‹ Le progrès; ou, Des destinées de l'humanité sur la terreChapitre 15 sur 21 · SCIENCES PHYSIQUES · texte numérisé non relu

SCIENCES PHYSIQUES

Dans le déroulement successif des divers enseignements de la géométrie, nous avons vu la raison humaine dans ses inspirations les plus étonnantes et les plus hautes; mais nous l'avons surprise aussi dans toute sa faiblesse et dans ses plus humiliantes aberrations. La voilà donc, pieds et mains liés , sommeillant au sein d'inconcevable chimère, cette brillante directrice de l'homme, cette dominatrice du monde! Elle s'égare comme irrésistiblement; des écarts signalent partout ses pas; elle ne se relève un moment que pour chanceler bientôt et se précipiter plus fatalement; les rayons de sa gloire pâlissent dans une ombre immense : après de telles leçons, hélas {quelle démence de se croire des droits à l'orgueil!

Se traîner péniblement de conception en conception, est en elle le signe initial de la force, et le premier bienfait du temps; mais quand prendra-t-elle un vol hardi? quand s'élèvera-t-elle sur des ailes victorieuses dans de sublimes régions? Déjà commencent les illusions flétrissantes et un enchaînement de chutes les plus graves, sans aucune ga-

rantie contre des délires nouveaux! Tout atteste que rien n'est plus vain que l'esprit de l'homme abandonné à luimême; que sa grandeur est attachée à la condition de la coopération indispensable des sens, quoique leur souverain, et qu'il a besoin, dans ces altérantes fragilités, de l'appui le plus puissant.

On se lasse de frapper ; en faisant de nouveau irruption dans le domaine des sciences physiques, la nouvelle doctrine philosophique ne relèvera pas encore toutes les erreurs qui resteraient à signaler au progrès; d'autres, inspirés par des oracles plus fidèles que ceux qui jusqu'ici ont égaré l'esprit de l'homme et ont fait sombrer sa nef légère sur un océan profondément agité par des souffles contraires, achèveront, pleins d'une vigueur inépuisée, cette grande et belle tâche : peut-on se prévaloir d'une opulence glorieuse, quand une partie imposante des richesses que l'on étale ne consiste qu'en une fausse monnaie, qu'en des valeurs imaginaires? Voulez-vous donc, les enseignes flottantes d'une régénération sérieuse à la main , dévorer éternellement l'illusion , et vous parer avec une fierté misérable de l'éclat de vos fictifs trophées?

ARTICLE 1er.

La lumière qui émane du soleil vient-elle d'une atmosphère de gaz en combustion qui entourerait cet astre? etc.

On a découvert que quand la lumière naturelle tombe sur une lame de verre, sous un angle de 35° 25', elle éprouve une altération profonde, que l'on est convenu

d'appeler polarisation , et qui lui imprime ces remarquables propriétés : 1° Qu'en tombant sur une seconde lame de verre, sous le même angle de 35° 25', elle ne se réfléchit plus en certain cas ; 2° Qu'en tombant perpendiculairement sur une plaque de tourmaline, elle s'y éteint, lorsque l'axe de celte plaque est parallèle au plan de réflexion du faisceau lumineux; 3° Qu'en traversant un prisme biréfringeant, elle ne donne qu'une image au lieu des deux images ordinaires, lorsque la principale section de ce prisme est parallèle ou perpendiculaire au plan de réflexion du rayon lumineux. On a constaté plus tard que la lumière qui jaillit de substances solides ou liquides, livrées à la combustion, est naturellement polarisée: et que celle qui vient de gaz en déflagration demeure intacte. Le célèbre Arago s'étant assuré, à l'aide d'un instrument de son invention , appelé polariscope , que la lumière qui descend du soleil et des autres astres fixes, vers nous, n'a point subi de transformation, en a conclu : Que celte lumière est produite par des almospbères de gaz qui envelopperaient noire soleil et les autres astres analogues semés dans l'espace. La science, fière d'une si haute conquôle, Ta consignée dans ses fastes comme une des vérités qui contribue le plus à relever sa gloire. Mais pour que la philosophie pût souscrire à ces honorables suffrages, il faudrait qu'il fût permis de conclure de ce qui se passe sur la terre à ce qui doit nécessairement se passer dans les cieux; or, tant s'en faut qu'il en soit ainsi : les lois de la nature varient étonnamment d'un ordre d'objet à un ordre différent , d'une nuance même de circonstance à une autre; si nous étions autorisés à juger, d'après ce que nous voyons se

