‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 95 sur 159 · CRISE MORALE · texte numérisé non relu

CRISE MORALE

et philosophes, mainteDaBt unis, s'épuisaient en efforts inutiles pour animer cette torpeur. En vain la philosophie, celte infidèle servante de la religion, qui venait de battre sa maîtresse, désormais pleine de repentir, reprenait le collier du moyen -âge. Le spiritualisme moderne, religion mitigée de platonisme , qui se prend pour une philosophie parce qu'elle parle de la raison et croit faire du neuf en raccordant maladroitement deux' vieilles choses, ne satisfaisait ni les âmes qui voulaient être libres , ni celles qui voulaient être soumises. En vain , dans ses conciliations forcées , il confondait les éléments les plus contradictoires, et plaçait ce qu'il prenait pour la liberté et le progrès sur la base de Taulorilé et de la tradition; en vain il transformait les conséquences, en gardant les principes plus ou moins déguisés. Ces principes à leur tour lui imposaient, malgré qu'il en eût , les conséquences qu'il avait cru répudier. Ce n'était pas là que pouvait se reposer la foi de ceux à qui les dogmes révélés ne suffisaient plus. Alors commencèrent à se dérouler les péripéties de ce drame moral auquel nous venons d'assister. Quelques-uns , en petit nombre , ont continué l'œuvre du xviu* siècle et ont marché sans hésiter sur un terrain nouveau à la conquête des principes de Uberté qu'ils croyaient entrevoir dans l'avenir. Ils se sont engagés dans des voies non frayées , sans s'inquiéter de savoir s'ils faisaient partie d'un troupeau, ne croyant pas que la vérité dût être moins vraie dans une âme que dans mille. D'autres, effrayés de cet isolement, se sont

rejetés au fond du sanctuaire un moment abandonné , redemandant aux antiques croyances de la foule ud appui qu'ils n'espéraient plus trouver dans leur intelligence ; ils se sont empressés d'abdiquer une indépendance dont ils ne savaient que faire , heureux de se délivrer du soin de penser et de se conduire euxmêmes.

La plupart , se faisant de leurs erreurs passées un argument contre toute vérité et toute foi, peu soucieux de doctrines et d'idées, se crurent arrivés au but, parce qu'ils avaient fait quelques pas. Ils s'y arrêtèrent et s'établirent à la première étape. Sans principes ni religieux ni philosophiques , sans autre intérêt que les intérêts matériels, ils ne songèrent qu'à vivre et à s'enrichir. Le progrès pour eux se borna à la cx)nquéle du bien-être et des jouissances. L'existence matérielle prit un développement jusqu'alors inconnu. Les sciences et les arts de l'industrie envahirent le monde; les découvertes se multiplièrent , et l'homme bientôt se vil presque maître de la nature entière.

Mais ce triomphe ne suffit pas à l'intelligence, désormais élevée au-dessus de la vie matérielle. Elle peut se laisser détourner et séduire un temps; mais plus elle avance dans la voie du progrès , plus aussi elle prend conscience de celle force progressive qui crée en elle l'idéal et le tient devant ses yeux comme le but de tous ses efforts. Or, l'idéal ne peut se satisrfaire du progrès des arts de la matière; il embrasse l'homme tout entier , et ratltre tout entier vers une

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