‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 138 sur 159 · ORIGINE HISTORIQUE DES ARTS · texte numérisé non relu

ORIGINE HISTORIQUE DES ARTS

intellectuel. Le bruit qui aura frappé l'un de telle impression devra en frapper également Tautre. La reproduction de ce bruit devra donc produire ou rappeler en lui la même impression. L'imitation par le son est donc un langage. 11 en est exactement de même de Timitation par récriture. De part et d'autre, les mêmes caractères se retrouvent.

Mais il est facile de voir que ces deux sortes d'imitations présentent déjà les traits généraux qui, en se développant, devront un jour constituer, d'une part, la musique, la poésie et la prose, de l'autre, la sculpture, la peinture et l'écriture proprement dite. C'est le tronc qui contient les branches. D'une part, si nous considérons le langage, le rhythme, en se variant, en se passionnant, est devenu la musique; la partie objective, l'imitation des sons, et par elle l'expression des sensations, des sentiments, nécessairement personnels, mais confondus par une erreur inévitable avec les choses mêmes, a produit ce que nous appelons le langage poétique, auquel a fini par s'ajouter la prose, quand, de modifications en modifications, les sons, qui contenaient à la fois l'expression des objets et de leurs rapports avec nous, se sont, par l'usage et par le besoin du langage, abrégés, altérés de toutes manières et n'ont plus présenté pour l'oreille que des signes conventionnels.

D'autre part, l'écriture, par une analyse semblable, a donné naissance à la sculpture et à tous les arts du dessin, lorsque la puissance visuelle, en se développant, a exigé dans la représentation graphique des

objets trop de détails et de précision pour que la lenteur nécessaire de Texéculion pût s'accorder avec les besoins d'un langage. Alors cette représentation coinmença à constituer un art spécial, tandis que rioiitation, en s'abrégeant de diverses manières pour former une écriture cursive, réduisit les formes, comme les sons, à des caractères de convention.

Il est bien entendu qu'il ne faudrait pas abuser de ce parallélisme apparent pour marquer dès lors à chacun de ces arts des limites absolument précises. S'ils se distinguent nettement, dans l'histoire, par les procédés qui ont servi à leur formation, il ne faut pas oublier qu'ils ont une origine commune, TinteHigence humaine, qui suffit à expliquer la similitude de quelquesuns de leurs traits.' Ainsi pour prendre un exemple, la poésie, qui exprime par les sons les sensations et les sentiments, se rapproche de la peinture par les descriptions et les tableaux, comme elle touche parfois à la prose, surtout dans les époques avancées, par l'expression des idées. La prose elle-même, dans l'antiquité, conserve une grande partie du rhythme et de la cadence primitive, dont le développement a constitué la musique. La peinture et la musique, tout en se distinguant du langage écrit et parlé proprement dit, n'en restent pas moins deux sortes de langage, puisqu'elles continuent à exprimer des mouvements de l'âme. Les rapports qu'on pourrait ainsi découvrir sont en très grand nombre, mais il n'en est pas moins vrai que, malgré ces similitudes persistantes, malgré la communauté de

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