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dieux. Les Troyens mêmes ne songent pas à faire à Paris un crime, dans le sens moderne du mot, des dangers qu'il fait courir à sa patrie. Rien ne leur paraît plus naturel que cet égoïsme qui sacrifie tout un peuple à son intérêt ou à sa passion ; tous en feraient autant sans nul remords, mais ils se plaignent d'en être les victimes. C'est le sentiment de leur péril ou de leurs souflFrances, non du droit ou du devoir qui les irrite. Ménélas non plus ne vient pas pour punir Hélène; il veut simplement la reprendre, comme il voudrait reprendre un champ ou un troupeau qu'on lui aurait enlevés ; et les Grecs qui sont venus à Troie pour venger sa querelle n'y voient pas autre chose. — D'ailleurs, si Homère eut attaché à tout cela une idée morale, et que la trahison d'Hélène fût à ses yeux un crime, dans le sens où nous prenons ce mot, c'est à Vénus qu'il faudrait en faire le reproche. C'est elle qui a livré Hélène à Paris; et sans doute on ne prétend pas faire de Vénus une métaphore, comme dans notre littérature mythologique et dans nos chansons.
Au troisième chant de l'Iliade, il y a une scène qui explique parfaitement la pensée d'Homère. Vénus, après avoir dérobé Paris aux mains de Ménélas, vient elle-même chercher Hélène pour la conduire dans les bras de son favori et le consoler de sa défaite. Hélène, qui croit Paris sur le champ de bataille, pense que la déesse veut la tromper : « Veux-tu donc encore, lui dit-elle, m'emmener plus loin, dans quelque ville de la Méonie ou de la Phrygie, où tu auras quelque mortel
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à fevorifier? Sans doute, Méoélas a vaincu Pàrig, et c'est parce qu'il veut me ramener dans sa maison q»e tai vieo6 ici me tendre de nouveauj^ pièges. Va toimême vers ton Paris; quitte la demeure des dieux; va gémir près de lui et le soigner jusqu'à ce qu'il fasse de toi sa femme ou sa servante. Pour moi, quelle que puisse être ta col^e, je n'irai pas orner son lit, pour qu'en me voyant passer les Troyennes me déchirent par derrière; fai assez des douleurs que je souffre. — Ne m'irrite pas, lui répond la déesse, car tu aurais à fen repentir, et je saurais te prouver ma haine, comme jusqu'à ce jour je t'ai prouvé mon affection. Prends garde que je ne te fasse périr misérahkinent. » — Où chercher des idées morales dans tout, cela? C'est la force qui s'impose à la faiblesse. Si Hélène a résisté, ce n'est pas par vertu, mais par défiance et par crainte des outrages. Elle obéit maintenant, parce qu'elle redoute la colère de Vénus ; et celle-ci comprend si bien la vraie pensée d'Hélène, qu'elle la £ait passer inaperçue au milieu de la foule des Troyennes. D'ailleurs, quel singulier rôle pour une déesse, si nous prétons à Homère nos idées naodernes! Il n'y a qu'à relire avec attention toutes les sckies où parait Hélène et où il est question d'elle. Nous n'y trouverons pas un mot qui ait un sens nraral. Partout Hélène se plaint d'être malheureuse, parce qu'on la hait, et la haine des Troyennes n'est que l'effet de leur terreur.
"Péris, vaincu, a été enlevé du champ de bataille par Vénus. Elle l'a rapporté à Troie et a conduit près de
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loi .Hélène. La bataille a recommencé par la «trahisea de Minerve , et Pàrid eet couché pendant qu'on se bat pour lui. L'armée troyenne est en grand danger. Hedor rentre précipitamment dans la ville pour engager sa mère et les femmes de Troie à offrir à la sJalue de Minerve des dons qui puissent apaiser sa colère. Puis il ressort de Troie, ramenant Paris au combat. Au lieu de l'accabler des reproches qu'il nous «wnble mériter, il se contente de lui dire : « Certes, personne ne pourrait sans injustice t'appeler mauvais soldat, car tu es fiort ; mats tu ne veux pas te servir de ta force et tu te laisses abattre W; mon cœur est déchiré quand j'entends tout ce que disent de toi les Troyens, qui pour toi souffrent mille maux. » Tant de douceur et de déli* catesse nous émeut. Hector exprime des regrets, non des reproches, et s'il parle de lui-même, ce n'est pas pour se plaindre amèrement comme ies autres Troyens, mais uniquement pour donner à ses paroles quelque chose de plus tendre. C'est un frère affectueux qui souffi^ des fautes de son frère, non à cause des oonséquences qu'elles peuvent avoir pour lui-même, mais parce qu'il voudrait le voir également aimé et estimé de tous. Ce n'est pas son égoïsme, c'est son affection quâ est Mes-
(4) Pour nous, c'est précisément là ce qu'il y aurait de déshonorant. Pour les anciens les mérites comme les défauts sont tout physiques. La honte , c'«st d'être faible , parce qu'on est exposé sans défense aux outrages. Hais on respecte l'homme fort, même sans énergie morale. Il DO faut pas se lasser de remarquer ces différences, sans lesquellâs on ne peut connaître l'antiquité et mesurer le progrés qui nous en distingue.
sée, et ce désintéressement entre pour beaucoup 4pns TadnDi ration sympathique que nous inspire le caractère d'Hector.
C'est toujours la même illusion. D'abord pourquoi ferait-il des reproches à Paris? C'est Jupiter, ce sont les dieux qui ont tout conduit. Si Hélène est à Troie, c'est Vénus qui l'y a amenée; si Paris a quitté le combat, c'est Yénus qui l'a enlevé; si la guerre a recommencé) c'est Minerve qui l'a voulu. Aussi Homère, loin de s'indigner de la lâcheté de Paris, semble-t-il avoir pour lui une sorte de prédilection. Il lui réserve ses plus brillantes et ses plus gracieuses comparaisons, âu moment même où Hector lui adresse les paroles que nous avons citées, Paris vient d'arriver en courant, escorté pour ainsi dire des sourires et des caresses du poète. Hector, non plus qu'Homère, ne songe à mépriser Paris, car ni l'un ni l'autre ne lui attribue ce qui a été fait; et si, à un autre moment, il semble lui adresser un reproché, ce n'est ni d'avoir amené Hélène à Troie, ni de la vouloir garder au prix peut-être de la ruine de sa patrie-, ni même d'avoir quitté le champ de bataille; c'est uniquement de rester trop longtemps loin du combat et de priver les Troyens du secours de ses armes. Ce n'est donc pas par délicatesse, par générosité chevaleresque qu'il ne lui reproche ni sa lâcheté, ni son égoïsme, ni sa passion, c'est simplement parce qu'il ne voit pas qu'il y ait là matière à un reproche. Mais il voit fort bien les dangers qui en peuvent résulter, et l'on serait moins tenté d'exalter la douceur et