réaliser sur notre globe, à ce qui doit s'accomplir inévitablement dans les diverses régions du ciel, il faudrait admettre que la planète de Mercure, en proie à une température de onze cents degrés, est nue, calcinée et inhabitable ; que Pluton, plus rapproché du Soleil de six à sept millions de lieues, n'est qu'un monceau de cendres encore plus désolé; que le Soleil lui-même, soumis à des feux deux cent mille fois plus dévorants que ceux qu'il nous envoie, terme moyen, n'est qu'un amas de gaz prodigieusement raréfiés, ou qu'il ne saurait subsister et devrait se vaporiser et s'évanouir dans l'infinité de l'espace; qu'Uranus, à près de sept cents millions de lieues du Soleil, que Neptune, distant de plus d'un milliard de lieues de ce foyer de notre chaleur et de noire lumière, sont à pérennité glacés, stériles, dépourvus de tout habitant, et que les lunes d'Uranus ne sont là que pour éclairer d'affreux déserts. Les lois delà nature sont donc loin d'être les mêmes sur tous les points des deux: la logique légitime n'autorise donc point à conclure des phénomènes particuliers de notre globe à ceux qui doivent se développer sur les autres planètes; les idées d'absolu, de nécessaire, d'immuable, seraient ici des sources des plus étranges chimères. Les matières solides et liquides en combustion sur notre monde pourraient donc très-bien donner une lumière polarisée, et produire un effet tout différent sur les soleils qui étincellent dans l'immensité; les gaz, l'électricité seule, sur notre sphère, ne dégagent qu'une lumière faible, et il est besoin de leur associer quelque substance solide pour rendre leurs rayons plus éclatants; on pourrait donc, au contraire, conjecturer, d'après ces lois, que la lumière de

notre soleil et celie des autres astres lixes n'est point due à une atmosphère de gaz en combustion, mais à un océan de matière liquide ou en fusion, entretenu dans un état éternel d'incandescence par des actions et réactions électriques; les ressources du Créateur sont infinies, et nous voyons partout que , pour faire ressortir davantage son intervention merveilleuse, il choisit, pour parvenir à ses fins, des moyens qui, d'après les propriétés naturelles des choses, devraient produire des effets tout contraires; c'est ainsi qu'il donne naissance à l'eau, qui éteint le feu, avec deux parties d'hydrogène et une partie d'oxigène, gaz éminemment combustibles ; c'est ainsi que l'argent combiné avec le platine , métal plus mou , acquiert une dureté plus considérable; que des parcelles d'argent, unies avec l'acier, détermine un bronze très-dur; qu'un centième d'aluminium, métal qui n'a que la consistance de l'argent, produit avec le fer un mélange d'une résistance beaucoup plus grande; le gaz protoxide d'azote, réduit, sous une pression de quarante-trois atmosphères, à une température de dix à onze, à l'état liquide, et mêlé à de l'acide sulfureux, descend au froid le plus intense que l'homme puisse produire, à quatre-vingt-huit degrés au-dessous de zéro, et dégage cependant, avec cette température glaciale, sur un charbon allumé, la plus vive chaleur que l'homme puisse faire éclore, celle de deux mille degrés environ; il serait donc possible que ce brûlant soleil , qui nous consume dans les beaux jours, à une distance de près de quarante millions de lieues, ne fut entouré que d'un liquide du froid le plus glacé, qui dégagerait à sa surface la plus prodigieuse chaleur, sous les influences électriques que nous

avons dénommées. Si notre atmosphère élait uniquement composée de gaz inflammables, et qu'un incendie s'y déclarât, elle serait en quelques heures anéantie, convertie en vapeur ou en d'autres gaz insolitement raréfiés, qui se précipiteraient dans l'espace; au cas donc qu'une atmosphère semblable environnât le soleil, et qu'elle fût abandonnée tout à coup à une conflagration générale, tout serait consumé en moins de quelques jours, d'après les lois de combustion des gaz qui nous sont connus, et une éternelle nuit succéderait à une si courte durée de chaleur et d'irradiation lumineuse.

Ne sait-on pas la variabilité extraordinaire des lois parliculières de l'électricité? La lumière elle-même ne présente-t-elle pas la plus surprenante mutabilité dans ses lois de réfraction, de réflexion, de transmutation , de coloration, d'obscurcissement, etc.? La lumière des étoiles fixes rapetisse ces grands corps dans les télescopes, tandis que la lumière ordinaire grossit les siens. La lumière de toutes les sources a-t-elle la même vitesse généralement? Celle qui émane d'un même foyer ardent, par exemple du soleil , a-t-elle une vitesse identique à toutes les distances et à tous les points de sa propagation, invariablement? La théorie, à défaut des faits, semble prononcer la négative; car dans le système des ondulations, qui du reste est inadmissible, la totalité des faits étant confrontée, une onde qui surgit ne détermine-t-elle pas d'autres ondes de plus en plus amples, de plus en plus grandissant; le mouvement de ces molécules se communique donc à des molécules de plus en plus nombreuses, et, par cette division, doit diminuer d'intensité, par là même de vitesse; et dans

