BU SENTIMENT DE LA NATURE
arbres et cei^ ruisseaux produisent sur lui uoe impres** 8ion agréable qu'il idut lâcher de déterminer.
Les Grecs, ainsi que tous les peuples des pays cbâuds, ne conçoivent pas de demeures plus agréables que celles où Ton peut jouir d'une éterneUe fraîcheur» couché sous des ombrages épais, près de sources lim^ pides, à Tabri des rayons brûlants du soleil. C'est ainsi qu'ils se représentent les champs élysées. Ce caractère est celui de toutes leurs descriptions idéales de la nature. La vallée de Tempe doit à sa fraîcheur sa célébrité. Horace aussi ne demande à la campagne que cette sensation de fraîcheur à laquelle le climat rendait les Romains aussi sensibles que les Grecs. Il aisoe les ombrages et les sources d'eau vive, non pour y rêver, mais pour y dormir ou pour y faire rafraîchir le Falerne. Théocrite, Virgile surtout, sont les premiers qui comprennent autrement la poésie des champs. Encore sontils bien plus près d'Homère que de nous. Ce que nous connaissons des descriptions de la nature chez les poètes des contrées méridionales, de l'Inde par exemple et de l'Arabie, a toujours le même caractère. La sensation physique domine et absorbe tout le reste.
Par conséquent, je ne crois pas calomnier Homère en disant que celte description si pleine de verdure , d'ombre et de fraîcheur n'a pcwr lui que le charme qu'elle aurait encore pour les habitants des pays brûlés par le soleil , celui de ce bien-être physique que nouiS comprenons fort bien lorsque , dans les plus chaudes journées de l'été , nous pouvons nous reposer sous de
frais ombrages , mais dont le souvenir pour nous s'efface vite parce que Tétat présent de notre esprit nous dispose à des impressions en quelque sorte plus intellectuelles, et que d'ailleurs, grâce à notre climat et aux précautions que nous savons prendre, nous avons moins souvent à souffrir de la chaleur.
§IV
Liliade et TOdyssée tout entières ne sont que des applications prolongées de cette méthode descriptive. Le poète met devant nos yeux ce qui IMntéresse luimême , mais jamais il n'impose à notre émotion ni la mesure ni le caractère de la sienne. Il nous place en face des objets et des événements , le reste nous regarde. C'est à nous à être émus , si nous sommes sensibles; aussi cette émotion n'a-t-elle d'autre limite que celle de notre sensibilité même.
Il n'a pas d'autre procédé pour peindre les sentiments et les caractères de ses personnages. Il les fait agir; nous jugeons. Achille veut tuer Agamemnon et l'accable d'injures. La violence de ses menaces et de ses insultes nous donne la mesure de sa colère. Quand il s'enferme dans sa tente , renonçant à la gloire qu'il est veaue chercher au prix de la mort assurée , nous comprenons que son ressentiment sera inexorable. Son affection pour Patrocle éclate non pas seulement par les pleurs qu'il verse sur son cadavre, par les honneurs qu'il lui rend , par la terrible vengeance qu'il tire de