DU RÉALISME
dualité encore plus tranchée, puisque, outre les qualités essentielles du peintre, il porte l'empreinte de ses dispositions accidentelles.
Les réalistes les plus déterminés n*y échappent pas plus que les autres. Ils ont beau vouloir faire des photographies, ils font tous plus ou moins leur portrait. Il est vrai que , par une modestie que je ne comprends guère, ils semblent trouver plaisir à ne pas se montrer par leur plus beau côté. Leurs paysages , bien étudiés par le dehors , se composent d'arbres irréprochables, de pierres bien réelles ; leurs lièvres ne ressemblent presque jamais à des chats , et quand ils y ajoutent quelque chasseur, on peut être sûr qu'il sera au moins aussi laid que nature. Avec tout cela , et peut-être à cause de tout cela, l'aspect général est vulgaire. Pourquoi? parce qu'ils l'ont vu ainsi. Ecoutez-les raisonner; ils vous démontreront qu'il n'y a pas autre chose dans la nature, qu'il n'y a de vrai dans les choses que ce qu'y peut voir le plus grossier paysan , que le reste n'est que raffinement, rêverie, convention.
Le réalisme est une infirmité de nature, et à ce titre il est excusable, sinon respectable. On ne peut pas demander à un homme qui peint de peindre autre chose que ce qu'il voit. S'il voit lout laid et vulgaire, ce peut n'être pas sa faute; alors il doit peindre tout laid et vulgaire , car la sincérité dans les arts est la première des qualités. Le convenu , le postiche qui a abouti aux chinoiseries du xvni* siècle est le plus inconciliable ennemi des ai^ts. Mais ce qui est insupportable,
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c'est de voir les réalistes ériger en syBtème < en loi la faiblesse de leur cerveau y c'edt qu'ils prélendentf sMS s'en douter du reste et bien idrnocénunent , ressusciter dans tout leur matérialisme les vieilles théories objectives , qui sont aii fond de nos estbétiqifes modernes , mais que nos philosophes voilent pudiquement j à savoir que tout est dans la matière , le beau comnctô le reste , et que l'homme n'est qu'un miroir, Encore pourrait--on leur dire que ce miroir peut être plus ou moins bien nettoyé, plus ou moins fidèle, et, qu'après tout, on peut choisir ses modèles^ et les prendre plus ou moins beaux. Il n'y a nulle nécessité à ce que la peinture ne rappelle que des idées basses et rebutantes« Ils ressemblent exactement à un écrivain qui, ne sachant pas sa langue , prétendrait lui imposer ses sôlécismes , et qui ^ n'étant capable de concevoir que des banalités , ne voudrait réccmnAttre à personne le droit de concevoir autre chose.
Ils ne se doutent pas que nous portons tous des lunettes naturelles à travers lesquelles nous voyons touteâ choBes, et que ces lunettes iont plus ou moins transparentes, suivant que les vei'res en sont de plus ou moins bonne qualité, et que nous nous sommes plus ou moins appliqués à les polir. Ce sont des myopes qui nient tout ce qu'ils ne voient pas^ et qui ne comprennent pad que les autres ont au moins silr eui l'avantage, d'abord de voir ce qu'ils voient euxmêmes, et ensuite de découvrir une foule de choses dont la délicatesse leur échdppe.