‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 74 sur 159 · DU TALENT POÉTIQUE. 24S · texte numérisé non relu

DU TALENT POÉTIQUE. 24S

éffîolion, puisée dans celk du poèta, ^ien que noû ealquée sur el]e, reste accorapagnée d'admiraiUoQ pcNuw le génie de Thoraipe dont rœttvpe a éxoilé notre sen-r sibilUé. C'est pour celia que Virnîtation trop, exacte dm impressions pureme&t éléooeBtaires , en nous faisant oublier 1% poète pour nous reporter uaîqiibecnent à nos prc^res souvenirs, ne saurait constituer une œuyre d'art. L'effet pourra en être puissant , vmB ce i>e seca pas de Fart , ce sera la reproduolion de ^ réalité ; 9e qui est bien différent , ooinme on peut s'en convaiacre par xm instant de réflexion. Quiconque a le sentiipent poétique et a lu Virgile se rappelle {|vec je ne sajs quel plaisir attendri la toucl\^nte description de la inort de Didon. En voyant périr cette malheureuse femme, victime de son amour , nous savons gré au poète de rémotion dont il nous a donné l'occasion ; nous éprouvons un plaisir profond à nous sentir remués , à voir naitre et se développer en nous , en même temps que l'admiration pour le poète , un vif sentiment de compassion pour la victime. Mais celle intervention du souvenir du poète est tellement nécessaire que, si nous supposons que la scène soit si parfaitement imitée que nous puissions nous croire en face d'un spectacle réel, au lieu d'un plaisir , nous n'éprouverons plus que de la répulsion. La sensation poignanle de la vue d'une femme se tuont vraiment sous nos yeux dominerait tout le r^le et nous frapperait d'une douloureuse épouvante. C'est là ce qui fait la distinction de l'émotion esthétique à l'émotion réelle. Si dope il ne faut pas

que le poète nous fatigue de sa personnalité et de son intervention , il ne faut pas non plus qu'il soit complètement absent de son œuvre* Or, c'est ce qui arriverait souvent dans la poésie antique , presque exclusivement bornée à la peinture des détails matériels, si, par habitude, nous ne transformions à notre propre image les poèmes de l'antiquité, et ne nous plaisions à réaliser en eux les progrès et l'émotion personnelle qui ne sont qu'en nous-mêmes.

Quant à la nature des impressions que réveille en nous une œuvre d'art, elle entre pour une grande part dans le jugement que nous portons sur le mérite du poète. On a beau dire, comme on Ta répété dans ces derniers temps, que la valeur morale des conceptions ne doit entrer pour rien dans l'appréciation des œuvres d'art, et que la seule chose à considérer est le degré de puissance manifesté par l'artiste; l'esprit ne peut accepter une pareille doctrine. On oublie que le caractère de la conception morale est aussi un signe de la puissance intellectuelle , qu'il est plus facile à un poète de créer un monstre qu'un honnête homme , et que l'expression des sentiments mauvais et vils n'est pas plus une preuve de supériorité dans l'art que dans la vie réelle. Tout être méchant est un être faible par quelque endroit, et, pour ma part, je n'ai jamais rencontré ces bonnes bêtes dont on parle. Une bonne bête n'est jamais qu'un imbécile qui n'a pas trouvé l'occasion d'être méchant.

Sans doute la peinture du vice peut être poétique.

Page 1