le système de l'émission , des rayons lumineux se croisent en tous sens dans tous les points de l'espace : tandis que les uns vont de l'occident à l'est, d'autres s'élancent dans un sens contraire; tandis que les uns vont du nord au sud, d'autres se portent dans une direction opposée; or, quand deux rayons lumineux animés d'une vitesse différente vont dans des sens diamétralement opposés, ils s'obscurcissent ou s'anéantissent même ; les rayons lumineux exercent donc les uns sur les autres une action positive; il est donc très-possible et même vraisemblable que, lorsqu'ils s'élancent avec une même vitesse, mais dans une direction opposée, ils se retardent dans leurs mouvements. Les planètes ont-elles une action attractive et répulsive sur les rayons solaires? Existe-t-il des corps individuels qui exercent sur la lumière une action attractive, puis répulsive, quand leur électricité moléculaire s'est combinée avec la sienne? existe-t-il des corps qui n'exercent sur elle qu'une action répulsive; d'autres, qu'une action attractive? Les corps noirs ne doivent-ils pas cette teinte à ce qu'ils jouissent d'une plus grande puissance attractive sur la lumière, et qu'il se combine avec elle? Lorsqu'un rayon lumineux traversant des corps solides ou liquides se ralentit, ce relard ne dépend-il point de l'attraction moléculaire de ces milieux transparents sur lui? Et quand son mouvement est accéléré dans une masse d'eau qui se meut dans le même sens que lui, et qu'il est retardé dans le cas contraire, ces effets ne reconnaissent-ils point toujours la même cause? Un miroir en mouvement n'influet-il pas puissamment sur la vitesse de la molécule lumineuse? Est-il bien vrai que, dans ce cas, la déviation de

la lumière soit égale à sa vitesse naturelle? n'est-ce point là une pure hypothèse, et non une vérité démontrée scientifiquement, pour ne rien dire de plus? Des roues en mouvement n'ont-elles pas aussi leur part de causalité dans l'altération du mouvement du faisceau lumineux? Mais les expérimentations de MM. Fizeau et Foucault ont donné des résultats très-différents : la lumière, d'après celle de M. Fizeau, ne parconrerait que soixante-quatre mille lieues par seconde, et, d'après M. Foucault, sa vitesse serait de septante-qualre miile sept cent cinquante lieues dans le môme temps; il est donc incontestable que la lumière subit une altération de mouvement dans les épreuves de l'un ou de l'autre de ces deux savants expérimentateurs ; il est plus probable qu'elle se trouve altérée par les moyens d'expérimentation de tous les deux, quoique ces moyens, par les conceptions ingénieuses qu'ils supposent, fassent le plus grand honneur à la sagacité de leurs auteurs. Figurez-vous, dans un des appartements élevés de l'habitation de M. Fizeau, à Suresne, une roue d'une grande dimension , portant à sa circonférence cinq cents vides et cinq cents pleins ou dents : en tout mille parties d'une largeur parfaitement égale; quand la roue fait un tour par seconde, elle parcourt donc, dans un millième de seconde, une portion de l'espace égale à un de ses vides ou à un de ses pleins ou dents; et quand elle fait quinze tours par seconde, elle parcourt, en quinze fois moins de temps, ou dans un quinze-millième de seconde, une portion de l'espace égale à un de ses vides ou à un de ses pleins; par conséquent, si un rayon lumineux qui a passé par un de ces vides, peut, après être allé se réfléchir à

une certaine dislance, sur un miroir concave, retourner à la roue en un quinze-millième de seconde, il pourra repasser par le même vide, parce que celui-ci ne sera pas totalement, déplacé, dès qu'il met un quinze-millième de seconde intégralement à effectuer ce déplacement absolu; c'est là le phénomène admirable de la belle expérience de M. Fizeau : un faisceau de lumière émanant d'une lampe, et ensuite concentré et isolé, passe par un des vides de la grande roue décrite, se rend à Montmartre, où il est réfléchi par un miroir concave, revient à la roue en moins d'un quinze-millième de seconde, s'élance de nouveau par le même vide, qui n'a point encore fait place à un plein, et va se révéler à l'œil de l'observateur : lorsque la roue tourne un peu plus vite, le rayon lumineux, à son retour, trouve un plein dans la roue, et il est éclipsé; mais si la roue a une vitesse double, le vide par lequel la lumière a passé a fait un tour quand la lumière a accompli son trajet, et, se retrouvant exactement dans la même position, il lui livre de nouveau passage; quand la raison succombe dans de si nobles efforts, elle donne encore un signe de sa puissance, et une preuve de la hauteur de son origine. Qui eût pensé que l'homme pourrait mesurer avec rigueur, je ne dis point un quinze-millième de seconde, mais un trente-millième, mais un soixante-millième de seconde; car on peut faire exécuter soixante tours au moins à la roue par seconde. Un membre de l'Institut, qui, dans un ouvrage classique, rend compte, avec son langage ordinaire d'obscurantisme, des expérimentations que nous mentionnons en passant, dit que « M. Fizeau avait résolu avant M. Foucault le problème de la vitesse de la lumière

