‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 25 sur 159 · IDÉE DE DIEU · texte numérisé non relu

IDÉE DE DIEU

de ce que valent les déclamations tant de fois répétées sur Tinstinct religieux des premiers peuples. Il importe de s'y arrêter , puisque c'est un des principaux arguments qu'on ne manque jamais d'avancer en foveur de la poésie et des arts antiques. Pour ma part, je ne vois là aucun de ces mystères qu'on s'est plu à y trouver. L'idée de Dieu est une idée comme les autres, et sa présence dans l'esprit de l'homme s'explique par les lois même de notre intelligence , sans qu'il soit besoin de recourir à aucune espèce de révélation , pas plus cette révélation éternelle et permanente que les philosophes ont imaginée, sous le nom de raison, que cette révélation spéciale et une fois faite dont nous entretiennent les théologiens. Cette conception résulte forcément de Tobjectivisme nécessaire des intelligences à leur première période de développement. C'est un effet de l'enchaînement qu'à son insu il observe entre ses impressions et ses actes; car il ne faut pas oublier que l'homme des premiers âges, tout en croyant ne voir que des objets extérieurs , ne voit cependant et ne peut voir que lui-même.

Une impression de colère le porte à des actes violents ; si l'impression est contraire , les actes le seront également; cela est surtout frappant chez les premiers hommes. En effet, comme les enfants, ils ne sont guère capables de cette rapidité d'intelligence qui, en faisant parcourir en un clin d'œil à une niême impression toute la série de ses transformations possibles, amène parfois

les esprits plus cultivés à des actes qui, à première

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vue, sont en oontradiction apparente avec ce qn'acirait dû être la conséquence logique de Timpression pnemîàrew ils sont donc complètement livrés à celte proimière in^)ression^ dont la simplicité oiéme fait d'autdftf pkis vivement apparaître le rapport logique qui existe emtre elle et l'aclequi en est la conséquence. La notion de causahlé entre les phénomènes intérieurs est donc une de celles qwi doivent se présenter le plus vile à Tesprit. En vertu de cette notion, plus ou moins obscurément entrevHO, toute impression reçue est reportée comme effet et comme caractère propre à une cause, qui estTcbjet matériel à Toccasion duquel l'impression a été perçue, ou plus véritablement, en vertu de cette notion, nous matérialisons en quelque sorte notre impression, que seule nous pouvons connaître, et nous la localisons hors de nous. Parce que sa cause psychologique nous échappe et que nous ne pouvons nous décider à en laisser rorigine Inexpliquée, nous imaginons une cause extérieure à laquelle nous la rapportons comme effet et qui n'est que notre propre impression réalisée au dehors. Aussi cette cause extérieure, qui n-esl véritablement que l'effet de notre impression, est-elle toujours en parfait rapport avec Timpression qui ta orée à son image. Pour une impressian de chaleur, nous supposons un corps chaud, pour une impression d'a«nertume, un corps amer, pour une impression de lumière, un corps lumineux, pour une impression de son , un corps sonore. De même pour les impressions morales; une impression d'effroi nous fait

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auppeser une cause Croyable, une impi^easiaD de pJaisir^ une cause agr&ible. C'est nous-mêmes, avec notre impression , que nous transportons dans les choses. Donc, si une impression de terreur est telle qu'elle dépasse la mesure ordinaire et que nous noeoncevione pas la possibilité de nous y soustraire par nousrmémes, en vertu de la même loi, nous rattribuous à une cause supérieure à nous ; c'est la première forme de l'idée de Dieu.

Mais <x>mme, ainsi que nous l'avons dit, nos impressions sont en nous-^mêmes et sont nou&-mémes, il en résulte que^ au milieu de tous les caractères accidentels que peuvent revêtir les créations fantastiques sous l'appareoce desquelles nous projetons au dehors nos propres impressions, il y en a un qui persiste nécessairemeot, le caractère humain, anlèropomorpbiqoe. De là vient que chez tous les peuples les causes de toutes les imprenions ont été conçues comiine vivantes et aniqnées, c'^slr-à-dire semblables à Thomme, sauf le degré de puissance, toujours conçu comme supérieur dans le dieu, mois .sans rien toutefois qui ressemble à notre eojiception de l'inflsn*

Ces êtres puissants sont, comme les hommes, capables de pitié, de reconnaissance, d'airection;mais, de tous les moyens de mériter leur £aiveur, le plus sur est de les nourrir. L'égoïsme , et l'égoït^me i^diysique , voilà par où Jes prières des hommes trouvent aecè& auprès des dieux. L'homme matériel et <^oïste des premiers temps a naturellement fait ses dieux à son

image. Son culte consiste uniquement en offrandes, ea libations, et la préférence des dieux est assurée aux offrandes et aux libations les plus abondantes.

Le sentiment religieux qui inspire Tbomme primitif, et où Ton s'entête à chercher des preuves de l'élévation native de ce dieu tombé qui se souvient des deux, se réduit à une combinaison de trois sentiments qui n ont rien de divin. Le premier, que nous avons déjà analysé, est le sentiment de Tinfériorité de sa force physique en face des phénomènes et des bouleverse-menls de la nature. A ce sentiment se mêlent tout naturellement ceux de la crainte et de la joie, selon que ces phénomènes sont funestes ou utiles, et que par conséquent ils font naître dans Tesprit de Thomme la conception de puissances alliées ou ennemies. Il hait les unes ou tache de les apaiser par des dons; les autres, il s'applique par les mêmes moyens à conserver leur protection. Le sentiment religieux, comme tous les autres, se transformera plus tard et se complétera dans la proportion où Tintelligence, en se développant, se fera de Dieu une notion plus élevée. A mesure que régoïsme natif se modifiera et que le sentiment des besoins moraux soustraira l'homme à la tyrannie exclusive des besoins matériels, il ajoutera successivement à sa conception première de la divinité les caractères de ses conceptions nouvelles, mais c'est une singulière erreur de vouloir trouver à Torigine du monde des notions qui ne peuvent être qu'un résultat réservé à l'expérience des- siècles.

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