‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 24 sur 159 · POLYTHÉISME* B · texte numérisé non relu

POLYTHÉISME* B

tieuses, dans un pays peuplé d'animaux féroces qu'ils ne savent pas combattre, et qu'ils prennent pour des êtres mystérieux et funestes. Mais ce qui mettait le comble à leur épouvante, c'était la constante incertitude du lendemain, cette crainte, à peine aujourd'hui concevable pour nous, que la lumière leur soit ravie pour jamais et que Indra ne reparaisse plus. Cette idée si singulière a pourtant tourmenté tous les peuples, jusqu'à des temps assez rapprochés de nous. C'est elle qui explique l'épouvante qu'inspiraient les éclipses de soleil :

Impiaque seternam timuerunt ssBcula noctem.

A mesure que l'homme s'habitue à distinguer ses impressions, les divinités se multiplient. Le soleil, l'aurore , le crépuscule , la lune , Vârouna ou le ciel obscur, les vents, les fleuves sont successivement divinisés. A cette religion naturaliste s'ajoute et se mêle une conception logique qui constitue en réalité une religion nouvelle et plus rapprochée de l'homme. Agni, le feu du sacrifice, qui n'était d'abord que le prêtre du dieu lumineux , tend progressivement à se confondre avec lui , grâce au caractère de lumière qui est commun à tous deux. 11 devint l'Indra terrestre, comme Indra, l'Agni céleste. Tout ce qui se rapporte au sacrifice est également divinisé , l'offrande , la libation de beurre ou de soma qu'on verse sur le feu , jusqu'aux instruments , aux poteaux qui servent à marquer l'en-

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ceinte consacrée. La prière aussi , la parole sainle < dcfvienl une divinilé; c'est Tépouse du dieu qui ai^ire à s'unir à Fépoux.

Une circonstance toute particulière décide de la voie ou va s'engager la religion ar^^enne. Indra , en lutte continuelle contre les ténèbres , a besoin de reprendre chaque jour des forces pour résister à ses ennemis. Ces forces, il les puise , comme les hommes , dans la nourriture. L'Arya, attentif à entretenir la vigueur de son défenseur, lui sert chaque jour trois repas; il mesure les besoins du dieu sur les siens propres. Ces trois repas » ce sont les trois sacrifices , du malin , du milieu du^jour et du soir. Mais c'est celui du matin qui est surtout important; c'est le moment qui doit décider de la victoire ou de la défaite d'Indra. Avant que le dieu paraisse, le père de famille s'empresse d'allumer le feu du sacrifice, en frottant Tun contre l'autre deux morceaux de bois ; il y verse les libations qu'aime Indra, et il exhorte celui-ci à faire un dernier effort contre la nuit, pour venir prendre sa part du festin qui lui est servi ; il Tencourage en lui rappelant ses triomphes passés et en lui promettant pour l'avenir d'abondantes offrandes. Indra ne manque pas d'accourir, et les ténèbres s'enfuient. Cette r^larilé d'Indra à obéir à la voix qui l'appelle n'avertit nullement TÂrya que le soleil ne fait que céder à une loi

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natorelle €firi détermine invariablement sa révolution. Comment celte idée des lois nalurcHes ponrrait-elle se présenter à des esprits qui ne conçoivent partout que des causes anîmées et volontaires connime eux-mênïes? Il est bien plus simple à leurs yeux de supposer que Tobéissance si r^nlière d'Indra tient à Inexistence d'une puissance supérieure à la sienne. Cette puissance, c'est celle du sacrifice , de la prière , de la parole sacrée. (Test pendant que Thymne se chante que le soleil parait, et crée Tunivers jusqu'alors enveloppé dans le chaos, dans le néant des ténèbres. Donc Thymne sacré est le maître du monde , c'est lui qui donne à Indra Tordre et la force de vaincre la nuit ; c*est lui qui , par les mains d'ïndra, crée toutes choses. Le prêtre dit : Quo la création s'accomplisse, et elle s'accomplit; que la lumière soit , et la lumière est. De déductions en déductions toute la religion se ramène à la sorcellerie. Les mots, par le hasard de quelques concordances d'effets, se revêtent d'une puissance magique supérieure à celle même des dieux. Voilà à quoi se réduit le fiât, si peu compris et tant exagéré, de la Bible.

Dès lors, la religion des Aryas est transformée* Toutes les divinités anciennes tombent au second rang, et ne sont plus que les ministres , les serviteurs , les anges de Brahma, du logos, de la parole divinisée, et à son tour personnifiée par l'invincible instinct qui porte les hommes à tout refaire à leur propre image. Le prêtre, dépositaire et interprète de la parole, devient le maître tout-puissant. Par la parole , par la lec-

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ture infatigable des Védas, le pénitent s'élève au-dessus de la divinité même.

Mais si le culte de Brahma remplace pour les classes éclairées la religion première, celle-ci subsiste encore parmi le peuple. Toutefois la conception vague, indéfinie d'Indra fait place à celle d'un dieu mieux déterminé , Vichnou, le soleil, qui prend place à côté de Brahma, avec son éternel ennemi, l'obscurité, qui ellemême se personnifie et se précise sous la figure de Siva, le dieu des ténèbres, de la destruction, du mal. Ainsi se forme par une détermination mieux définie et plus anthropomorphisée des principaux éléments du dualisme naturaliste primitif, et par leur adjonction à la conception plus moderne de Brahma, celte trinité hindoue, qu'on a cherché à expliquer par tant de subtilités métaphysiques. Du reste cette formation , qui se complète dans les Védas postérieurs et dans les commentaires religieux, n'est qu'à peine ébauchée dans les chants les plus modernes du Big-véda. Mais il suffit qu'on puisse l'y entrevoir pour faire comprendre combien doivent être éloignées les unes des autres, par leur date^ des compositions dont la série nous permet de suivre et d'embrasser toute la suite d'une révolution religieuse qui n'a pu s'accomplir que dans l'espace d'un grand nombre de siècles.

§ IV

tlme semble facile maintenant de nous rendre compte

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