TRANSFORMATIONS PHYSIQUES
calme solennel et vide. Si les Niobides et le Laoooon ne nous étaient pas parvenus, il ne lui serait pas même loisible d'empreindre sur ses figures l'exprèssioD de celle douleur tranquille que les anciens consi*déraient comme le plus beau triomphe de la force morale.
« Le monde physique lui-même proteste contre Timitalion plastique de Fart grec ou romain. La forme humaine s'est modifiée sensiblement depuis le paganisme et parallèlement aux révolutions de l'esprit. C'est la phrénologie surtout qui, en étudiant la conformation de la tête, a signalé ces différences singulières. Lorsque à la fin du xvni^ siècle, Wihkelraann, ce grand résurrectionniste des fossiles de marbre, ce Cuvier de l'art, a donné, avec son fanatisme ingénieux, les formules de la statuaire antique et la règle des proportions de la figure grecque : le fi-ont, a-t-il dit, pour être beau, doit être court. Après quoi, il injurie le Bernin et les autres sculpteurs, « ces corrupteurs de l'art, » qui ont élevé les fronts dans la statuaire moderne. Il est certain que la moyenne de la hauteur de la tête, au-dessus de la ligne des yeux, n'était, chez les Grecs, que d'une fois et demie la longueur du nez, tandis que aujourd'hui une tête bien conformée a deux fois cette longueur, c'estr-à-dire que la ligne horizontale des yeux partage la tête en deux. Et toutes les autres proportions de la statuaire grecque étaient en harmonie avec la tête. Ainsi l'Apollon du Belvédère a, au moins, douze têtes en hauteur. C'est chez les Vénus surtout que la tête
est petite. La femme grecque n'a pas besoin de tête (^). Il suffît que ses flancs magnifiques soient portés sur les belles colonnes de ses cuisses arrondies. Les Vénus ne vivraient pas avec si peu de cerveau, ou elles seraient condamnées à l'idiotisme. La Vénus de Milo, ce chefd'œuvre incomparable, cette perfection de beauté, la plus idéale des statues grecques, a la tête grosse comme le bras. C'est encore la volupté, mais une volupté plus chaste, et qui tend à se spiritualiser.
« Rien n'est plus curieux que l'étude phrénoiogique do la transformation de la tête, humaine depuis la période grecque. Chez les^ Grecs, ce qui prédomine, c'est la belle architecture des sourcils et des parties inférieures du front, où siègent les facultés artistes, comme la forme, la couleur, la musique, l'amour de la nature,
(1) Lies Hercules non plus. Chez les Hercules grecs ou imités des Grecs, la tête a Taird'un moignon. Du reste, par les témoignages qui nous restent , il est facile de voir que ce n'est pas à la tète que les anciens attachent le plus d^mportance. Les parties qul!s admirent le plus souvent dans les statues, ce sont les bras, le sein, les jambes, d'autres parties encore, comme Tatteste le nom de Gallipyge, donné à une Vénus. lis remarquent les proportions , Tattitude , le fini ou la richesse du travail, la souplesse du corps; il est rare qu'ils s'arrêtent à l'expression du visage. Les dilettantes modernes en sculpture en font autant. Ils tiennent certainement plus à une rotule bien réussie qu'à une figure expressive. C'est par là qu'ils se séparent du vulgaire et qu'ils prouvent leur connaissance du métier. Les raffinés dans tous les arts en sont au même point. Ils ne voient plus que le technique. Ils croient avoir tout dit quand ils ont placé quelques mots de jargon. Il n'y a rien de plus instructif à cet égard , que l'admiration exclusive que quelques-uns professent pour le torse d'Apollonius. Sans doute un beau torse est beau , mais qu*est-ce auprès d'une belle figure?