OBJECTIVITÉ MODERNE. S
tinction entre les diverses conceptions de Tintelligence. Je n'ai pas besoin d'ajouter que si le caractère abstrait et général de certaines idées devient assez sensible, pour en rendre l'expression impossible par le mode de représentation qui constitue le langage primitif, cependant il s'en faut de beaucoup que les hommes de cette époque soient capables de se rendre compte de cette modification. Entre le progrès et la conscience du progrès, il y a un intervalle immense, et il faudra à l'homme un grand nombre de siècles pour passer de l'un à l'autre. L'antiquité ne s'est jamais rendu compte du changement qui s'opérait graduellement dans le point de vue d'où elle considérait les choses. L'objectivité est toujours restée en apparence la loi des intelligences. Platon et Aristote partagent l'erreur commune. Les philosophes modernes n'ont guère modifié que quelques points secondaires. L'àme humaine n'est toujours pour eux, au xix® siècle, que l'écho du monde extérieur, une sorte de miroir immobile, où se reflètent les caractères des objets plus ou moins spiritualisés. On peut dire que la loi de la science moderne, comme de la science antique, est toujours la croyance ou plutôt l'asservissement à l'objectivité.