‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 23 sur 159 · IDÉE DE DIEU. S · texte numérisé non relu

IDÉE DE DIEU. S

supérieure à lui-même, puisque ces effets sont en dehors de sa puissanoe. Ces causes puissantes et ac-*tives sont les formes sous lesquelles se produit d'abor<l ridée de Dieu , idée qui ira sans cesse se modifiant , à mesure que se modifiera l'intelligence humaine, mais qui, à travers toutes ses modifications, conservera toujours , comme caractère principal , le caractère de cause. Je n'ai pas besoin de dire que ce n'est pas scus cette forme abstraite et générale que l'homme a conçu d'abord leprincipe de tous ces mouvements qu'il voit s'effectuer autour de lui. Comme tous les rapports, le rapport de causalité est pour lui enfermé dans l'effet même. La distinction n'est pas encore possible. Son intelligence ne peut atteindre que des objets concrets et réels. Les idées même de génies , de puissances mystérieuses ne se produisent que beaucoup plus tard. Les dieux seront donc d'abord les êtres dont l'action peut être le plus directement perçue. Ce sera la lumière , le soleil , les astres , le feu , les vents , les nuages, les fleurs. L'homme divinisera ainsi successivement chacune des forces supérieures , bienfaisantes ou funestes , en présence desquelles il se trouve.

Voilà les êtres à qui naturellement s'adresseront ses premiers diants. Ces chants exprimeront, par des descriptions ou des récits, sa terreur ou sa joie, suivant que ces puissances lui auront été hosliles ou favorables. Dans la complète ignorance où il vit de lui-même, il ne lui vient pas à l'idée que celte joie ou cette crainte soient dans son àme ; elles sont dans les objets mêmes

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et les constituent. Il ne faut donc pas demander à cette poésie primitive les développements psychologiques et personnels qui sont propres à la poésie moderne. L'homme ne songe pas encore à exprimer ses propres sentiments. L'analyse peut nous les faire retrouver dans ses chants, mais il n'a pas pensé à les y mettre; il semble à première vue qu'il soit absent de son œuvre. Ce qu'il chante, c'est le soleil qui éclaire, le feu qui réchauffe, les fleuves qui fertilisent la terre.

Puisque les impressions perçues par les hommes ne sont encore pour eux que des qualités des objets, et que l'homme ne connaît pas encore d'autre procédé d'expression que l'imitation matérielle des objets en qui il fait résider la puissance d'impression, un des caractères de celte poésie sera donc nécessairement d'être descriptive. De plus, pour de pareils esprits, la vie ne se révèle que par l'action et le mouvement. Il n'y aura donc de vivant que ce qui se meut, mais tout ce qui se meut sera vivant. Le soleil sera un dieu vivant, puisqu'il se montre d'abord à l'orient, en rapportant la lumière, et qu'il s'avance dans le ciel, chassant devant lui la nuit avec toutes ses terreurs, c'est-à-dire avec les êtres malfaisants qui assiègent et persécutent l'homme à la faveur des ténèbres. Les nuages seront vivants, puisque, nés des vallées, ils s'élèvent vers le ciel en accumulant de noires montagnes, pour s'emparer de la lumière et pour ravir à Indra, par des luttes terribles, la royauté de l'univers.

De là un nouvel élément qui s'ajoute à la descrip-

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tion, le récit, qui n'est que la description de Tacte à chaque moment de sa durée. Cette poésie, naturaliste et divine par son essence, est donc nécessairement descriptive et épique par sa forme, La plupart des chants des Védas sont des épopées, de même que plus tard les hymnes homériques, qui célèbrent les dieux par le récit de leurs exploits, de leur naissance, plus ou moins naerveilleux. Le procédé, dans les uns comme dans les autres, est toujours le même; la pensée seule s'est modifiée dans les derniers et marque une époque bien plus rapprochée de nous. Les dieux des hymnes homériques sont vraiment devenus des hommes; ils n'en ont plus seulement des traits généraux et vagues, comme dans, le Rig-véda, où nous ne trouvons guère que l'ébauche de l'anthropomorphisme; ils ont les formes, les idées mêmes de l'homme. De plus, nous n'y trouvons plus la description immédiate des phénomènes naturels; la matière des chants homériques, ce sont des légendes où l'homme se trouve déjà mêlé. Mais des deux côtés la forme est celle du récit, ce sont des épopées, non des hymnes dans le sens qu'on donne aujourd'hui à ce mot. Ces poèmes, quelle que soit l'époque où ils ont été rédigés sous la forme qu'ils ont maintenant, sont donc vraiment, par le caractère de la conception qui leur adonné naissance, les intermédiaires logiques entre les épopées descriptives et naturalistes du Rig-véda et l'épopée héroïque d'Homère,