sur la terre. » Le double trajet de Suresne à Montmartre, et de Montmartre à Suresne, étant de quatre lieues et un quart, et la lumière, dans l'expérience de M. Fizeau, n'ayant pu parcourir ces quatre lieues et un quart que dans un quinze-millième de seconde, sa vitesse n'est évidemment que de soixante quatre mille lieues à peu près par seconde; M. Foucault lui trouvant une rapidité d'essor de soixante-quatorze mille sept cent cinquante lieues dans le même intervalle de temps, ces résultats incompatibles paraissent donc une solution également bonne du problème à l'habile écrivain ! Que dites-vous de ce jugement académique? Ce qui est indubitable, c'est que la question n'est nullement résolue, parce qu'on n'a point comparé entre eux, pour les évaluer, tous les détails des expériences, ou parce que l'on n'a point apprécié démonstralivement l'influence précise des divers moyens des expérimentations sur l'altération du mouvement de la lumière; la distance du soleil à la terre est encore moins définitivement établie d'après la vitesse de la lumière, traduite par ces faits récents, puisqu'on n'a point mis hors de doute l'uniformité du mouvement de la lumière sortie du soleil, dans tous les points de sa course et à toutes les distances de son point de départ; notre époque s'est signalée par des expériences brillantes, mais qui l'ont souvent conduite à l'erreur, parce qu'elle ne sait point suffisamment les raisonner, et qu'elle est trop peu philosophe, en dépit du ton décidé des prétentions contraires qu'elle affiche ! On sait que lorsque des rayons lumineux passent près des bords d'un corps, les uns en sont attirés et se portent dans l'ombre de ce corps, que les autres en sont repoussés et se dirigent en

dehors de l'ombre; il est donc indubitable que les corps exercent une force d'attraction sur la lumière, et peuvent en retarder le mouvement. L'expérience de M. Fizeau sur la vitesse du rayon lumineux, différant, pour les résultats, de dix mille lieues par seconde de celle de M. Foucault, il faut bien que l'essor de la lumière soit retardé par les moyens mis en œuvre, c'est-à-dire qu'il soit ralenti par l'attraction des corps avec lesquels le rayon de lumière est mis en rapport, ou par les surfaces sur lesquelles il se réfléchit, par les lentilles qu'il traverse, par le vide de la roue tournant rapidement par lequel il passe, et qui peut être considéré comme un milieu réfringeant; et par l'attraction que les rayons de l'aller et les rayons du retour exercent les uns sur les autres; mais, dans l'expérience de M. Foucault, il y a aussi des réflexions et des réfractions de lumière, seulement moitié moins nombreuses; il y a également deux courants lumineux opposés, mais dont le trajet n'est que de quelques mètres, tandis que celui de l'expérience de Suresne est de dix-sept mille mètres; celle influence , toutefois, étant incomparablement moindre, il faudrait admettre que, dans l'expérimentation de M. Foucault, la lumière est encore retardée de sept à huit mille lieues par seconde; que la vitesse de la lumière, conséquemment, est plus grande qu'on ne le suppose, et que l'éloignemenl du soleil, de nous, est plus considérable encore; conjecture que confirmerait la difficulté qu'a éprouvée la science des plus habiles, pour déterminer sa parallaxe. On conçoit que les réflexions et les réfractions lumineuses de l'observation de M. Fizeau, n'étant que d'un nombre double de celle de l'expérimentation de

M. Foucault, doivent, par leurs moitiés, occasionner les dix raille lieues de retard par seconde de plus que celle de M. Foucault.

ARTICLE IL

S'il est vrai que le rayon vecteur de la terre parcourt des aires égales dans des temps égaux ?

On entend, par le rayon vecteur de la terre, une ligne droite qui, du centre du soleil, se rendrait au centre de notre planète cheminant, dans sa courbe eliiptiqne, autour de son centre de révolution. Kepler, avant la découverte si importante du télescope par Galilée, avait constaté que le rayon vecteur de la terre, élancé dans son orbite, décrit des portions de surface égales dans des temps égaux; que, quand le mouvement de la terre est plus rapide, les portions de surface que parcourt son rayon vecteur sont plus nombreuses, mais plus courtes : que, lorsque son mouvement se ralentit, les espaces parcourus par son rayon vecteur deviennent plus longs, mais diminuent en nombre dans une exacte proportion; qu'ainsi, toujours les aires décrites se trouvent égales dans des intervalles de temps égaux : ces étonnantes lois ont fait Fadmiralion de l'astronomie, et sont certainement de beaux reflets du génie de Kepler; mais, pour qu'elles fussent complètement justes, il serait nécessaire que l'automne et la saison de l'hiver, qui se partagent par moitié la petite portion de l'ellipse de notre planète, fussent d'une durée égale; que le printemps et l'été, qui embrassent chacun une moitié

de la grande portion de la courbe allongée de la terre, fussent pareillement d'une égale étendue: or, ces conditions indispensables se trouvent notablement en défaut; car l'automne compte quatre-vingt-neuf jours dix-sept heures de durée, et le printemps quatre-vingt-neuf jours une heure et quelques minutes; notre planète, l'automne expiré, conservant la vitesse acquise par sa plus grande proximité du soleil, parcourt en moins de temps la seconde moitié de la courte portion de l'ellipse de notre globe, et laisse aux hivers moins de longueur. Le printemps compte nonante-deux jours vingt et une heures et quelques minutes; et la saison de l'été nonanle-trois jours des heures et des minutes dans sa révolution ; le sphéroïde terrestre ayant peu à peu ralenti son mouvement en s'éloignant du soleil, maintient celte lenteur en traversant les beaux jours, et prolonge très-sensiblement cette partie de l'année. Il demeure donc évident que la terre, parcourant dans des temps inégaux les quatre portions égales de sa courbe autour de son centre de circonvolution, le soleil, son rayon vecteur ne décrit pas des aires égales ou des portions de surface d'une valeur équivalente dans des temps égaux.

article m.

