‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 7 sur 159 · TI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

TI INTRODUCTION

la Ic^que ddùs le système de Platon ou dans oelai d'Àristote. Du moment que Ton se condamne à regar^ der toujours les mêmes objets, du même point de vue, il est bien difficile que l'on découvre des choseâ fort nouvelles. On se console alors de la monotonie du spectacle, en faisant de Timmobilitô le Caractère le plus essentiel de la vérité.

Aristote commence par rejeter toute cette fantasma-* gorie d'idées éternelles et créatrices, imaginées par Platon comme intermédiaires entre Dieu et le monde^ entre Tintelligence humaine et les choses. U comble Tabime creusé entre la matière et l'esprit. Dieu, la pensée pure et l'Etre par excellence, amène toutes choses à l'existence par une sorte d'attraction qui lui est propre, et qui donne à tout le mouvement et la vie. Les rapports de l'homme avec les choses s'établissent par des procédés analogues. Elles existent avec leur nature et leurs caractères propres. Ces caractères se communiquent de la chose à l'homme, comme l'être se communique de Dieu au monde. L'impression que j'éprouve en face d'un objet est une qualité de l'objet; l'idée que je conçois k sa vue en dérive et lui appartient également. Le spectacle qui m'effraie ne produit pas sur moi cet effet en vertu d'une certaine disposition de mon âme, qui pourrait être toute différente. Le spectacle est effrayant par luimême, c'est sa qualité propre; il ne cesserait pas d'être effrayant quand même il ne serait vu de personne. L'effroi que j'éprouve n'est qu'une contagk»

▲RISTOTE. VII

de Follet à moi* C'est ainsi que, dans la eroyanee antique^ la vue d'un crime rend oriminels teua Iqs q)ectdteurs« Le crime est dans l'acte, non dans Tagent, mais il se communique de Tacte à Tagenl, volontaire ou non. C'est en vertu de cette idée que l'acte criminel d'un seul homme, fùl-il même commis par lui à son insu, suffit pour le rendre coupable, et enveloppe dans la même culpabilité sa famille, sa ville, 3a pulrie tout entière. Il but qu'un acte contraire nnnule par son influence propre l'influence funeste du premier. L'homme souillé se purifie par des ablutions et des sacrifices. C'est le fond de toutes les doctrines religieuses et morales de l'antiquité. Platon, en apparence si différent d'Aristote quand il explique spéculativorment rorigine des idées dans l'homme, retoa)be, en religion et en morale, dans toutes les conséquences de la doctrine matérialiste, implicitement contenue dans les croyances vulgaires, et qu Aristote a exposée et systématisée si nettement.

La théorie aristotélique de l'origine des idées, tout aussi Causse que celle de Platon, avait au moins l'avaptage de ne pas faire intervenir dans la question un élément étranger, qui, sous prétexte d'explication» np disait qu'embarrasser le problème. Aussi, grâce à cette apparente simplicité, a-t-elle toujours été bien plus populaire que l'autre, Il semble en effet, à première vue, que ce soit celle que fournisse l'observation directe des fait?. Chez tous les peuples, c'est celle que consacre le lafligage. Partout on dit : un spectacle effrayant, une mu-

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sique agréable, comme si ces épithètes indiquaient des qualités réelles des choses. Les spiritualistes le disent, comme les matérialistes, non pas seulement pour obéir aux nécessités du langage, mais sans se douter que ces manières de parler supposent nécessairement la théorie à laquelle ils prétendent substituer la leur.

Du reste, au milieu de ces oppositions plus apparentes que réelles, et de ces confusions plus réelles qu'apparentes, les deux théories ont un point de départ commun. Toutes deux s'accordent à condamner l'homme à un rôle purement passif. Selon Platon, ce sont les idées, selon Aristote, ce sont les choses mêmes qui s'imposent à la connaissance. Soit que l'intelligence reçoive les notions des choses par l'intermédiaire de leurs types divins, soit qu'elle les doive à la contagion directe des objets, elle n'est jamais qu'un miroir qui réfléchit des images sans intervenir par elle-même dans leur formation. Elle ne fait que refléter ou l'objet ou l'idée, dont la notion lui est essentiellement étrangère. Par la même raison, cette notion est immuable et fatale; et puisqu'elle est impersonnelle, elle est par là même universelle et éternelle. Tout homme, en tout temps placé dans la même circonstance, devra recevoir la même impression, la même idée et porter le même jugement, puisque cette impression, cette idée, ce jugement ne sont pas son œuvre propre, mais un simple écho d'une même chose. De là, la nécessité de l'uniformité, imposée comme loi à tous les esprits, sous le nom de sens commun, le nombre des suffrages con-

SPIRITCAUSHE OFFICIEL. IJL

sidéré comme preuve de la vérité, le mépris des minorités, qui ne peuvent se refuser à la lumière que par une mauvaise foi haïssable; de là enfin, Tintolérance sous toutes ses formes, en religion, en politique, en morale, en littérature. Ces tristes conséquences sont trop clairement démontrées par toute l'histoire pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter.