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Le Rig-véda eel le plus ancien livre de poésie que nous possédions, et son antiquité se manifeste par le caractère même de ses chants. Aucune étude n'est donc plus capable de nous faire pénétrer dans la pensée antique, et de nous apprendre quelles ont dû être les premières impressions et la plus ancienne forme intellectuelle de rhumanité. La langue même dans laquelle ces chanls sont écrits diflere sensiblement de celle des trois autresVédas.Ce serait cependant une grave erreur de croire que tous les morceaux qui le constituent datent d'une même époque. Pour ma part, je suis convaincu qu'on peut, sans rien exagérer, supposer un intervalle de plusieurs siècles entre les parties les plus anciennes et les dernières de celles qui composent ce recueil. Quoiqu'il n'y ait aucun ordre chronologique dans le classement de ces chants, on peut y suivre toute la série du développement des idées religieuses, depuis le naturalisme le plus grossier jusqu'au moment où la conception monothéiste de Brahma commence à se manifester, il me paraît probable que toutes ces pièces auront été recueillies au moment où la caste des Brahmanes s'est constituée, après avoir vaincu et soumis les guerriers ou Rchalryas. Les vainqueurs, en organisant le gouvernement théocralique dont ils étaient les dépositaires, rassemblèrent les légendes et les souvenirs religieux antérieurs et les donnèrent pour cortège

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ila religioD nouvelle de Brahma, qui du reste 5*y rattache par un Hen de filiation facile à saisir, de même que le christianisme s'appuie sur Tantique religion hébraïque, dont il n'est qu'un développement* L'histoire âe ces deux filiations a plus d'un rapport, qu'il serait ictères* sant de déterminer, si ce sujet n'était pas étranger à l'objet de ce livre. Je me contenterai d'indiquer Bommaîrement la série des progrès principaux qui se manifestent dans la série des conceplions religieuses, dont la trace est restée dans le Rig-véda,

La terre et le ciel sont toujours considérés comme les plus anciens des dieux, de même que dans la mythô^ lûgie grecque et latine. Cependant je ne puis croire que leur cuite ait précédé celui des autres divinités. Leur divinisation n'est que la conséquence logique de toute religion naturaliste, mais il n'en résulte nullement qu'elle doive en être l'antécédent historique. Le spectacle uniforme de la terre et du ciel n'a pas de quoi attirer l'attention des premiers hommes. Il faut pour frapper leur esprit quelque chose de plus varié, de plus animé en quelque sorte. Ce sont les grands mouve-* ments, les contrastes vivenient accusés qui saisissent d'abord le regard des enfants et qui le retiennent le plus longtemps. Toutes les religions anciennes de la Perse, de l'Assyrie, de l'Egypte, de la Grèce eHeHméme sont fondées sur l'opposition de la lumière et des ténèbres. C'est le fond commun de toutes les conceptions antiques, et c'est sur oe fond que s'ajoutent et se co-*ordooneot toutes 1^ modifications qui tiennent aux

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différences de situation géographique et de progrès inlelleclueK Le premier et le plus persistant des sentiments humains, c'est la peur des ténèbres, et par suite Tamourdela lumière. Le premier des dieux du Rig-véda est Indra, et Indra n'est autre chose que la lumière elle-même. Il ne faut pas le confondre avec le soleil, comme nous y prédisposent les habitudes des m} ihologies postérieures. Indra est le ciel lumineux, c'est la clarté même qui remplit l'univers. C'est lui qui a créé le monde, et qui le crée chaque jour, par une lutte sans cesse renouvelée contre la nuit qui le détruit. Le soleil n'est que le char d'Indra, sa demeure principale, comme dans la Bible, mais il n'est pas encore un dieu. Le sentiment religieux se manifeste d'abord par une sorte de monothéisme indécis et vague. L'obscurité, qui est en lutte avec Indra, n'est pas encore proprement une divinité. C'est une conception multiple qui confond dans une haine commune la nuit et le nuage sombre, qui ravissent également à l'homme la lumière et qui lui font craindre sans cesse d'en être à jamais privé. Chaque soir, l'Arya se lamente en voyant le jour baisser; chaque malin, il invoque le jour et l'appelle de ses cris. Quand le nuage, portant la foudre, engage contre Indra ces grandes luttes dont le récit remplit le Rig-véda, l'homme tremble que la victoire ne reste à l'obscurité. Cette terreur, sans c^se renouvelée, le jette dans une constante alternative de joie ou de désespoir. L'horreur de la nuit se comprend bien chez des hommes livrés à toutes les craintes supersti—

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