DE LA MORALE BANS LA POÉSIE
n y a de la poésie si Von veut dans la cousine Bette, dans la Marneff, dans le Vautrin de Balzac ; mais c'est une poésie inférieure comme \e caractère moral de ces personnages, comme celui même de Balzac. 11 a bien pu créer des types horribles, mais il a échoué toutes les fois qu'il a voulu peindre autre chose. Ses personnages vertueux ne sont que des mannequins, de pièces et de morceaux rapportés, et mal ajustés, à qui il n'a pu communiquer la vie et la sensibilité morale -qui lui manquaient à lui-même. Les grands et vrais poètes, tels que Shakespeare et Molière , ont su peindre les grands caractères aussi bien que les coquins, et c'est par là qu'ils sont vraiment grands.
Il y a autcmt d'arts divers qu'il y a d'étages, pour ainsi dire, dans le développement intellectuel. C'est ce qui explique qu'il puisse y avoir de Tart partout. Tout art est donc légitime, mais tout art n'est pas égal. « L'art est illimité, dit M. Maxime du Camp (<)... Les Japonais nous envoient des confitures de gingenabre dans des pots qui sont des objets d'art. Boule a fait des meubles qui sont des objets d'art. Parcourez le musée Bourbon à Naples; tous les ustensiles, coquemards, pincettes, flambeaux, boucles, casques, armes, trouvés à Pompeiî et à Herculanum, sont des objets d'art; les reliures de Pasdeloup, de Derôme, de Cape, de Beauzonnet sont des objets d'art; les
(I) De l'union des arls et de rindoslrie , Revue de Paris, 4*' juin 4857.
2iB DE LA POÉSIE MODBRKE.
Ikred des* Ebéviers 9dnt des ohjoM dTarl; ks hab^a de Damas soot dîes objeteid^ârt; lisez lés deicriptiens que M. Théophile Gauthier iàit des étofiés hkidouesv et voas verrez si ce sont des objeis d'art, » Eq effets tout oe qui exprime une puissance de Tâme et ee qui en rèveiUe le sentiment dans Tesprit du 9|)ectateur peut être revendiqué par Tart. Les obj<^ maléiriels pouvMt servir cke symbole à celte puissance peuvent donc être de» objets d'art. Mai6 plus est grande, généreuse, élevée la puissance doftt le symbole éveille le sentiment^ plos Tart lui-même est noble et admi^ rable. En un mot, la nf>esare du talent poétique est dans la mesure du dévdoppement intellectuel qu'il suppose chez le poêle, en même temps que sa valeur comme impression dépend de celui qu'il exige du lecteur pour être compris. S'il est vrai qu'il y a des différences et des degrés entre les diverses civilisalions qui ont régi les sociétés humaines , ainsi que dans la série des développements de chaque intelligence j il faut reconnaître que les arts et la poésie qui correspondent à chacune de ces civilisations et à chacun de ces degrés doivent être placés par la critique à des rangs différents. Par conséquent , plus l'idéal d'une société sera élevé, plus sera généreux et fécond le principe qui l'inspirera, plus aussi mériteront d'admiration la poésie et les arts qui en con tiendront l'expression. La critique de résistance aura beau lui opposer son banal engouement pour le passé, et sa superstition pour les règles d'un autre âge, elle