GÉNÉRATION DES IDÉES. S
duit sans cesse des idées nouvelles , et dont le carac- . tère se transforme selon la proportion de la puissance intellecluelle et de Télaboration qu'elle fait subir à ses créations premières. Elle peut leur faire traverser une série de métamorphoses dont les principales sont Tabstraclion et la généralisation , et qui varient ellesmêmes de degré à Tinfini, selon l'intensité des énergies intellectuelles et du nombre d'impressions similaires qui sont soumises à cette élaboration. Par là, elle crée une classe nouvelle et supérieure d'idées , dont la filiation purement spirituelle est si tranchée que les plus^ décidés adversaires de la génération subjective des idées ne peuvent leur dénier ce caractère. Enfin, par un nouveau travail , l'intelligence enfante des idées d'une catégorie encore plus haute qu'elle produit par la comparaison et par la combinaison , variables à l'infini , de ses productions antérieures; ce sont les idées générales de rapports, les principes, et ce que les spiritual is tes appellent les idées éternelles et absolues. Ne pouvant pas les rattacher aux objets sensibles , plutôt que de les considérer comme des créations de l'intelligence, ils eh ont, par besoin d'objectivité, fait des entités métaphysiques, qu'ils ont doué, de leur autorité propre, d'une réalité particulière.
Tant que l'homme n'a pas eu conscience de ses propres opérations, il s'est laissé guider au hasard par le développement spontané de son activité intellectuelle. C'est ce qui explique la lenteur et l'intermittence des
progrès accomplis jusqu'à ce jour. Maintenant , une
nouvelle ère commence. A tous ses autres caracières, Tintelligence, plus développée, ajoute la faculté de prendre conscience d'elle-même. A force de se regarder agir, et de chercher partout où pouvait être son moteur, elle s'aperçoit qu'elle n'enta d'autre qu'ellemême , que sa puissance propre est précisément de créer des idées^ et que cette puissance est sans limites, puisque créant sans cesse des idées élémentaires , eilo se pré{tere indéQniment des matériaux nouveaux pour la construction des idées générales et des idées de rapports. C'est parce qu'elle a pris conscieiice de sa puissance de créer des idées élémentaires, que ce que nous appelons l'expérimentation a remplacé dans les sciences l'expérience, c'est-à-dire le hasard et la production involontaire et irréfléchie des idées. Armée de ce moyen , il dépend donc d'elle d'augmenter sans relâche le nombre de ses idées élémentaires, et par conséquent de ses notions de rapports et de ses conceptions générales. L'avenir de son développement échappe donc définitivement à la fatalité.
Les conséquences morales de cette doctrine sont Ebh ciles à concevoir.
Du moment que Tintelligence prend conscience de son activité, cette activité, cette vie intérieure de la pensée devient sa jouissance suprême et le premier de ses intérêts. Par conséquent :
1^ Le progrès >, jusqu'alors indécis, reçoit de la conspiration de toutes les forces intellectuelles une impulsion qui lui a toujours fait défaut.