‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 87 sur 159 · ILLUSIONS PSYCHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

ILLUSIONS PSYCHOLOGIQUES

tion , le plaisir de vanité qu'ils y trouvent devient sa principale qualité. Pour la plupart, un roi est toujours grand , une reine toujours belle. Tout le monde connaît l'histoire de M""^ de Sévigné et de son admiration subite pour Eslher. Louis XIV l'avait invitée par faveur et lui avait parlé après la représentation. Cela suffit pour égaler Racine à Corneille. L'amour commence toujours par une métamorphose semblable; ainsi du reste que toutes les autres passions, et c'est par là surtout qu'elles échappent aux prises de l'intelligence et de la réflexion. Par là les hommes , les idées , les faits, se modifient avec nos dispositions. Tout pour nous se transforme à mesure que nous changeons.

Ce fait psychologique est d'une importance capitale en histoire. Celte tendance, en nous -substituant sans cesse nous-mêmes aux personnages de l'antiquité, nous empêche de les comprendre. Pour celui qui ne peut se réduire au rôle de témoin , l'histoire n'est qu'une lettre morte. Ne voyant dans tous les siècles que le même homme , qui est lui-même , il doit nécessairement traiter de chimère toute idée de progrès, si ce n'est peut-être dans les choses qui sont hors de l'homme. Mais alors qu'est-ce que le progrès dans les actes , si ce progrès ne va pas jusqu'à l'esprit d'où ils partent? Comment la cause étcmt immuable, l'esprit peut-il varier?

Cet épisode littéraire est un fait très important dans rhistoire du progrès. Il jette une vive lumière sur la question qui nous occupe. Elle était insoluble au xvn*

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siècle , parco qiw des deux parts on se trompait égale-* cpent $ur ta nature de la poésie et sur le vrai caradire de Tanliquité. Ni lea uns m 1e& autres ne se rendaient ooippie de cette puissance intime que nous appelons le progrès , et que nous trouvons dans Thîsrloire de tous les temps, mais déguisée sous les noms les plus envers et confondue avec les plus contraires éléments.

Ainsi donc, c'est toujours lui-même que Thomme voit autour de lui, sans- s'en douter, puisqu'il ne peut voir que ses propres impressions. Mais il Tignore. Il faut que nous nous étudiions longtemps nous-mêmes dans nos impressions élémentaire» avant de comprendra qu'elles ne sont pour noua que le point de départ de notre développeraient intellectuel, et qu'il n'y a de réel objet de connaissance pour l'homme que l'homme même, principe , centre et but de toute sa science. C'est ainsi que l'étude des œuvres des anciens est devenue à son tour pour nou& une occasion de développement , comme l'étude des premières impressions l'avait été pour eux-mêmes, et s» nous parvenons à distinguer nettement nos propres impressions de celles qu'expriment leurs œuvres, nous aurons accompli, à un degré supérieur, un progrès analogue à celui qu'a accompli l'humanité en se disrttnguant netlement de Un nature matérielle^

h me sembte maintenant facile de comprendre pourquoi la poésie antique est accessible à prosqite tous

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les esprits. Pui&que ces poèmes représentent un des premiers développements de T intelligence, et se prêtent par là à une série d'interprétations correspondantes à tous les degr^ du développement complet de Tâme , ils ne repoussent personne. Les moins intelligente s'y retrouvent comme ceux qui le sont le plus , et môme avec plus de raison. Cette grossièreté ()tte nous avons signalée dans les conceptions religieuses ou morales répond encore aujourd'hui à l'idée que se font bien des gens de Dieu et des devoirs de h vie ^ et ^ n'é^ taient les ndms et quelques détails^ plus d'un ne s'apercevrait guère qu'Homère était un païen. Ces modernes contemporains du vieux poète ne sont pas cependant ceux qui le goûtent le mieux , parce que le goût des arts suppose un développement plus complets Le paysan qui 4 dans la forêt de Ruysdaël ou dans lA prairie de P. Potier, reconnaît avec joie son bois ou son, champ, n'est pas cependant celui qui à la vue de ces deux chefs-d'œuvre éprouve la plus vive émotion . Gela lui plaît comme un portrait ressemblant , comme une photographie^ ou plutôt comme la vue de la chose elle-raéme. Ce qui constitue l'idée et la jouissance de Tart n'intervient pas. 11 faut donc pour être sensible à la peinture autre chose que de pouvoir juger dé le ressemblance f en poésie aussi. Il faut que notre déve^ loppement intellectuel nous permette de nous étevei* au-dessus des impressions purement élémentaires. C'est préeisémcfnt pour cela que la poésie d'Homère est podr nous autrement émouvante qu'elle ne pouvait l'être

pour ses coDlemporains, et même qu'elle ne peut Tétre aujourd'hui pour les hommes qui n'ont aucune pratique de Tantiquilé. Mais si un paysan ne peut pas éprouver une bien vive émotion en entendant lire Homère, il est certain qu'il en peut comprendre la suite , l'ensemble , et la plupart des détails , quand ils ne se rapportent pas à des coutumes absolument locales, tandis que la poésie moderne, soumise à la même épreuve, aurail nécessairement le désavantage. Nous verrons plus complètement dans la suite quelle en est la raison et quelles conclusions on en peut tirer.

En somme, la poésie primitive est le langage le plus simple , l'expression la plus directe et la plus concordante de la pensée des peuples enfants. Nous en faisons une poésie , parce que nous la voyons avec d'autres yeux que les contemporains, comme nous verrions, dans l'écriture primitive, l'hiéroglyphe, une suite de figures et de scènes merveilleuses, un art comme celui de la peinture , si chacune des figures, au lieu d'être marquée seulement d'un trait informe, était achevée et complète, comme dans la procession du Parthénon. Malgré toute cette perfection de forme , l'hiéroglyphe n'en serait pas moins une simple écriture, retraçant peut-être sous ces signes , poétiques pour nous , les plus vulgaires idées. Personne ne songff à croire que les premiers Egyptiens, pour n'avoir conçu dans le principe que des images matérielles et n'avoir su les exprimer que par une écriture figurative, aient fait en cela preuve d'imagination et de poésie. Tout le monde

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