‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 66 sur 159 · ERREURS DE LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

ERREURS DE LA CRITIQUE

des défauts qu'ils lui prêtent? Car il faûl bien remarquer que si on lui fait honneur des imaginations les plus bizarres, on ne s'est guère plus gêné pour lui reprocher les fautes les plus absurdes. Les uns ont trouvé moyen de tout louer, les autres, de tout dénigrer, et toujours en vertu du même principe. On a peine à se figurer l'assurance avec laquelle les plus ignorants jugent Tanliquité. Parmi les critiques les plus tranchants et les plus accrédités, un grand nombre se fient à des traductions inintelligentes , et croient sérieusement connaître Homère pour avoir lu quelque Bitaubé ; quelques-uns ont parcouru dans le texte les œuvres qu'ils louent ou qu'ils blâment; la plupart en ont entendu parler. Combien y en a-t-il qui les aient étudiées? Et parmi ceux-là , combien ont songé à se demander quel est réellement l'esprit de l'antiquité , à quel point précis est arrivé à cette époque le développement intellectuel de l'humanité, dans quelles circonstances et sous quelles influences se produit cette première civilisation grecque dont Homère nous a laissé le tableau ? On se figure trop qu'on peut impunément faire un choix parmi les œuvres de l'esprit. Les uns étudient les poètes sans s'inquiéter de philosophie , d'histoire ni de grammaire; d'autres rêvent sur Platon et Aristote, sans s'occuper du reste; ceux-ci ne connaissent que les grammairiens, ceux-là pensent n'avoir plus rien à apprendre de la Grèce quand ils ont lu Hérodote et Thucydide. Ce principe de la division du travail , appliqué à l'intelligence, a produit tout ce qu'il peut produir^e , la confu-

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sion et Terreur, des demi-vérités et des demî-men- Bonges , un chaos où tout disparait ou se contredit , et dont l'effet le plus certain est de glacer et d'énerver les ktnes en leur enlevant la foi et l'espérance de la lumière.

Nous avons tâché de montrer jusqu'à présent que nous prêtons à Homère un genre de poésie et des idées auxquelles il n'a pu songer. Je veux faire voir le plus brièvement possible que cette erreur a pour conséquence une autre erreur non moins grave, qui est de lui prêter des défauts qu'il n'a pas.

Je n'en veux prendre qu'un exemple. La critique a accusé Homère d'une partialité trop évidente pour les Grecs, dans deux circonstances importantes : d'abord quand Hector vient achever Patrocle déjà à demi-mort, ensuite quand ce même Hector, après avoir attendu Achille sous les murs de Troie, s'enfuit, saisi de frayeur à son aspect. On a voulu voir dans ces deux passages l'intention de rabaisser Hector au profit des Grecs. « Patrocle, dit un commentateur moderne, grand admirateur d'Homère, ne doit ses succès qu'à lui-même, et s'il meurt, il meurt tué après tout par la main d'un dieu, tandis qu'Hector ne fait ici que l'achever. Le poète semble, à dessein et pour faire plaisir à ses compatriotes, augmenter la gloire de Patrocle mourant, aux dépens de la valeur, je dirai presque de Thonneur d'Hector qui Timmole. » Le même commentateur dit à propos de la fuite d'Hector : « Homère est Grec , il veut plaire aux Grecs, flatter leur amour-propre natio-

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