Des courbes elliptiques que les planètes décrivent autour du soleil.

Il nous serait impossible, dans nos tentatives les plus savamment calculées, si ce n'est par un système de rouages et de ressorts combinés, de faire parcourir à un corps une

courbe elliptique par un mouvement continu; nous avons vu ce qu'il faut penser de la prétendue ellipse que les géomètres apprennent à tracer, d'après un procédé traditionnel dit du tonnelier. Lorsque nous lançons verticalement et dans une direction oblique un projectile dans les airs, il décrit une parabole; si c'est horizontalement que nous le dardons, il décrit une portion de la même courbe; la colonne inclinée d'un jet d'eau représente une parabole encore; une colonne de liquide qui s'échappe d'un vase par une ouverture pratiquée vers sa base, retrace une portion de cette même courbe. En supposant qu'il serait en notre pouvoir de projeter un corps au delà de la lune, dans une direction tangentielle à une de ses faces latérales, quand ce corps serait parvenu à sa plus grande proximité de l'astre, ou le mouvement d'impulsion qui l'animerait serait constamment égal à l'action attractive de la lune : alors il décrirait autour d'elle une courbe perpétuellement circulaire; ou son mouvement serait moindre que la puissance d'attraction du satellite sur lui : sa courbe, en ce cas, serait une spirale qui finirait par le précipiter sur la planète; si sa force de projection était supérieure à la force attractive qui s'exercerait sur lui, et que cependant elle allât en s'affaiblissanfsans cesse, jusqu'à devenir inférieure à l'action lunaire qui le solliciterait, il retournerait, après un éloignement plus ou moins long, vers l'astre altracteur, décrirait des portions de courbe d'une amplitude de moins en moins considérable, dont le terme serait encore une précipitation inévitable sur le flambeau des nuits; on ne pourrait théoriquement démontrer avec certitude si ces courbes seraient des paraboles ou des portions d'ellipse;

l'expérimentation seule serait en mesure de donner sur ce point une décision non équivoque. Comment a-t-on pu un seul moment croire expliquer d'une manière rationnelle et satisfaisante l'excentricité ou la forme elliptique de la courbe que nos planètes décrivent autour de leur soleil, par leur direction oblique sur l'équateur du soleil et sur la ligne équatoriale du monde? Est-ce que le soleil attire plus vers son équateur et moins vers ses pôles? Est-ce que la portion de cercle que la terre décrit pendant près de I six mois, à une égale distance du soleil, ne se trouve pas oblique à l'équateur de cet astre, comme la partie la plus longue de son orbite? Est-ce que sa masse et celle du soleil restant les mêmes, et leur puissance attractive rigoureusement proportionnelle à ces masses, d'après les astronomes, ne subissant essentiellement aucune altération, ne devrait pas naturellement compléter le cercle, et exécuter la seconde partie de sa carrière, comme celle qui la précède? Est-ce que les comètes, qui circulent dans tous les sens autour du soleil, ne parcourent pas toujours des orbites elliptiques très-allongées ou des paraboles indéfinies? La force d'attraction d'une spbère céleste se comportant, dans son influence, comme si elle était réunie tout entière au centre de l'astre, ne devrait-elle pas agir avec une même énergie dans toutes les directions? Le sublime Newton, par son mouvement initial de projection en ligne droite, dans une direction oblique à l'équateur du soleil, et par la combinaison de cette force impulsive avec l'attraction solaire, n'a rendu compte ni de la perpétuité inaltérable du mouvement des planètes, ni de l'excentricité de leurs orbites respectives; car il faut, pour la génération des

courbes elliptiques des corps planétaires, que le mouvement d'impulsion en ligne droite qui les anime remporte sur la force attractive qui les retient autour du centre de leur système, et lui cède dans des alternatives éternelles et régulières; mais que ce mouvement reste le même pendant tout le temps que chaque planète demeure à une égale distance du soleil : ces vicissitudes exiraordinaires nécessitent l'intervention d'autres puissances que celles que met en jeu l'illustre auteur de la loi de l'attraction universelle. L'ordre des saisons s'effectuerait aussi bien par des cercles inclinés que par des ellipses; les quatre saisons, seulement , seraient égales entre eiies : si les ellipses des planètes sont d'autant plus allongées que la direction de ces astres est plus inclinée sur l'équateur du monde, et si l'orbite de Jupiter s'approche presque de la ligne circulaire, parce qu'il est très-peu incliné dans son mouvement sur le parallèle équatorial, c'est que la coordination suprême l'a voulu ainsi. Newton, répétez-vous, a, par les lois qu'il a découvertes, fait reposer l'univers sur des bases inébranlables : Newton, par ces lois, a tout simplement rendu impossible l'ordre qu'il prétendait expliquer par elles, ainsi que nous l'avons tant de fois démonstrativement établi.

