‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 32 sur 159 · ANTHROPOMORPHISME · texte numérisé non relu

ANTHROPOMORPHISME

chants anciens, ils doivent porter des traces sensibles de naturalisme. Or c'est précisément ce que nous y retrouvons sans cesse.

D^ailleurs, il ne faut pas croire que la conception de Dieu se soit spiritualisée du premier coup. Il serait facile de démontrer par la Bible même et par les livres de Moïse, postérieurs à la révolution religieuse que nous avons vue précédemment, que la réforme portait surtout contre Tadoration des images, contre les idoles. Mois le dieu nouveau, Jéhovah, reste un dieu matériel; il parle, il marche, il agit. Le progrès s'est accompli surtout dans le sens de l'anthropomorphisme. Ce dieu continue à habiter au ciel, et s'il ne se confond plus avec le soleil, le soleil semble parfois être encore sa demeure et comme son emblème ; il lui laisse même

comme moi et à relire plusieurs fois ce livre , surtout les Prophètes el les Psaumes, et je suis convaincu que parmi ceux qui tenteront Tépreuve il y en aura bien peu qui ne finissent par être convaincus. — AdO* naï, Baal , le soleil , c'est le même Dieu sous des noms différents^ comme Vichnou, Sourya, Pouchan, chez les Aryas; Apollon, IMiœhus^ Bacchus , Hercule, chez les Grecs. Moloch , c'est le dieu des ténèbres devenu plus spécialement celui de la destruction , c'est identiquement le Siva des Aryas. Partout les idées religieuses ont suivi la même série de transformations, sauf les différences imposées par la variété des climats à des conceptions purement naturalistes dans le principe. Brahma, Jéhovah, le Zeus de Platon et d'Aristote surtout, le Jupiter de Cicéron et de Sénèque, Allah, l'idée moderne de Dieu, représentent la conception la plus intellectuelle à laquelle devait aboutir chacun des mouvements religieux principaux , que nous trouvons dans l'histoire de l'humanité.

plu9 d'uD de S69 tr^ts. «léhovah se dégage très leatement du naturalisme. II est loin dans le principe 4'en être aussi distinct que Brahma. Il se rapproche biejf) plutôt du Vicbnou brahmanique, qui n'est plus le soleil proprement dit, mais bien plutôt Tàme du soleil.

Nous sommes tallemenl habitués à ]K)us jsubstituer ftous-mémes avec nos idées modernes à la pensée qui anime les œuvres antiques, toutes les fois qu'il n'y a pas impossibilité matérielle, que nous dénaturons tout ce que nous ont laissé les premiers âges, et que noue transformons tout à notre image. Si nous voulons conxprendre quelque chose à Thisloire du développement intellectuel dans rhumanilé, il faut abandonner résolument cette méthode et renoncer à Tincroyable abus que »ous fiaisons de la métaphore dans nos lectures. Au lieu de voir partout des images et des figures, il faut nous décider à prendre quelquefois au pied de la lettre le langage antique. La métaphore, telle que nous Tentendons, consistant précisément dans la substitution du sens intellectuel au sens physique des mots, il est bien facile de comprendre que ce procédé ne peut pas s'appliquer légitimement à l'interprétation des langues an- ^ tiques, puisque le caractère propre de ces temps est l'objectivité, et qu'ils ne connaissent guère les choses que par leurs caractères physiques et élémentaires. C'est à ce point de vue qu'il faut se placer pour comprendre les Psaumes (^).

(\) La préoccupation contraire éclate dans la plupart des traductions

SACBIFiCSS AU SOLEIL. 109

Mon intention n'est pas cependant d'entrer dans le détail da culte hébraïque et de rechercher ici tout ce que Ton en pourrait recueillir» Cette élude ne recH trerait qu'indirectement dans mon sujet. Je me coniew- (erai de marquer les traits qui me paraissent absolument nécessaires pour faire comprendre le genre de poésie qui accompagnait les cérémonies religieuses et qui se trouve dans le recueil des Psaumes.

