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CHAPITRE V

I. Recherche instinctive du rhythme. — Du rhylhme dans tous les aris antiques. — Dans la sculpture. — Dans la poésie. — H. Des modes musicaux des anciens. — Leurs rapports avec le plain-chanu— De la puissance de la musique chez les anciens. — III. Uniformité et objectivité de la musique ancienne. — Caractère psychologique de la musique grecque. — IV. De Timporlance du sentiment ou de ridée exprimés pour l'appréciation des œuvres d'art. — De l'imitation dans les arts. — V. De l'origine et des transformations des arts.

Le langage, première forme de la musique, né de Fimitation des sons, est bien certainement antérieur à récriture figurative, qui imite les formes et dont le développement produit les arts du dessin. Ce n'est pas que les sons aient en eux quelque chose de plus précis que les formes. Peut-être même pourrait-on soulenir le contraire. L'enfant semble voir les objets avant de distinguer les sons. La complexité et le vague des lois euphoniques dans les langues anciennes , la confusion de leur orthographe confirmeraient, au besoin, cette observation. Mais la facilité que nous avons de reproduire les sons par un organe spécial , tandis que nous

INSTINCT DU RUTTHME. 8H

ne pouvons le faire pour les objets qu'à Taide d'instruments étrangers, explique cette antériorité du langage comparé à l'écriture. Or, dès que l'homme a un moyen d'exprimer le petit nombre d'idées qu'il est alors en état de concevoir , il n'a pas besoin d'en chercher un autre, et par conséquent ne songe probablement à l'écriture que fort tard, lorsqu'il est déjà arrivé à un développement très considérable, relativement au point de départ. Ainsi toutes les nations sauvages ont un langage; il y en a qui n'ont pas d'écriture. Non-seulement elles parlent longtemps avant d'écrire, mais elles chantent, et elles ont des instruments de musique avant de savoir tracer des signes figuratifs.

Il y a dans tout homme un instinct musical plus ou moins développé. Le rhythme chatouille nos oreilles et plait à nos esprits. L'enfant dès son plus bas âge rhythme ses mouvements et ses cris, et aime que ceux qui lui parlent impriment à leurs paroles un certain mouvement déterminé. Les chansons de nourrices ont une allure particulière, facile à reconnaître, une cadence douce, monotone, dont les coups lentement et régulièrement répétés frappent l'attention de l'enfant , et permettent à son intelligence voilée et endormie de percevoir et de distinguer les sons. Ce rhythme l'enivre pour ainsi dire et l'endort. Cet amour du rhythme est si naturel et si puissant chez lui qu'il le lui faut partout, et que , si vous avez une fois commencé à agiter son berceau , il faudra vous résigner à ne plus pouvoir rendormir autrement. Si vous essayez d'y renoncer ,

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rattente du mouvement le tiendra éveillé « et bientôt ses cris témoigneront de son désir et de son impatience. Le mouvement cadencé de Tescarpolette , le balancement régulier d'une barque sur une pièce d'eau l^èrement agitée , ont pour nous un charme analogue. La musique des sauvages n'est pas autre chose en gênérai que la reproduction par les sons d'un mouvement semblable, plus ou moins pressé , mais toujours régulier. Toutes les langues anciennes sont rhylhmiques; les patois le sont également, et parmi les langues modernes, plus d'une a conservé le même caractère. Faites lire à un enfant de la prose ou des vers; sa lecture ne sera qu'un chant plus ou moins uniforme et toujours rhythmé. Le ton déclamatoire et monotone qu'affectent un certain nombre d'orateurs , même dans les langues débarrassées du rhythme, n'est qu'un reste (}e cette musique primitive.

La mélopée ancienne n'était pas autre chose. La musique n'avait d'autre office que de s'associer à la parole et de marquer le rhythme du vers. C'était par la même raison que des orateurs faisaient placer près d'eux un joueur de flûte pendant qu'ils parlaient. Le rhythme de la musique soutenait leur voix et aidait à celui de leur parole. On comprend que ce genre de musique était purement objectif. Il ne s'adressait qu'à l'oreille , sans aucune préoccupation de la pensée. La cadence s'imposait au langage et à Vintelligence , sans 9'astreindre à varier avec le caractère des idées exprimées. Nous en retrouvons les restes dans cette har-

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