‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 71 sur 159 · DC TALENT POÉTIQUE · texte numérisé non relu

DC TALENT POÉTIQUE

s'exprime au dehors d'une manière peu intelligible, elle n'aura aucune action sur les autres hommes. Or, comme nous jugeons nécessairement toutes choses par leur rapport à nous , le poète n'est poète à nos yeux que si , outre la faculté de sentir et d'être ému, il possède le talent de nous communiquer son émotion.

Or, ce talent est rare, parce qu'il repose sur un ensemble de conditions , de ménagements et de rapports très complexes , très nombreux , très variables d'une époque à l'autre.

La première condition, c'est que l'émotion soit dans l'âme du poète assez intense pour lui faire éprouver le besoin de s'exprimer au dehors , et en même temps assez précise pour pouvoir être reproduite par des traits reconnaissables. C'est là une chose très peu commune. En effet , tant que la passion nous domine, elle ne peut guère s'exprimer littérairement. Elle se manifeste alors surtout par le langage naturel, c'est-à-dire par le geste, par le mouvement du corps ^ par le regard,

qui sont condamnés à une existence loute physique ne peuventéchapper à ce besoin intérieur de la vie cérébrale. Ne pouvant, à cause de leur ignorance, trouver celte excitation dans la création et la combinaison des idées, ils la demandent aux agenls physiques, tels que le hatchich, Fopiuni, les boissons alcuoliquos. L'instruction, Taccession à la pro* priété, le bien-être , en développant la vie de famille et les affections qui en sont la suite, en créant des intérêts et des causes d'émotions intellectuelles, en donnant satisfaction par un autre côté à ce besoin d'action et de mouvement' intéiieur, peuvent seuls mettre un Urme au progrès de l'ivrognerie, qui est le vice spécial des classes pauvres, parce qu'elles sont plus spécialement que les autres condamnées à la vie purement physique.

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par 'la contratJtion du visage, par des paroles plus oti moins entrecoupées. Dans ce premier éclat, elle est trop vrve , trop tumultueuse , trop exclusive de toute autre éOOsidéralion qu'elle même pour songer à se raconter, à se traduire à des auditeurs. Le poète ne peint preî^qtfe jamais la passion que par 'Un 'retour vers le pa&^é; ce quîl reproduit ,b^est moins la passion même que Técho de la passion. 11 faut donc qu'il en retrouve dnns Ba^mémoire des -traces asse2 vivantes pour en pouvoir composer une peinture vraiment émue. Or, ce fait seul suppose line observation psychologique de ses propres impressions qui n'est pas fort ordinaire, car Tobservdlioft ^eulfe peut en conserver le 'retentissement avec assez de netteté pour que l'artiste puisse ensuite y retrouver les éléments de ses tableaux poétiques , soit qu'il décrive directement ses propres émotions, soit qu'il en aniraedes personnages imaginaire^.

Mais rien n'est pllis difficile que de conserver, et pour -ainsi dire de fixer sous son regard, d'une manière assez précise pour les pouvoir reproduire d'une manière intelligible à d'autres, les traits d'une émotion passée. On conçoit bien en gros la peinture d'une passion , parce que tout homme y a été plus ou moins exposé. Mais dès qu'oin veut peindre avec quelque netteté, tout fuit, tout échappe. L'imagination, qui se trouve chez tous les hommes, n'est pas chez tous assez puissante pour donner un cofps à ces vagues apercep— tiens de l'intelljgence. Tout le monde entend à première vue le mot beauté. Quand je dis run beau pay-

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