ABSENCE DE SENTIMENTS MOHAUX
leur tour. » Jupiter tranche le débat en faisant appeler Tbétis , et lui ordonne d'aller dire à son fils que les dieux voulaient faire enlever le cadavre d'Hector par Mercure , mais que Jupiter a voulu laisser à ÂchiHe la gloire de montrer son respect pour les ordres de sa mère. D'ua autre c6lé, Iris, envoyée par Jupiter, commande à Priam de porter à Âdiille des présents qui calment sa colère, lui promettant qu'il n'aura à craindre aucun danger, et que la protection des dieux lui assurera de la part de son ennemi ud accueil bienv^Uant. Cependant Thétis se rend auprès de son fils, lui rapporte que tous les dieux et Jupiter plus que tous les autres sont irrités de voir que sa fureur retienne le cadavre d'Hector et refuse de le laisser racheter, c Qu'il craigne la puissance du maître des dieux et rende à Priam le corps de son fils. » Achille n'ose braver la vengeance du roi de l'Olympe ; il se soumet à sa volonté formellement énoncée ; voilà à quoi se réduit sa bonté. C'est, cependant cette bonté imaginaire qui nous touche, parce que, ne concevant plus les rapports directs des dieux avec les hommes , nous les considérons comme des fictions poétiques et ne voulons voir que la seconde partie de la scène, où nous nous retrouvons nousmêmes « Mais pour Homère la première est tout aussi sérieuse que la seconde , plus sérieuse même, car elle est la cause et l'explication de la seconde.
Que devint alors le caractère moral que nous aimons à y trouver?
De même , quand nous admirons l'invincible cou-
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rage d'Ulysse luttant contre la tempête, nous oublions bien vite qu'il a autour du corps le voile de Leucothée, qui le soutient au-dessus des vagues, et que la déesse lui a ordonné de rejeter dans la mer, quand il sera arrivé au rivage. Il est donc sûr de ne pas périr. Mais nous écartons toutes ces circonstances merveilleuses, qui sont en dehors de nos idées, pour nous attacher à l'homme seul , devenu Tunique objet de notre intérêt. Nous supprimons du poème ce qui ne nous touche pas, et qui générait notre émotion. Homère cependant , en faisant intervenir les dieux , pensait-il imaginer des fictions, et faire du merveilleux ?
Dans un autre ordre d'idées, nous retrouvons la même illusion. Quand Homère dit que Jupiter d'un signe de tête fait trembler l'Olympe , nous voyons là une grande idée rendue par une image grandiose. Nous en faisons une sorte de métaphore qui nous transporte d'une peinture toute matérielle à l'idée toute intellectuelle que nous nous faisons de la puissance divine. Or, pour Homère , il n'y a pas là d'autre idée que l'image elle-même , car pour lui la puissance des dieux est toute physique. Ils agissent à la manière des hommes ; il leur faut des instruments et des agents. Ils peuvent plus que les mortels, mais leur pouvoir ne s'exerce pas autrement. Cette idée de la volonté s'accomplissant par sa puissance propre est complètement inconnue à Homère. Les dieux ne peuvent pas plus que nous se passer de leurs bras et de leurs jambes; seulement ils s'en servent plus habilement. Ils ne peuvent