Les Hébreux, comme les Aryas, faisaient trois sacrifices (^) par jour à leur dieu, aux mêmes heures et

des PsAornes , surtout dans les plus modernes. Ainsi au verset 34 du Psaume lxvii la Vulgate porte : PsalUiê Deo, qui ascendit super cœlum cœîi ad orientera; la traduction des Splaiito donne exactement le même sens : tw lizi^t^xézi licl tov oupatvov toû oùpavoo xaT^ ôvatoXot^. J-F. Osterwald traduit : « A celui qui est .porié sur les cieux des cieux, dès le commencement. ^ Ce qui constitue deux contre-sens en une ligne, et tous deux inspirés par (a même pensée, d'eiïacer toute trace de naturalisme. Je pourrais citer un très grand nombre d'eiiemples semblables. Il suffira d'un seul .pour montrer ji«squ'où peut pousser la préoccupation d'une idée préconçue. Il ost convenu que les ch. LU, Liiietuv dlsaîu renferment une prédiction de la venue du Christ. Quelques traits en effet, pris superficiellement, semblent pouvoir s'y appliquer. Les traducteurs, convaincus de la réa'ifé de la prophétie, ont tout fait pour la rendre indubitable. Saint Jérôme avait écrit (ch. lu, v. 42) : Cum sceleratis repuMus est^ ce quis^applique tout naturellement au prophète lui-même. M. de Genoude n^a pas hésité à écrire, sous prétexte de préciser le sens de ces mots : // a été mis entre des scélérats. — Voilà ce qu'on appelle traduire la Bible. — Une autre infidélité consiste à traduire le nom du dieu des Psaumes par Jéhovak, que les Hébreux n'ont emprunté que beaucoup plus tard aux Phéniciens.

(1) Le soir, le malin et à midi je chanterai le Seigneur, lfv, 48; XXIX, 6 et passim. — Pour le sacrifice du matin les témoignages directs sont infinis, v, 5 ; xlv, 6 ; xlviu, 4 5 ; xlix, 3 ; lviii, 4 7 ; lxii, 7 ;

110 DES PSÂtM£S.

pour les mêmes raisons. Ils faisaient faire à leur dieu trois repas comme à eux-mêmes. C'est de là que le nombre trois est devenu sacré dans toutes les religions antiques.

Le sacrifice du matin était de beaucoup le plus important, car c'est lui qui ramenait la lumière, le plus précieux des biens, et qui chassait la nuit, la mère du mal. Ce sacrifice s'accomplissait au milieu d'un grand bruit d'instruments de toutes espèces, destinés à effrayer les méchants, à réveiller et à exciter le dieu lumineux. Le prêtre marchait autour du bûcher en appelant la lumière, sans doute pour imiter la marche circulaire de l'astre lui-même, car la môme expression sert à marquer ces deux mouvements. Les assistants se tenaient en cercle autour de l'enceinte et se prosternaient à plat ventre, tournés vers l'orient, en attendant que le soleil se lève(V); car ce sacrifice, comme chez les Aryas, se faisait avant le jour. Il est assez facile de distinguer, dans beaucoup de cas, ceux des chants qui devaient accompagner le sacrifice du matin,

ixxvtj 3, 5 ; Uxvii, 34; lxxxv», Î ; lxxxvii, \ 4 ; lxxxviii, 14; xci, 3; fc, 8; cvii, 3; cxvui , 55, 148; cxxxiii, 2. Les autres, moins fréquemment indiqués, le sont cependanl plusieurs fois en termes formels.

(\) De là celle expression si fréquente dans S. Jérôme : a ÔbservaU viam Dominif qu'on traduit plaisamment par '. marchez dans la voie du Seigneur, et qui iniJi(]Uo seulement que l'Hébreu devait fixer son regard sur le point du ciel où le dieu devait apparaître. On a tout transformé en mettant partout des idées morales au lieu des idées purement physiques. C'est ainsi que dans toutes les traductions nous trouvons sans cesse ces expressions et autres analogues : Nous marche-

Page 1