‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 63 sur 159 · SENTIMENTS INSTINCTIFS · texte numérisé non relu

SENTIMENTS INSTINCTIFS

rânte, exposée à tous les dangers, sans protection dans un temps oà la force seule prot^ , a besoin de son Hiari^ et, dans la plupart des cas, lorsque îà femme n'a plus de famille, le veuvage n'est qu'une mort anticipée, La iemme aime le mari qui lui assure une place dans la société ; elle Faime d'autant plus que son courage , sa force , son autorité lui fait cette place plus considérable et plus brillante. Cet amour a nécessairement quelque chose d'égoïste, puisqu'il se ramène à une pensée plus ou moins formelle d'intérêt personnel.

Nous trouvons dans Homère de frappants exemples du sort qui, à cette époque , attend la femme veuve et l'enfant orphelin. La persécntio» de Pénélope, les pièges tendus à Télémaque dans la demeure même de so» père, au milieu de nombreux serviteurs, sous les yeux de soa aïeul, trop vieux pour le défendre; l'impudence des prétendants installés dans sa propre maison, man*^ géant, buvant, dévorant son héritage, sous prétexte de forcer sa mère à choisir parmi eux un nouvel époux ; les dangers d'Ulysse à son retour chez lui, et les précautions infinies qu'il lui faut prendre pour rentrer en possession de sa femme , de son fils et de ses biens , parle massacre de ses ennemis qui sont ses concitoyens; tant d'autres traits semblables nous permettent de juger des périls qui menacent la femme sans mari et l'enfigini; sans père. Dans l'Iliade, ce mémetableau, plus abrégé, reste encore saisissant : « Tu vas dans les demeure» de l'enfer, s'écrie Andromaque en voyant le cadavre d'Hector traîné par Achille , tu descends sous les pro-

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fondeurs de la terre , et tu me laisses veuve dans ta maison, en proie à un deuil amer. Et cet enfant à qui, malheureux ! nous avons donné la vie , il ne sait pas encore parler; lu ne pourras plus protéger son enfance, Hector, ni lui ta vieillesse. Quand même il ne périrait pas dans cette funeste guerre, il n'a plus à attendre de l'avenir que des chagrins et des souffrances. Ses voisins déplaceront la borne de ses champs et le dépouilleront. Le jour qui fait un enfant orphelin le mot à la merci de tous. Il n'y a plus pour lui que des humiliations, et ses joues sont trempées de larmes. Manquant de tout, il va trouver les amis de ^n père. S'il en est un qui éprouve quelque pitié , il lui présente une coupe et lui permet d'y mouiller ses lèvres, mais pas assez. pour humecter son palais. Quelque enfant , fort de la présence de son père et de sa mère , le chasse de la table , le frappant de ses mains et l'accablant d'outrages : va-t'en d'ici , ton père ne mange plus avec nous. L'enfant s'en reviendra pleurant près de sa mère veuve, lui, Astyanax, qui auparavant, sur les genoux de son père, ne mangeait que la moelle et la blanche graisse des brebis. Quand le sommeil le prenait , et qu'il cessait de jouer, il dormait dans son lit , entre les bras de sa nourrice , sur une couche moelleuse, le cœur joyeux. Désormais, il n'aura plus qu'à souffrir, privé de son père, lui qu'on appelait Astyanax , parce que toi seul , Hector, tu défendais les portes et les murs élevés de la ville. » Ce triste tableau n'épuise pas tout ce qu'elle a à craindre. Comme elle le dira elle-même aux funérailles d'Hector,

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