‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 13 sur 159 · CONDITIONS DV PROGRÈS. XXI · texte numérisé non relu

CONDITIONS DV PROGRÈS. XXI

gard, se m^e, se confond, et le vertige s'empare de lui.

Ainsi périssent les civilisations trop hâtées, comme les civilisations immobiles. Pendant cpie les unes s'épuisent à la poursuite d'un progrès qu'elles dénaturent, parce qu'elles ne se donnent pas le temps de se l'assimiler, les autres croupissent dans l'inertie; l'activité de l'homme, se dévorant elle-même faute d'aliments nouveaux, se corrompt dans la recherche subtile des détails et se déprave dans l'élude stérile des infiniment petits.' Ainsi tombèrent ces civilisations factices des Visigoths et de Charlemagne; ainsi périt la civilisation du Bas-Empire, les unes, parce qu'elles tentèrent de forcer la marche de l'esprit humain, l'autre, parce qu'elle s'entêta à s'emprisonner dans d'étroites formules et à restaurer sans cesse l'édifice tombé de la civilisation romaine. La scholastique du moyen-âge a longtemps entravé notre marche et nous a menacés du même sort. A force de respect pour le passé, nous avons manqué de nous fermer l'avenir, et, sans le génie de quelques hommes, dont la parole féconde a renouvelé la sève près de s'épuiser, et a ouvert à l'activité humaine des voies nouvelles, l'Europe maintenant serait peut-être encore plongée dans la barbarie.

La scholastique moderne semble vouloir aujourd'hui nous y ramener. Mais elle n'y réussira pas, parce que désormais l'idée du progrès et de la liberté humaine , qu'elle a méconnue et dénaturée, a plus ou moins pénétré dans toutes les âmes. Nous savons maintenant

XXII iSTRODUGTiOM.

que les principes s'épuisent et doivent se renouveler. Nous en avons fini avec Tadoration de ces vérités soi-r disanl immuables et immortelles auxquelles autrefois on n'osai( pas toucher et dont le culte n'a eu d'autre résultat que d'enchaîner la pensée dans une immobihlé corruptrice.

En philosophie, oomme en religion, en politique comme en littérature , l'esprit rentre en possession de lui-même, et brise tous ces liens sacrés qui entravaient son indépendance.

Mais il faut bien le dire, si de toutes parts éclate le sentiment de la liberté et le dédir du progrès , nous n'en avons pas encore la science. La sinistre histoire de tous les crimes qui ont été commis chez nous au nom de la liberté et par les hommes qui s'y croyaient le plus sincèrement dévoués, doit nous faire comprendre qu'il ne suffit pas pour l'assurer des plus généreux instincts. Les religions, les pbilosophies antiques, toute notre éducation fondée sur l'élude des œuvres d'un temps qui prend la souveraineté pour la liberté , la tyrannie des majorités pour le droit , ont corrompu nos intelligences et enfoncé dans nos cœurs un germe de despotisme qui , à notre insu , envahit rapidement notre pensée tout entière , et qui nous incline trop facilement à croire que la violence est légitime, quand il s'agit d'assurer le triomphe de ce que nous prenons pour la liberté. Nous ne voyons pas que nous faisons précisément le même raisonnement que nous flétrissons dans les oppresseurs.

IDENTITÉ ITITBLLECnnSLLE. XXIII

Or^ ce raisonnement n'est que Tapplication pratique des deux principes capitaux de toutes les phtlosophies soî-disant spîritualistes qui se sont produites jusqu^à ce jour^ Ces deux principes , auxquels j'ai déjà feiit allusion, peuvent se résumer en quelques lignes : V Toutes les idées fondamentales de la raison sont im* muables, éternelles, impersonnelles, absolues, comme la raison suprême , comme la vérité absolue dont elles sont des manifestations diverses; 2** donc, toutes les intelligences humaines, également asservies à cette révélation permanente et supérieure , sont identiques , d'abord par leur nature , également capable de comprendre cette révélation , secondement par l'ensemble des notions principales qui les guident , puisque ces notions de la raison sont elles-mêmes identiques par essence.

Le résultat d'une pareille doctrine est facile à comprendre. Puisque les intelligences sont identiques par nature et par une égale participation à la révélation permanente , il est évident que ce que je conçois comme le premier des biens et des devoirs doit avoir nécessairement le même caractère aux yeux de mon voisin. S'il le nie, il ment; sa rébellion contre la voix de sa conscience , nécessairement idenlifique à la mienne, le met au ban de la société, me donne le droit de le mépriser , de le haïr , de le punir , de le forcer enfin par tous les moyens possibles de rendre hommage à celte vérité qu'il outrage, et qu'il feint méchamment d'ignorer. De là les violences , soi-

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