ARTICLE IV

De l'aplatissement des planètes à leurs pôles et de leurs renflements à l'équateur, etc.

« L'aplatissement de la terre à ses pôles et son renflement à l'équateur, dit un écrivain, écho en cela des autres

savants, sont deux faits incontestables, qui ne peuvent s'expliquer que par la vitesse de rotation de cette planète dans un état de fluidité (1). » Mais les planètes Vénus et Mercure ont un mouvement de rotation très-rapides sur elles-mêmes, et ne sont point aplaties sur leurs pôles; il est probable, toutefois, qu'elles ont la môme origine que les autres planètes du même système solaire, et qu'elles ont éié primordiaîement soumises aux mêmes lois d'évolution; il est indubitable que les autres sphères planétaires qui sont aplaties sur leurs pôles, et présentent un renflement à leur équateur, ont pu, comme Mercure, comme Vénus, recevoir primitivement de la main de leur auteur leur configuration actuelle, antérieurement à tout mouvement de rotation sur leur axe. Il était, en général, utile que les planètes eussent une forme de sphéroïde déprimé, afin que leurs régions polaires fussent plus rapprochées des rayons du soleil , et qu'une plus grande partie de leur surface pût jouir des bienfaits de sa chaleur féconde. Jupiter est l'astre du système solaire dont l'aplatissement des pôles est le plus considérable ; c'est aussi celui dont le volume est le plus grand et celui dont l'équateur s'éloigne le moins des feux perpendiculaires du soleil. Il est évident, en outre, que le mouvement de rotation de la terre sur elle-même eût pu lui imprimer, à son origine, sa configuration aplatie, lors même que cette planète n'eût été qu'à l'état mollasse, et non dans un état de fluidité, comme on avance que cela eût été nécessaire. Remarquez que toutes les planètes ont leurs extrémités polaires dirigées vers les

(1) Daras, Histoire générale de l'Eglise, t. Ier.

Il"

mêmes pôles du monde, et tournent d'Occident en Orient : si quelqu'une d'entre elles, par exemple la Terre, eût changé la position de ses pôles, et que son pôle nord eût été transporté au sud, elle tournerait d'Orient en Occident; une dissonance entre elles et les autres planètes se fût révélée encore, si ses pôles eussent été dirigés vers quelque autre partie du monde; l'arrangement de ses montagnes, qui, des pôles à l'équateur, vont en augmentant en élévation, pour fournir aux grands fleuves, dans les jours brûlants, une abondance suffisante d'eau, par la fonte de leurs frimats , exigent que les pôles restent immuables; la distribution des végétaux, appropriés à la diversité des climats, impose la même loi impérieuse; la position des pôles de notre globe, n'est donc pas plus susceptible d'altération , que son mouvement de rotation diurne sur lui-même et son mouvement de translation autour du soleil.

ARTICLE V

A quelle puissance d'expansion , des gaz et des vapeurs devraientils s'élever pour rompre une planète d'un diamètre moyen et en disperser, à des millions de lieues, les débris?

Un litre d'air respirable, sous la pression d'une atmosphère, pèse un peu plus d'un gramme; un litre d'eau pèse exactement mille grammes; l'air commun, sous la pression de sept cent septante atmosphères, s'il suivait toujours les mêmes lois de condensation, serait réduit à une densité égale à celle de l'eau ; et sons la pression de

sept à huit kilomètres d'eau, sa densité surpasserait celle de ce liquide; il serait donc lui-même liquéfié; ses molécules exerceraient les unes sur les autres une force d'attraction , et tout mouvement répulsif aurait cessé entre elles. Il est vraisemblable que les autres gaz, sous une action compressive égale, éprouveraient une transformation semblable à celle-là et perdraient leurs propriétés de gaz et leur force de tension. Il est incertain si la vapeur d'eau , à la température du fer rouge, atteindrait à une force de tension capable de soulever mille atmosphères : si, au centre d'une planète d'un diamètre moyen, de dix-huit cents lieues, par exemple, (l'axe de notre terre est de trois mille lieues), se trouvaient accumulées des vapeurs d'eau et des fluides gazeux, il leur faudrait, en admettant que celte planète aurait seulement le cinquième de la densité qu'on suppose à la nôtre, une puissance de tension supérieure à la pression de trois cent mille atmosphères, pour soulever de quelques lignes les différentes parties libres de cette sphère; une force plus grande leur serait nécessaire pour surmonter la force de cohésion de sept à huit cents lieues de substances matérielles formant un même tout, et briser la planète entière; mais quel surcroît de puissance demanderait la projection des fragmenls de ce corps céleste, à dix ou à quinze millions de lieues, contre leurs attractions réciproques, contre l'attraction du soleil? L'imagination est altérée à la seule idée conjecturale de l'élévation d'une pareille puissance; tous les gaz, toutes les vapeurs connues sur notre planète seraient des milliers de fois liquéfiés ou solidifiés, et leur force d'expansion éteinte sous des pressions aussi énormes, d'un degré aussi

