‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 110 sur 159 · DU MOUVEMENT EN SCULPTURE · texte numérisé non relu

DU MOUVEMENT EN SCULPTURE

par les deux serpents, des cris horribles. La statue en marbre d'un Laocoon, la bouche toutq grande ouverte, la figure grimaçante, les yeux hors de la télé nous paraîtrait affreuse. La poésie s'en accommode parce qu'elle fait passer rapidement le tableau sous nos yeux, et ne nous appesantit pas sur cet horrible spectacle. Dans sa marche rapide, elle nous entraîne aussitôt vers d'autres idées , après avoir donné en passant à notre imagination Tébranlement nécessaire pour l'effet moral qu'elle veut produire. La statue immobile nous laisserait face à face avec cette épouvantable représentation , et ces contractions sans relâche , celte douleur pélrifiée au milieu de toute sa violence nous paraîtraient bientôt insupportables. Voilà les raisons qu'on a données de cette infériorité de la sculpture pour l'expression des mouvements emportés de l'âme. Sont-elles justes? Je n'oserais l'admettre complètement, puisque ce spectacle , si répugnant par son immobilité , nous le supporterions à la rigueur dans la peinture. Eslr-ce donc une habitude d'esprit? un préjugé consacré par la critique? Je ne le sais. Quoi qu'il en soit, que cela tienne à notre éducation ou à une loi de notre esprit ^ le fait est réel (^).

(1) Ce fait tient peut-être à ce que dans la plupart des tableaux où se trouvent des représentations de co genre, la multiplicité des personnages et des détails détourne et partage Tattention et explique le mouvement , comme la succession des idées dans la poésie , tandis que la statue , presque toujours isolée , nous laisse face à face avec le spectacle qu nous répugne. Je ne connais rien de plus ridicule que la

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Mais le domaiDe de la sculpture est encore assea vaste. Elle peut exprimer toutes les passons, tous les sentiments qui, sans violenter le corps humain, en modifient raltilude; surtout elle peut exprimer la pensée, le caractère. C'est là qu'est aujourd'hui son avenir, et tous les grands sculpteurs modernes sont entrés dans celte voie.

Malgré toutes les protestations et toutes les théories des amants platoniques de la sculpture, ils lui ont fait exprimer le mouvement, la passion, la vie physique et morale. Michel-Ânge , Puget n'ont pas cru que l'idéal était de faire des Jupiter assis et endormis. Us ont compris que si la sculpture n'est pas un art mort, il faut qu'elle se prête aux exigences de l'esprit moderne. Sinon à quoi bon s'en occuper? Qui songe à ressusciter le sanscrit ou l'art hiéroglyphique des vieux Egyptiens? Tout.cela est passé, parce que tout cela est resté inférieur à la pensée moderne et ne saurait la servir. Si la sculpture ne peut paiement exprimer que la pensée antique, laissons-la dormir dans les musées avec tous les vieux souvenirs de ce qui n'est plus. Si, au contraire, elle est vivante, il faut qu'dle marche avec les vivants.

Un de nos critiques d'art, M. H. Dumesnil, dit : < Pour que l'art fût perfectible, il faudrait que nous le fussions nous-mêmes. » C'est là' en effet la grande ob-

statue dv maréchal Ney , un bras et une jambe en Tair, avee la boveha x)uverte* Dans uu tableau, à la lèle d'un régiment qui marcherait à Tenneaù ^ sa pose oous semblerait toute naturelle.

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