‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 33 sur 159 · CULTE DU SOLEIL · texte numérisé non relu

CULTE DU SOLEIL

Ils commencent souvent par une invocation : « 0 Dieu, élève-toi sur les cieux ; que ta lumière brille sur toute la terre. » Ou bien : « 0 Dieu, aie pitié de nous et fais luire ta face vers nous. » Ou bien encore : « Pourquoi, Etemel, te tiens-tu loin et te caches-tu dans le temps que nous sommes dans la détresse? » Souvent aussi ils débutent par des idées comme celle-ci : « Le méchant a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu. » Le poète part de là pour prouver au soleil qu'il y va de sa gloire; que s'il ne se lève pas pour confondre Tespérance de son ennemi, personne ne croira plus en lui. « Lève-toi donc, Seigneur, non pas pour moi, mais pour loi. Ncyii mihi. Domine, non rnihi, sed tibi. »

Le thème général , nécessairement uniforme, à cause de l'uniformité même des circonstances , se retrouve facilement, dans la plupart des chants du matin, malgré les additions qui ont pu y être introduites plus tard , soit pour corriger quelque image trop sensil^ment naturaliste , soit pour incliner le sens général du chant à quelque circonstance présente. Ce plan général est à peu près celui-ci :

rons dans la justice et dans la vérité du Seigneur, et nous ne pécherons pas; quand évidemment le tixte veut dire : Nous marcherons à la lumière du Soigneur, la lumière nous permettra de voir les choses dans leur vérité, avec leurs justes ligures, et de ne pas tomber en nous heurtant contre les obstacles que cache la nuit. C'est toujours la métaphore morale substituée à l'expression matérielle du fait et de l'objet. Ce serait un curieux travail que de reprendre ainsi tous les termes métaphoriques des traductions , et de les ramener à leur véritable signitication, en marquant la série des transformations et pour ainsi dire des sjriritualisations qu'ils ont subies.

112 DES PSÂT7MES.

* Seigneur, du fond des ténèbres , je crie vers toi ; édcrute la voix de ma misère ; découvre ta face brillante. Ne permets pas que les méchants de la nuit se rient de ta puissance et se disent entre eux : « Oii donc est-il, leur Dieu? » Ne nous abandonne pas. Seigneur, à nos ennemis , qui sont aussi les liens. Qui te célébrera , si tu restes caché ? qui t'adorera , si ta nous abandonnes aux traits ^es méchants qui nous poursuivent dans l'ombre? — Lève-toi, Seigneur, lève-toi, disperse tes ennemis ; saisis dans le filet de ta lumière les impies qui nous enveloppent dans leur filet de ténèbres , et qui jettent leurs pièges devant nos pas. Fais que les aveugles voient, que les boiteux marchent. Chasse vers l'occident tous ces méchants qui nous assiègent. — Le Seigneur a entendu mes cris. Le voilà qui s'élève à l'orient sur le chérub de feu ; il a illuminé les montagnes élevées , et sa face resplendissante s'est ^uraée vers nous. Il se montre , et ses ennemis ont disparu. H s'est souvenu de son peuple , il a brisé la léle des impies , et sa gloire s'étend sur tout le ciel. Je chanterai le Très-Haut, et son nom ne périra pas. »

Tel est le fond commun de la plus grande partie des psaumes. Aussi cette lecture est-elle d'une monotonie difficile à soutenir. Ce sont toujours les mêmes images, les mêmes formes, que ne suffisent pas à varier quelques modifications de détail.

Le chant du soir est triste. C'est le moment où le soleil va se coucher; les ténèbres vont couvrir la terre, et l'homme se trouvera livré à toutes les frayeurs de

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la nuit. Outre les terreurs superstitieuses qui l'assiègent, il aura à trembler pour ses troupeaux , exposés aux attaques des animaux féroces. Aussi ces ennemis de la lumière qui errent la nuit autour des hommes sont-ils souvent comparés à des lions. L'Hébreu gémit H s'écrie : « Mon Dieu , mon Dieu , pourquoi m'a&-tu abandonné, l'éloignant de ma délivrance et des paroles de mon gémissement? Mon Dieu, je crie de jour, mais tu ne réponds pas... Ne t'éloigne pas de moi, car la détresse est près de moi , et il n'y a personne qui me secoure. » Cependant il est souvent difficile de distinguer entre les chants du malin et ceux du soir , parce que celui du matin, commencé avant le lever du soleil, est rempli aussi , au moins dans la première partie, de lannenlalions destinées à attendrir le cœur de la divinité. La seule différence réelle, c'est que ceux du malin se terminent presque toujours par un chant de triomphe. Le Dieu a répondu aux invocations du prêtre, et celui-ci en témoigne sa joie par des cris d'allégresse. Mais celle distinction elle-même n'est pas toujours facile à établir, grâce à la confusion des textes hébreux qui ne sont pas toujours d'accord sur les temps que marquent les verbes. Cette confusion se retrouve naturellement dans les traductions. Saint Jérôme affectionne le passé , et plus d'une fois la traduction des Septante met au futur les verbes que la Vulgate traduit par le parfait. Alors on ne peut déterminer avec une précision suffisante si les paroles qui terminent quelquesuns de ces chants expriment l'espoir ou la reconnais-

iii DES PSAUMES.

sance. L'Hébreu remercie-l-il le soleil de s'être montré, ou espère-t-il seulement qu'il n'a pas disparu pour toujours et qu'il se remontrera le lendemain? Voilà ce que je ne puis préciser.

Toutefois, je crois qu'il nous reste fort peu de ces chants du soir. Cela se comprend. Les chants du matin exprimant uniformément l'espérance en Dieu , et cette espérance n'étant jamais trompée , puisque le soleil ne manque jamais de se lever, il a été facile, moyennant quelques métaphores, de les transporter au culte du Jéhovah plus moderne. En faisant de la lumière une métaphore pour exprimer la gloire divine, en transformant les Rakchasas de la nuit en peuples ennemis , en supprimant quelques expressions peut-être, les traces du culte solaire sont devenues assez obscures pour que des esprits peu analytiques, et d'ailleurs disposés par la prévention et par l'habitude à ne voir partout que des images et des métaphores, pussent facilement s'abuser sur l'origine et sur le vrai sens de ces chants. La preuve, c'est que ce caractère nous a échappé jusqu'à ce jour. Mais l'uniforme tristesse des hymnes du soir, l'expression trop manifeste des terreurs de la nuit qui s'approche, les allusions trop claires à la disparition du dieu qui va se plonger à l'occident, dans les ténèbres , tout cela a sans doute contribué à faire rejeter successivement ces chants trop empreints des souvenirs du culte solaire. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il y a eu des hymnes du soir, et que ces hymnes étaient tristes , car nous en trouvons la mention formelle dans

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