‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 62 sur 159 · SENTIMENTS INSTINCTIFS · texte numérisé non relu

SENTIMENTS INSTINCTIFS

la patience d'Hector, si Ton se rappelait que dans le même chant, en parlant à sa mère, il dit de son frère Paris : « Je vais aller le trouver et tâcher de le ramener au combat, s'il veut écouter mes conseils. Puisse la terre l'engloutir ! Le roi de TOlympe ne lui a conservé la vie que pour en faire le plus cruel fléau des Troyens, la ruine de Priam et de ses fils. Puissé-je le voir descendre aux enfers ! Alors je pourrais dire que mon âme a oublié toutes ses souffrances. » Que devient ce frère affectueux que notre imagination aime à se représenter, en prenant pour prétexte quelques mots mal compris du poète grec ?

§ VI

La scène, pour nous si touchante, que nous appelons les adieux d'Hector et d'Andromaque , donne lieu à des observations analogues.

Est-elle bien dans Homère telle que nous l'admirons? J'ai peine à le croire, quand je vois que chez les Grecs les affections de famille étaient si peu développées. Sans doute, je ne prétends pas, comme on le répète trop souvent , qu'elles fussent presque entièrement méconnues. Ces affections sont trop naturelles pour n'être pas de tous les temps , surtout l'amour maternel , qui est un instinct plus encore qu'un sentiment. Mais c'est précisément parce qu'elles sont naturelles qu'il suffit presque d'en prononcer le nom pour nous émouvoir ; c'est assez que oous en trouvions quelques traits pour que nous donnions carrière à notre imagination. Ce-

pendant les sedUmeots suivent le ipMe progrès que

I ÎRlelligence* Tous les jours nous pouvons l'observer,

II y « d«s bomçaes au;c senUmçnts généreux , désinti^ ressé», dévoués, qui, dans leurs affections, ne voieftt c|ue Vobjet de Udffeotion, sans calcul çt sans retour vers eu>t-ménies ; mais ceiAX-là n'en gardent pas moins upe forte perspnj^alité ; ils jugent leurs amis ^ et ne le$ aimant qu'autant qu'ils les estiment, préférant leurs affections à leurs intérêts , et Içur conscience à leurç affectioBiS. Il y en a d'autres qui n'ont que de^ sentimçnls iQstiijLçlijÇs » comme ceux d& L'animal , qui s'attachent par le bien qu'on leur fait , par le besoin , par l'habitude , sans calcul aussi , mais sans choix, par hasard. Ces gens-là ne jugent pas, n'estiment pas, n'aiosent pas; leurs affections sont comme la km et la soif, fatales , aveugles. Leurs amis peuvent commettre des crimes; c'est la morale qu'ils trouveront coupable. Telles sont les amitiés dans la premiëre antiquité, telles soBt celles du sauvage, dévouées, mais sans vertu ^ pacoe qu'elle» sont san& conscience; tel est l'amour maternel dans \e& femmes qui ne corrigent pas par la lumière de L'intelligence la fatalité de la nature, et ne savent pas élever leur instinct à la hauteur d'un seolirr. mçnU U y a enfin une troisième classe de sentiments, métan^ singulier d'égoïsn^e et d'affecljoa iskstinctive. Telle est l'affection de la femme pour son mari ,^ dans, les premiers temps., Qà le genre humaia est plus près encore de l'égoïsme naïl, et où les ciroonatances le justifient. La femme des sociétés antiques, faible , igno-*

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