‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 137 sur 159 · DE L IMITATION. S · texte numérisé non relu

DE L IMITATION. S

de destruction dont la civilisation nous a en partie déli-^ vrés, éprouvaient sans cesse le besoin de se chercher au ciel des secours qu'ils ne trouvaient pas sur la terre.

En résumé, Timitalion est donc bien en effet, comme le dit Aristote, le point de déçart et en quelque sorte la source de tous les arts, mais elle nVn est pas, comme il le croit, la condition dernière et le but final.

Dans le principe , il ne peut y avoir pour Thomme , comme aujourd'hui pour FenCant, que deux choses ; lui-même et les objets auxquels il rattache ses impressions. Mais, si en réalité Thomme ne voit rien qu'en lui-même, ou plutôt s'il ne voit en toutes choses et ne peut voir que lui-même diversement modifié , il n'en a pas conscience , et l'on peut dire , en s'en tenant à l'apparence historique, que l'homme est le dernier objet que l'homme aperçoive. Il ne reste donc devant lui que le monde extérieur, c'est-à-dire les êtres physiquement semblables à lui-même, ceux qui en différent et enfin toute la nature avec ses manifestations bienfaisantes ou ennemies, mais toutes également obscures et mystérieuses. C'est là ce qui attire ses regards et qui sollicite cette puissance intellectuelle qu'il porte en lui-même à son insu, et dont le développement produira tous les arts que nous possédons au-' jourd'hui.

Si nous voulions faire de la métaphysique, nous dirions que tous étaient en germe dans son esprit, et il

semble qu'on ne pourrait guère le nier, puisqu'ils en sont sortis. Ce serait faux cependant, car l'esprit qui a produit les arts n'est pas le même que celui qui devait animer les grossiers sauvages dont nous sommes descendus. Les arts ont dû leur naissance à l'accumulation dans l'intelligence humaine de mille éléments étrangers, sans lesquels la civilisation n'eut jamais existé, et qui ont fait de l'homme moderne, comparé à l'homme primitif, un être tout différent, qui n'a avec le premier d'autre rapport que de porter le même nom. Autant dire que le minerai contient en germe la machine à vapeur et le télégraphe électrique, parce que le fer sert de base à la construction de ces deux appareils.

Quoi qu'il en soit, le premier de tous les arts intellectuels inventés par l'homme, c'est la parole, naturellement suggérée à un être doué de la faculté d'imiter et d'articuler, par l'attribution aux objets, comme qualités, des impressions perçues par lui-même. Ainsi il entend le bruit du tonnerre, et ce bruit l'effraie. Pour lui, l'effroi et le bruit se confondent, puisque ces deux impressions ont été perçues en même temps. Par conséquent, il exprimera l'idée de tonnerre et l'idée d'effroi par l'imitation du même bruit. 11 en sera de même pour tout le reste ; la même onomatopée servira toujours à exprimer tout objet bruyant, en même temps que tous les rapports, c'estr-à-dire toutes les impressions qui s'y rattachent. Et ce langage sera suffisamment clair pour tous les hommes placés dans les mêmes conditions et arrêtés au même degré de développement

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