œil le plus exigeant. On y remarque en même temps une sobriété de détails qui semble ajouter à l'effet général.

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