effroyable. Sans nul doute, la puissance de Dieu est sans limite , et il lui serait loisible d'opérer de pareils prodiges ; mais les forces naturelles à nous connues sont par ellesmêmes incapables d'en offrir rétonnant spectacle; et dans le cas où la rupture d'une planète extrazodiacale ne serait point douteuse, ceux de ses fragments qui auraient été lancés dans une direction contraire à l'attraction soiairese seraient arrêtés plus tôt, parce qu'ils auraient eu plus d'obstacles à vaincre; tandis que les fragments lancés dans le sens de l'attraction du soleil seraient parvenus plus loin : or, c'est positivement l'opposé que l'on observe parmi les astéroïdes exlrazodiacales, Junon, Pallas, Vesta, Cérès, Niobé, etc.; car Fastéroïde qui est dans la direction la plus opposée à l'attraction solaire, se trouve à quinze millions de lieues plus loin que l'astéroïde qui l'avoisine de plus près; ce fragment eût donc été lancé incomparablement plus loin que l'astéroïde projeté dans le sens de l'attraction du soleil, puisque celui-ci n'est distant que de cinq millions de lieues de l'astéroïde le plus immédiat; les autres corps de ce groupe sont écartés différemment entre eux, depuis près de quatre millions de lieues jusqu'à moins d'un million, et plusieurs sont à la même distance du soleil et sur la même ligne, comme cela a lieu dans toute agglomération. Qu'y a-t-il de surprenant que le Créateur ait formé» dans noire système solaire, un groupe d'astres, comme il en a semé tant d'autres dans la vaste étendue des deux? Faut-il, pour l'expliquer, recourir à une rupture de planète, comme le font les astronomes? S'avisent-ils d'expliquer les nombreuses étoiles du groupe de la Poussinière par la rupture aventureuse d'un astre fixe?

ARTICLE VI

Des notions astronomiques consignées dans un ouvrage classique destiné aux écoles normales.

Cet ouvrage, publié sous le titre de Nouvelle Géographie méthodique, par MM. Achille Meissas et Auguste Michelot, et réimprimé en 1862, au plus grand jour du progrès, nous apprend encore, malgré la collaboration qui a présidé à sa rédaction scientifique : « Qu'aux équinoxes du printemps et de l'automne, par toute la terre, les jours sont égaux aux nuits, et que les deux hémisphères terrestres sont aussi longtemps plongés dans l'obscurité que dans la lumière; qu'à l'équaleur le jour est égal à la nuit de la même façon, pendant toute l'année; qu'aux pôles de la terre le jour et la nuit sont de six mois; que ces points du globe sont annuellement, durant six mois, dans l'obscurité, et le même temps dans] la lumière. » Ils nous enseignent simultanément : « Que Moussoul, ville d'Asie de 60,000 âmes, qui a donné son nom aux mousselines, paraît être bâtie sur les ruines de l'ancienne Ninive; que l'Amérique est la plus vaste des cinq parties du monde ; que le plus hautsommet de l'Himmalaya est de deux lieues un quart; que le zèbre, animal exclusivement propre à l'Afrique, est d'un caractère doux, etc., etc., » Quand des assertions erronées ont traversé impunément les siècles , chacun les répèle sans songer à se rendre compte du seus des mots qu'il profère; il est très-vrai, qu'aux équinoxes du printemps et de l'automne, le soleil est

aussi longtemps au-dessus de l'horizon qu'au dessous de ce cercle, pour tous les habitants du globe, à l'exception de ceux qui se trouveraient à l'un ou à l'autre des deux pôles, et pour qui le soleil serait à l'horizon durant tout le jour; mais il est très-faux qu'alors les deux hémisphères terrestres soient aussi longtemps dans l'obscurité que dans la lumière; car à ces époques, dans nos régions tempérées, la lumière persiste encore une demi-heure au moins après le coucher du soleil , et elle devance d'une heure son lever, ce qui donne au jour une durée de treize heures et demie , et ne laisse à la nuit ou à l'obscurité qu'une durée de dix heures trente minutes : il existe une différence plus grande encore pour les zones intertropicales, où la lumière, n'ayant à traverser qu'une moindre épaisseur de couches atmosphériques et de nuages, persiste plus longtemps après le coucher du soleil et précède, de deux heures au moins, l'apparition de l'aurore. Le soleil, dans son mouvement apparent d'Occident en Orient, parcoure quinze degrés par heure; et, en s'avançant vers le sud ou vers le nord , il est près de quatre jours à parcourir un degré de latitude; mais, puisque pour les extrémités polaires, il y aurait encore un crépuscule d'au moins quatre degrés après que le soleil a franchi Péqualeur, qui est l'horizon des pôles, et puisque ce crépuscule serait au moins double avant que le soleil, de retour, ne repassât la ligne équatoriale et ne montât sur l'horizon du pôle vers lequel il chemine, il suit de ces divers calculs , que la lumière, pour les extrémités polaires, doit persister pendant seize jours après que le soleil a dépassé l'équateur, et doit devancer, de trente-deux jours au moins,

