‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 65 sur 159 · ÉGOÏSME INSTINCTIF · texte numérisé non relu

ÉGOÏSME INSTINCTIF

bâtie des Ciliciens, Thèbes aux portes élevées. H a tué Eetion, mais il n'a pas pris ses dépouilles; une crainte religieuse Ta retenu. Il a brûlé son cadavre avec ce qu'il possédait de plus précieux , et il lui a élevé un tombeau. Autour, des peupliers ont été plantés par les nymphes des montagnes , filles de Jupiter , qui tient régide. Les sept frères que j'avais dans la maison de mon père sont tous en un jour descendus aux enfers; tous ont été tués par le divin Achille aux pieds rapides, au milieu de leurs bœufs à la marche lente et de leurs blanches brebis. Ma mère, qui régnait au pied du Placos, couvert de forêts, a été amenée ici par Achille avec tout ce qu'elle possédait ; puis il lui a rendu la liberté moyennant une riche rançon. Mais Artémis l'a frappée de ses flèches dans la maison de son père. Hector , tu es maintenant mon père, et ma vénérable mère, et mon frère ; de plus, tu es mon florissant époux ; aie pitié , reste ici sur la tour pour ne pas rendre ton enfant orphelin et ta femme veuve. » Hector aussi prévoit bien que Ilion tombera , mais il ne veut pas , en évitant le danger, s'exposer aux reproches des Troyens. D'ailleurs nul ne peut échapper à son sort , et s'il doit mourir, il ne sera pas moins tué sur la tour que sur le champ de bataille. Cependant il songe aussi aux malheurs qui suivraient sa mort, pour ses concitoyens, pourHéxîube, pour Priam , pour ses frères; mais ce qui l'attriste le plus, c'est le sort réservé à Andromaque, s'il lui faut aller à Argos servir un maître étranger. On dira en la voyant passer pour aller puisçr

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l'eau à la fùtataine : La voilà donc cette Andromaquè , qui était si fière d'avoir pour mari Hector, le plus brave des guerriers qui combattaient souâ les muts d'Ilîon. Et ces paroles seront pour Andromaquè une nouvelle douleur, parce qu'elles ravivefont en elle le regret de n'avoir plus de mari pour la sauver de Tesclavage, — C'est cette crainte de l'abandon ou de !a servitude qui domine tout , et c'est celte' que nous oublions le plus volontiers, parce que nous n'avons pas appris à l'éprouver. Nous voulons à toute force trôUvei" des contemporains dans les personnages d'Homère. De là te préjugé érigé en dogme, que la nature humaine est immuable et que l'homme de tous les temps et de tous les pays est toujours l6 même homme. Rien de plus simple , si nous nous obstinons à n'y voir que notre figure, et si nous lisons l'histoire avec la prévention qu'elle n'est que notre miroir.

§ vn.

Quand on compare le texte réel d'Homère avec ce qu'en a fait l'admiration traditionnelle , il devient assez plaisant d'entendre tous les éloges que nous imaginons le plus naïvement du monde pour exaller nos contresens et nos propres inventions. Mais si les éloges sont plaisants, que dire des critiques moins débonnaires qui profitent de la permission qui semble accordée de parler d'Homère sans le comprendre, pour le cribler de leurs traits mordants , et lui faire la leçon à propos

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