IMITATION DE LA BEAUTÉ
Mais si tout cela indique un grand progrès de l'analyse visuelle, j'avoue que, pour mon compte, je n'y puis rien découvrir au delà. Tout se borne à une fidèle reproduction du modèle , et il devait y en avoir d'admirables chez un peuple vivant en plein air , dans un climat peu rigoureux , habitué aux exercices gymnastiques, sans être exposé, comme les peuples modernes, à ces mille causes d'altération physique qui chez nous déforment les corps par l'entassement des populations dans des réduits où l'air et la lumière pénètrent à peine, par les croisements de races, résultats de communications plus fréquentes, par les exigeances des besoins matériels, qui résultent de la rigueur du climat , par la misère qui produit les maladies , par l'excès de travail physique chez les uns , et chez les autres par l'excès d'une immobilité énervante. Ils n'avaient qu'à copier ces modèles pour produire ces beaux corps de femmes et d'hommes que nous admirons. Et même ne les copiaient -ils pas complètement. Cette sobriété de détails dont on leur fait un mérite tenait peut-être moins qu'on ne se le figure à un calcul artistique. Pour moi, je crois que ce qu'ils ne reproduisaient pas , ils ne le voyaient pas , et si l'anatomie chez eux n'est pas complète , c'est qu'ils ignoraient l'anatomie , et que cette ignorance ne leur permettait pas de distinguer toutes les- flexions des contours , comme on les distingue lorsqu'on les a étudiées de plus près. Ce mérite, si c'en est un , serait donc tout involontaire.
§ ir.
D'ailleurs, je voudrais bien qu'on pût m'ôxpliquer en quoi le corps humain peut être plus beau pour n'être pas complètement repré.^enlé. Le corps , pris en luimême , ne peut avoir qu'un genre de beauté , celui de la proportion qui révèle la force ou la souplesse. C'est une beauté toute physique. Or, tant qu'on n'aura pas démontré qu'il y a dans le corps humain un muscle, une fibre inutile , je ne vois pas comment la suppression de ce muscle ou de celte fibre devient un avanlage« Il me parait évident que la beauté d'une statue ne peut résulter que de la refH'oduction exacte d'un beau corps, à moins que nous ne concevions comme exemplaire de la beauté physique un corps idéal autrement constitué que le corps naturel. L'idéal , qui est parfaitement à sa place dans les choses de rintelligence , soumises au progrès, me parait un guide hasardeux quand il s'agit des objets matériels, qui ne peuvent être autrement qu'ils ne sont. Nous ne^ommes que trop disposés à confondre les choses les plt^g contraires dans l'unité apparente d'une formule ou d'une règle commune. On comprend que, pour représenter une belle âme , chaque poète insiste sur tel caractère qu'il considère comme le trait capital , bonté , courage ou fierté. Si à celte vertu principale , il ajoute pour cortège toutes celles qui y conviennent , on ne le chicanera pas pour telle Ou telle petite qualité de détail