LE PROGRÈS EST »ÂN8 L' INTELLIGENCE
jectiott, c'est oelle qui, secrète ou déclarée, maintient tous les préjugés sur rimmobililédes arts. Nous sommes tellement nourris^ pourris jusqu'au fond de rame par celle idée funesle, corruptrice, que Tome reste im-* muable pendant que tout change autour d^elle, que nous transformons tout à Firnage de celle opinion. Nous tenons à rester comme un point fixe au centre de Funivers mobile, exactement par les mêmes raisons qui nous ont si longtemps fait croire que le soleil tournait autour de nous. Emportés par la rotation de la terre, les hommes n'étaient avertie de leur propre mouvement que par la transformation des spectacles que présentaient à leurs regards les autres corps célestes, et toujours déçus par l'apparence, ils en ooncluatent que c'était le ciel qui tournait pour le plaisir de leurs yeux*
De même, à mesure que notre intelligence, se trans'^ formant, nous permet de concevoir des idées nouvelles, et ouvre devant elle une foule de voies inconnues à nos pères, nous nous sentons portés à reconnaître partout le progrès dans les choses, sans vouloir comprendre que tous ces progrès matériels, extérieurs, ne sont que la projection au dehors et comme l'image déplacée du prc^ès de notre être. C'est ce préjugé vivace au fond de nos âmes, qui nous empêche à notre insu de recon-^ naître la vérité et qui fausse la notion du progrès dans les intelligences les plus ouvertes et les plus sincères. De là, pour nous, l'immobilité nécessaire des arts, malgré leurs iransiortnalions visibles. La logique «p-
parente d'un faux principe domine pour nous et obscurcit l'évidence du fait.
Ceux qui reconnaissent la réalité de ces changements en contestent la légitimité, et flétrissent le progrès du nom de décadence par un préjugé semblable. Toutes nos idées philosophiques ne sont que des réductions systématiques du point de vue objectif de l'antiquité, et cela est vrai surtout de notre esthétique. Il en résulte que, malgré notre entraînement instinctif vers ce qui est nouveau, vivant, progressif, nous sommes sans cesse ramenés par la logique de notre éducation et de nos habitudes d'esprit à la superstition du passé. L'idéal du beau antique, plus conforme à nos théories, nous séduit par ce rapport même. Les œuvres des arts anciens , de la sculpture surtout , plus intelligibles pour nous, plus explicables par leurs relations intimes avec l'ensemble des théories philosophiques qu'on nous a apprises, nous plaisent par là, tandis que les œuvres modernes nous déconcertent par leurs oppositions et par cette variété infinie qui ne nous permet plus de les ramener aussi facilement aux types convenus. Le mouvement qui les anime ne trouve plus son explication dans nos systèmes, parce que la théorie du progrès n'est pas faite, et, faute de pouvoir nous rendre compte logiquement de notre admiration, nous n'osons pas les admirer.
§IV
M. Àbout, qui croit admirer l'antiquité, a écrit dans