PRÉDOMINANCE DB L ACTION
pour qu'on pût prendre une sorte de •plaisir artistique à la représentation des formes humaines. Jusque là, Taction doit dominer exclusivement. Or, Taclion ne peut s'expliquer que par le rapprochement local des personnages et surtout par le geste. C'est ce geste qui, en s'assouplissant progressivement et en s'harmonisant avec le reste du corps, est devenu le mouvement et le signe de la vie, en même temps que l'explication du tableau. Par conséquent, on comprend que l'expression du visage a dû être longtemps négligée, puisque le tableau n'était pas conçu au point de vue de l'intérêt des sentiments, mais de celui de l'action. Cette expression, tout accessoire, n'a dû s'introduire que comme un des éléments de Faction, ainsi que nous le voyons dans la poésie grecque, à mesure que l'observation, de plus en plus exacte, eut fait reconnaître le rapport presque constant de certaines contractions du visage avec certaines situations et certains actes.
On voit combien nous sommes loin de la conception moderne, qui en général porte l'intérêt, non sur les faits, mais sur les personnages. Du reste, je n'ai pas à insister sur ce point. Si j'ai réussi à faire comprendre ma pensée, les observations qui précèdent sur les caractères de la poésie antique rendent superflu tout développement à cet égard.^
Maintenant, nous allons lâcher de confirmer ces hypothèses en citant quelques-uns des faits el des ren-seignements que nous a laissés l'antiquité.
4$6 PE LA PEmruRS antique.
Nous voyons, par quelques anecdotes bien connues, que ce que les anciens semblent avofr surtout estimé, et ce à qlioi les peintres se sont surtout appliqués, c'est la fidélité de l'imitation, ainsi que certaines habiletés de métier qui ne constituent pas l'art. Tout le monde a entendu raconter l'histoire de la lutte de Parrhasios et de Zeuxis. Celui-^ci fit une grappe de raisin, mûre, dorée, dit Toppfer, et tellement à point que les oiseaux s'y laissèrent prendre et vinrent becqueter. L'autre peignit un rideau tellement bien imité que, quand il exposa son ouvrage, Zeuxis attendit qu'on lirét ce rideau pour voir le tableau qu'il croyait caché derrière. Ces eflfets de trompe-l'œil , que les anciens considéraient comme le dernier terme de l'art, sont encore ce qui séduit le plus sûrement la foule^ Elle en est toujours à l'imitation antique.
Du reste , ces trompe-l'œil pouvaient bien être fort imparfaits, car Zeuxis lui-même fit observer, dit-on, que si son ouvrage avait été meilleur , les oiseaux auraient dû avoir peur du jeune garçon qui portait les raisins. D'ailleurs , contrairement à l'opinion de Toppfer , je crois qu'il est fort peu difficile de tromper des oiseaux. J'ai vu des moineaux becqueter des perles blanches, en verre, placées à terre avec des mies de pain. Les chasseurs et les pêcheurs savent combien les animaux se laissent prendre facilement à