ADMIRATION DES ANCIENS POUR LEURS PEINTRES
à quoi s'en tenir à cet égard. Celle musique si merveilleuse, qui suffit à émouvoir si fortement ces âmes primitives, n'est autre chose qu'une ébauche du plainchant. Or, sans vouloir médire de ce genre de musique, il est bien permis, je crois, de préférer notre musique contemporaine. L'histoire même de la peinture moderne nous donne plus d'un exemple de ces admirations singulières à première vue et cependant fort naturelles. Pour n'en citer qu'un, Cimabue, le premier grand peintre de la Renaissance, fît une madone qui excita tant d'enthousiasme que le peuple le porta en triomphe dans l'église de Santa-Maria-Novella. Cela se passait vers 4290, à Florence, dans l'Athènes italienne, qui allait; quelques années plus tard, porter si haut la gloire des arts, la veille de la naissance de Masaccio, au moment où se construisait à Pise ce fameux campa santo, qui est resté une des merveilles de l'Italie. Or, ce grand peintre, si supérieur à ses contemporains, était à peu près dans les mêmes conditions que les grands peintres de la Grèce ; ses procédés étaient les oiémes; il terminait ses pieds en pointes, ne sachant pas les faire autrement; quant à Texpression de ses figures, il y suppléait par des paroles écrites qu'il faisait sortir de la bouche de ses personnages, ou qu'il inscrivait sur une banderolle au-dessus de leur tête, comme on fît encore longtemps après lui. « L'enthousiasme qu'il excita, dit M. Coindet dans son Histoire de la peinture italienne, témoigne bien plus de l'abaissement de l'art que du talent de l'artiste, si difficile à
recoDnailre quand on le juge eu deçà de la Renaissance. »
El en effet ^ c'est là toute la question. Pour comprendre quelque chose à ces admirations, il faudrait pouvoir nous replacer exactement dans le milieu où se trouvaient ceux qui les ressentaient, et juger avec leur propre esprit les œuvres du moment par comparaison ajvec celles qui précèdent. C'est ce que nous ne pouvons faire, et alors nous trouvons plus simple de supprimer les siècles, de faire comparaître les anciens à notre barre, de juger leurs témoignages , comme si , au lieu d'avoir leur propre manière de penser, ils avaient la nôtre , et qu'au lieu de considérer les arts tels qu'ils les trouvaient autour d'eux, ils fussent appelés à juger par comparaison avec les nôtres. Autrement dit , nous faussons leurs dépositions en les interprétant , comme toujours, à notre gré et arbitrairement, et ensuite nous nous en faisons des arguments sans réplique.
La peinture des anciens est surtout décorative, monumentale. Ils ne font pas, comme nous, de petits tableaux qu'on peut mettre à deux pouces des yeux et examiner à la loupe. Us font de grands tableaux pour les temples, pour les monuments publics. La plupart du temps même ils peignent à fresque sur les murs eux-mêmes. Leurs procédés conviennent à ce genre de peinture.