PR00RÈ8 INCESSANT DE L*INTELLIGENCE
En somme, nous imposons à la poésie antique Tana* lyse mê^ que nous reprochons à nos poètes. Seulement, celte analyse incomplète, en négligeant toutes les nuances, ne conserve qu'un nombre fort restreint de contours bien arrêtés et facilement intelligibles à tous, par cela seul que chacun les multiplie ou les simplifie au gré de son intelligence; et comme en réalité les traits principaux du poète se réduisent aux impressions qui nous sont devenues les plus familières, nous sommes tout naturellement amenés à y trouver une simplicité que nous refusons à la peinture des impressions en réalité plus nettes, mais plus multiples et plus profondes de la poésie moderne.
Du reste, il faut bien comprendre que la poésie, par cela même qu'elle exprime et résume Tâme tout entière, ne peut jamais arriver à une précision scientifique. L'homme est sans cesse dans un état de transition, puisqu'il est toujours en progrès. Quoiqu'il fasse et avec quelque netteté qu'il analyse sa pensée, il tient par mille liens au passé, au présent, à l'avenir, et ces trois moments de notre développement intellectuel se retrouvent dans une certaine mesure dans chaque moment ; cela est vrai des sciences comme de la poésie,
delà mère. Ses impressions, ppu variées, peu nombreuses, se résument pour nous en quelques traits précis et profonds, qui sont à nos yeux le résumé de ces affections. Si à l'époque d'Homère elles avaient pu être comprises avec cette profondeur, comment expliquer que, longtemps encore après lui , dans des temps où la pensée est commune , des législations et des sociétés aient pu, parmi ses concitoyens, sq fonder sur le mépris et la négation de ces sentiments?
des idées ccmfime des sentiments. Seuleaient, les modernes aocontiplissent ce mouvement compAxe dans une sphère plus élevée. La sphère où se mouvait la pensée antique nous parait plus lumineuse, parce que nous Pavons dépassée. Placés au-dessus d'elle, nous Tembrassons plus facilement d'un regard, grâce à une plus grande expérience des choses et des sentiments dont sMnspiraient les anciens. Mais il en était tout autrement pour eux.
NonHseulement nous voyons plus clairement dans leur pensée qu'ils ne le pouvaient faire, mais nous nous connaissons nous-mêmes bien mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes. Noas savons distinguer ce que nous comprenons mieux de ce que nous comprenons moins. Pour eux, tout était égal. Notre pensée est devenue en quelque sorte un instrument de précision, dont nous savons et voulons nous servir. Les anciens, dans le monde obscur de l'instinct, acceptent pêlemêle toutes les impressions, sans s'inquiéter de les distinguer, de les approfondir, de les concilier. Ce travail logique s'opère bien en eux, mais à leur insu et avec moins de puissance, par cela seul qu'ils n'y interviennent pas. Tout flotte dans leur pensée, et les influences extérieures seules déterminent la prédominance des idées et des sentiments les uns sur les autres. L'histoire et la géographie sont le commentaire indispensable de cette poésie, où l'homme ne vit que par le dehors. Le progrès consiste précisément dans la substitution de la personnalité à cette passivité. Main-
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tenant commencent les temps où l'homme, vraiment maître de la nature, n'en reçoit les impressions que pour les transformer, et où le monde extérieur, de tyran, devient instrument. Si nous prenions un à un chacun de nos sentiments, chacune de nos idées, il serait facile de montrer combien la pensée moderne, plus divisée par l'analyse et plus profonde, est en même temps plus nette et plus simple par l'exacte distinction de ses éléments harmonieusement subordonnés les uns aux autres, que ne pouvait l'être pour les anciens l'obscure complexité de leur esprit. Sans doute ils s'en embarrassaient peu, parce qu'ils n'étaient pas encore arrivés au point d'éprouver le besoin de se rendre un compte exact de leurs idées. Mais l'ignorance n'a jamais passé dans un homme pour une preuve de la netteté de son intelligence. Autant dire que celle de Tenfent est plus simple que la nôtre, parce que tout y est pêlemêle et confus. Qu'est-ce que Dieu pour Homère? Sans doute son principal attribut c'est la force; mais c'est nous qui, en dégageant Télément principal de tous ceux qui l'enveloppent, le ramenons à cette simplicité. Il se mêle à sa conception bien d'autres nuances qu'il nous est difficile de préciser. Quelle est la limite de sa force? Quel est le rapport de la puissance des dieux entre eux? Dans quelle mesure se confond avec la puissance divine cette fatalité des choses, qui nulle part ne se détermine et qui se retrouve partout? Tous ces problèmes des religions antiques, si souvent agités, ne sont pas même encore aujourd'hui résolus^ grâce à
rimpossibililétJe trouver quelque chose de précis dans leurs conceptions; et ils ne peuvent pas se résoudre, parce qu'il faudrait, pour qu'une solution fût possible, leur attribuer une netteté qu'elles ne sauraient avoir. Et ces dieux si obscurs, quel est au juste le sentiment qui y rattache l'humanité? Sans doute encore, c'est surtout la crainte, mais ce n'est pas la crainte seule. Elle aussi se complique de mille éléments obscurs et confus, comme les êtres mêmes qui l'inspirent. Les sentiments qui unissent les hommes sont-ils égoïstes ou sympathiques? Sont-ce des affections réelles ou des intérêts? C'est l'un et l'autre et ce n'est ni l'un ni l'autre. Egoïsme et sympathie, instinct et calcul, tout cela y contribue dans' des proportions inégales et variables qui ne se peuvent déterminer. Partout la complexité, partout la confusion. C'est là pourtant ce qu'on nous donne pour la simplicité, parce qu'on s'arrête à la surface et aux traits dominants.
Dans notre poésie moderne, les idées sont plus nombreuses et plus profondes , les sentiments plus exaltés et plus divers; mais les unes sont plus précises, et les autres mieux déterminées. L'analyse a partout porté sa lumière. Chaque sentiment, comme chaque idée, s'est multiplié pour ainsi dire lui-même , par le développement de ces germes indécis que nous méconnaissons dans la poésie antique. Mais à leur tour chacun de ces sentiments si nombreux se diversifie par des nuances nouvelles , indécises aussi , mais non pas obscures et inaperçues, que nos poètes y ajoutent, parce