‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 116 sur 159 · DU PORTRAIT EN SCULPTURE · texte numérisé non relu

DU PORTRAIT EN SCULPTURE

Goujon , Pierre Bontemps , Germain Pilon , Puget , les Cotistou, Houdon, David, Pradîer, Rude, et qui est représenté de nos jours par des hommes tels que MM. Barye, Préaull, Duret, Antoine Moyne, Maindron, Cavelier, Etex, Oliva, Debay, Millet, Lequesne, Guillaume, et tant d'autres qnMl serait trop long de citer, est certainement un art bien vivant, et qui le serait plus encore, si nos artistes secouaient résolument le joug de l'antique , comme l'ont fait la peinture et la musique. Plus d'un fait dans ce sens de louables efforts, et il est facile de prévoir le moment où l'esprit moderne triomphera de l'entêtement archéologique. Cependant, il faut le dire, le public ne se rend pas encore un compte bien net de ce progrès. Mais il est impossible qu'on se résigne encore longtemps à rester dans cette impasse.

A ce point de vue , ce qui m'intéresse surtout c'est un genre de sculpture presque dédaigné, et qui chaque jour cependant fait des progrès , le portrait en marbre ou en bronze. C'est là, pour moi , le point de départ d'un développement nouveau de la sculpture. Les œuvres de David ne parlent pas aux sens et ne séduisent pas par la grâce physique des statues féminines de Pradier, mais elles marquent la voie nouvelle où les sculpteurs ne sont guère entrés que depuis un siècle. A force de copier le visage des hommes les plus connus par leur génie ou leurs talents , ils s'habituent à étudier dans la figure humaine les traits qui se rapportent le plus spécialement à la vie intellectuelle,

ceux par lesquels se manifeste la pensée; ils se îàmiliarisent avec ranatodaie de l'âme , comme la sculpture antique a appris Tanatomie du corps en faisant la statue des athlètes vainqueurs, et un jour viendra où les sculpteurs sauront exprimer sur le visage de leurs statues ridée aussi bien que le sentiment. Voilà le progrès que j'espère, que j'appelle de tous mes vœux, et dont il me semble entrevoir la manifestation dans un avenir prochain. Dès lors, la sculpture, qui semble par ses origines et par sa tradition condamnée au matérialisme , deviendra , comme la peinture et la musique, un art psychologique. Elle rentrera dans le courant commun de l'esprit moderne, que tout ramène à lui-même. Quand, cette révolution une fois faite, nos yeux seront habitués à voir dans les statues autre chose que des corps bien proportionnés ou des expressions de sentiments , nous comprendrons par la comparaison les différences profondes qui distinguent la vie physique et la vie sentimentale de la vie intellectuelle, et tout en admirant les qualités réelles de la sculpture antique, nous nous étonnerons de toutes celles que, pour satisfaire les tendances psychologiques qui nous dominent à notre insu , nous lui aurons si longtemps et si gratuitement prêtées.

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