§ni.

Cette croyance à la passivité de Tintelligence, asservie à toutes les influences du dehors et privée de la conscience de la véritable activité, est le fondement commun de toutes les philosophies objectives. J'appelle de ce nom, qu'on a eu tort de chercher à ridiculiser, puisqu'on n'a pas su le remplacer, toutes les doctrines matérialistes ou soi-disant spiritualistes qui ne reconnaissent comme réelles que les notions correspondant à des réalités extérieures, physiques ou métaphysiques, et qui ne veulent pas que l'intelligence humaine puisse concevoir ou créer des idées qui soient autre chose que le reflet d'objets ou d'êtres existant par eux-mêmes et hors de l'esprit de l'homme. Plutôt que de consentir à lui reconnaître ce pouvoir créateur, elles créent de leur propre autorité des entités métaphysiques, tout exprès pour les revêtir d'une existence imaginaire, qu'elles tiennent à faire passer pour réelle et indépendante de l'esprit qui les produit. Dans cette classe rentre tout système qui, appliquant aux idées les plus générales

X urntOMjGnoii.

et les plus abstraites les procédés philosophiques et les habitudes d'esprit des temps passés, £ail des principes des espèces d'êtres sui generis, des sortes d'émanations divines, analogues aux idées de Platon, vivant de leur vie propre, immuables, éternels, impersonnels.

Sur la question de l'origine des idées, la doctrine qui règne en ce moment sous le nom d'éclectisme ou de spiritualisme n'a rien ajouté aux théories de l'antiquité. Les modifications de forme qu'elle y a apportées ne changent rien au fond. Le point de vue est toujours le même : tout repose toujours, comme dans la théorie platonicienne, sur l'opposition de l'esprit et de la matière, et sur l'infériorité de celle-ci par rapport au premier. Mais, au milieu de ce grand mépris pour la matière, nos philosophes conservent toujours un grand faible pour les réalités extérieures. Il faut toujours qu'ils y réduisent les idées pour pouvoir en comprendre l'existence. Une existence purement intellectuelle leur fait peur; ils ne conçoivent pas que des principes ou des idées puissent être simplement produits par l'énergie créatrice de l'intelligence, et que, par conséquent, ils puissent varier dans des intelligences différentes, suivant le degré de développement où chacune d'elles est parvenue.

Lorsque cette école se fonda, elle annonça des prétentions psychologiques, qui pouvaient faire espérer que l'observation des faits intellectuels allait enfin nous faire sortir de l'impasse où nous avait engagés l'inexpérience des anciens. L'illusion ne fut pas longue. Au

ÉGLEGTIMIf XI

lieu de rompre résolument avec les méthodes couvain^ eues d'insuffisance, au lieu de se mettre à la poursuite de toutes les manifestations de Tesprit humain dans tous les temps et à tous les âges, au lieu de chercher des renseignements dans Tétude des religions, des langues, des civilisations de toutes les époques, depuis la première ébauche de la vie sauvage jusqu'au dernier développement de la vie civilisée, depuis Tenfanl jusqu'au vieillard, afin de pouvoir tout contrôler, tout comparer, M. Cousin a mieux aimé recommencer Texpérience qui avait si mal réussi à ses devanciers. Il s'est mis devant son miroir, dans l'espoir d'y trouver écrite l'histoire de l'esprit humain, 11 était facile de prévoir ce qui devait résulter d'une pareille manière de procéder. Au lieu d'une doctrine nouvelle, nous avons eu le portrait de M. Cousin, fort bien tracé sans doute et très ressemblant, mais fort insuffisant pour tenir lieu de la philosophie qu'on nous avait promise. Cette errreur était pardonnable aux époques précédentes. On n'avait encore aucune idée de la psychologie. La philosophie n'était qu'une sorte de géométrie , et consistait uniquement à déduire, avec plus ou moins de logique, les conséquences de principes considérés comme supérieurs et soustraits à l'examen. La gloire de Descartes est d'avoir trouvé un principe nouveau , puisé dans l'observation personnelle , et qui devait ouvrir à la philosophie une voie nouvelle , en substituant aux axiomes jusqu'alors reçus l'étude directe de l'àme. La fameuse formule : je pense, donc

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