‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 77 sur 159 · POÉSIE DES SCIENCES. 2S · texte numérisé non relu

POÉSIE DES SCIENCES. 2S

chéance, c'est précisément le signe et la preove du progrès.

Voilà, ce me semble, comment devraient raisonner les gens qui , croyant au progrès , sont convaincus que la poésie dégénère^ et que cette décadence est un effet nécessaire du développement intellectuel.

Mais comment faire si Ton sent en soi-même je ne sais quel instinct poétique qui ne veut pas mourir , et qui , sans pouvoir répondre par des arguments aux arguments des critiques qui le condamnent ou qui le nient, ne peut cependant pas se laisser persuader qu'il n'existe pas? De toutes parts on accuse notre siècle d'être sans poésie et sans poètes; on nous crie qu'il n'y a plus que des chiffres; que notre poésie n'est que de la prose , et nos poètes des déclamateurs de rimes , indignes de prononcer le nom d'Homère. El pourtant chacun, s'il prêle l'oreille, entend au fond de son cœur une voix qui proleste, que le bruit peut couvrir, mais non pas étouffer.

On a beau dire que la science tue la poésie. N'est-il pas bien singulier que le progrès des sciences naturelles ait pour effet nécessaire de nous empêcher de comprendre et de sentir la nature? Que la connaissance des merveilles de la vie végétale nous rende insensibles au spectacle de la campagne? Que les montagnes et les vallées aient perdu leur poésie, depuis (jue la géologie,

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en nous apprenant à y retrouver les traces des convuK sions qui ont agité l'univers, nous donne le çpectaole <jl€6 créations successives, et en quelque sorte étend nop souvenirs aux premiers âges du noonde, en nous faisant contemporains des lenips où Thomme n'existait pas? Pouvons-noua penser que la découverte de cet ordre merveilleux, qui relie les astres à la terre el les fait nr)Quvoir dans une sublime harmonie, au milieu d'espaces sans fin, peuplés d'une multitude infinie de mondes et de soleils, nous empêche d'être aussi émus h la vue du ciel étoile que ne l'étaient les anciens en regardant ces qIous d'or qu'ils sa figuraient attachés à la voùtQ céleste? L'homme est-il devenu indifférent à l'homme depuis que l'àme humaine est le principl objet de son étude, et que nous consacrons tant d'efforte à pénétrer ces mystères que soupçonnait à peine l'antiquité? Alors, sur quoi donc se fonde cette çuriosi^, que rien ne peut rassasier, de psychologie intime et qui fait de la peinture des caractères, des sentiments et des passions l'unique intérêt de notre théâtre et du roman moderne? Dira-t-on qu'en étudiant les hommes, nous avons appris à les moins aimer? Qu'est-ce donc alors que ces sentiments nés d'hier, la charité, la tolérance, le respect de la femme, de l'enfant, de la vie humaine? La pitié même pour les animaux n'est-elle pas aussi un signe de ce temps? D'où vient enfin que tous les sentiments sympathiques, l'humanité, la com^ passion, les affections de famille, le dévouement, si rares dans la première antiquité, sont pour nous des

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