‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 134 sur 159 · RAPPORTS BU RHTTHMB ET DE LA PENSÉE. S · texte numérisé non relu

RAPPORTS BU RHTTHMB ET DE LA PENSÉE. S

monie solennelle et presque uniforme du vers latin et de la période antique, transportée par le même instinct dans notre versification et jusque dans notre prose oratoire et académique. On voit quelle est Terreur de ceux qui , comme Gluck , ont cru revenir à Timitation de la mélopée antique en faisant de la musique un simple accompagnement de la déclamation. Ils ont justement renversé les rapports des deux arts. Chez les anciens, c'est le rhy thme musical qui s'impose à la déclamation, qui en règle le mouvement, qui en détermine la cadence; ce qui, en somme, n'avait pas grand inconvénient, puisque la tyrannie du rbythme était alors la même dans les deux arts, et que la permanence d'une cadence presque uniforme était ce qui plaisait le plus à l'oreille. Chez nous, au contraire, à mesure que la pensée s'affranchit de toute entrave matérielle, qu'elle se soustrait à la tyrannie d'une harmonie tout extérieure, elle exige de la part de l'orateur et de l'acteur une variété d'intonations et de mouvements qui ne relèvent que d'elle-même, qu'elle seule <iétermine , et à son tour elle impose cette même variété à la musique qui l'accompagne. Autrefois elle suivait, maintenant elle marche la première et marque à la mu-* sique la voie qu'elle doit suivre.

On ne s'est pas encore rendu un compte assez net de l'importance du rhythme dans les œuvres antiques. Le fait est qu'il domine tout, jusqu'à ce qui chez nous y semble le plus étranger. La sculpture , la peinture sont rhythmiques. Pline, parlant des mérilcd

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relatifs de Myron et de Polyclète, dit : Myro fmt numerosior in arte quam Pohfcîettis et in symmetria diligentioT. Ces idées reviennent souvent. Or, ces mots numéros et symmetria, en général assez mal entendus, se remplacent souvent par les mots de rhythme et d'harmonie , et indiquent la correspondance des lignes et des formes, dont le rapport produit sur l'œil un effet analogue à celui que produit sur Toreille le balancement régulier des sons. Mais de môme que ce balancement de la voix peut presser ou ralentir son mouvement, de manière à échapper à l'uniformité absolue, le rapport des lignes s'établit aussi par ressemblance ou par opposition d'une manière plus ou moins variée, sans quoi le rhythme ne serait plus que la symétrie sèche et froide de l'architecture du xwf siècle, qui ne Ta comprise que dans le sens de la correspondance absolue des ressemblances.

La forme même des poèmes dramatiques est assujétie au rhythme. Un de nos plus savants professeurs de faculté, M. Weil, vient de découvrir et de démontrer que les tragédies d'Eschyle se composent d'une série de morceaux qui se correspondent par le nombre de vers» et souvent niéme par le mouvement et par l'emploi de mots semblables. C'est partout quelque chose d'analogue à ces tranches si bien découpées que l'on n'avait guère jusqu'à présent reconnues que dans les comparaisons de la poésie antique. Partout enfin nous retrouvons cet amour du rh)thme, signe distinctif de toutes les intelligences enfantines. Les sau-

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