la réapparition du même astre au-dessus de l'horizon; les pôles sont donc annuellement quatre mois et demi seulement dans les ténèbres, et sept mois et demi dans la lumière. On se rappelle qu'il y a vingt-cinq ans, un voyageur anglais nommé Layard, a enfin découvert les ruines de l'ancienne Ninive dans des régions inhabitées, et loin de Moussoul. La plus vaste des cinq parties du monde est l'Asie, qui comprend environ deux cent cinquante mille lieues carrées d'étendue de plus que les deux Amériques. D'après de nouveaux calculs, le plus haut sommet de l'Himmalaya n'atteint pas vingt-quatre mille pieds d'altitude; le Nevado de Sorata en Amérique s'élève à vingttrois mille sept cents pieds. Le zèbre est d'un caractère si farouche, sans être toutefois cruel ni agressif, qu'on n'est jamais parvenu à le réduire à l'état de domesticité, "et qu'on ne réussit que rarement, et en le prenant trèsjeune, à l'apprivoiser.

Citations textuelles.

« Le 24 mars, la terre ne tournant vers le soleil aucune extrémité de son axe, la lumière se répand également d'un pôle à l'autre, et éclaire une moitié de chaque cercle parallèle, tandis que l'autre moitié est dans l'obscurité; il en résulte que les jours sont partout égaux aux nuits : car, dans la rotation diurne de la terre, chaque point de ces parallèles reste aussi longtemps dans la lumière que dans l'obscurité; c'est Yéquinoxe du printemps. » (Nouvelle Géographie méthodique, par MM. Ach. Meissas et Aug. Michelot, p. 353.)

Cette bévue a d'autant plus lieu d'étonner, -que les auteurs observent ailleurs : « Que le jour se voit encore après le coucher du soleil et apparaît avant son lever réel. » — « La terre, avançant dans Pécliptique, le pôle nord se trouve continuellement éclairé par le soleil pendant six mois, jusqu'à l'équinoxe d'automne, et la lumière s'étend de plus en plus autour de ce pôle jusqu'au 22 juin , tandis que le pôle sud reste pendant six mois dans l'obscurité... » (Ibid., p. 354.)

Dans les jours les plus courts des hivers, nous voyons la lumière une heure encore avant le lever du soleil, c'est-à-dire lorsqu'il est encore à 15 degrés au-dessous de l'horizon; et durant ces mômes jours, la lumière du soleil nous éclaire encore une demi-heure environ après qu'il est descendu au-dessous du cercle de l'horizon ; en supposant que ces bienfaits de la lumière seraient moitié moindres, pour ceux qui habiteraient les pôles, on doit donc percevoir, à ces points extrêmes du globe , la lumière crépusculaire dans la mesure que nous avons indiquée.

« Trois mois après, au 23 septembre, la terre, en poursuivant sa révolution, ne présente plus aucun de ses pôles au soleil, et Ton remarque les mêmes résultats qu'au 21 mars : c'est Yéquinoxe d'automne. Le pôle nord cesse d'être éclairé, et reste pendant six mois dans l'obscurité. » (Ibid.) Comment, en répétant à plusieurs reprises la même erreur, l'idée des crépuscules n'est-elle pas venue à l'esprit de ces deux collaborateurs? « Moussoul, sur le Tigre, occupe, dit-on, l'emplacement de l'ancienne Ninive. » (Ibid., p. 212). Il y avait ici quelque importance, on le conçoit, à mettre ces affirmations en harmonie avec les progrès de

la science; puisque les prophètes ont annoncé que les ruines de Ninive ne seraient jamais relevées, et que la contrée, dont elle était l'ornement, serait changée en un éternel désert.

« A Paris, nous voyons toujours au-dessus de l'horizon toutes les étoiles qui sont à moins de 49° du pôle nord, et nous n'apercevons jamais celles qui sont à moins de 49° du pôle sud. » (Ibid., p. 326.) Il faut corriger ces énoncés erronés , d'après ce que nous avons dit des équinoxes du printemps et de l'automne, comme de ce que les auteurs disent de l'apparition du jour, lorsque le soleil n'est point encore au-dessous de l'horizon, ou lorsqu'il est descendu au-dessous de ceslimites. « Les plus hauts sommets que nous connaissions se trouvent dans la chaîne de mimmalaya ; ils atteignent à près de neuf kilomètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer. » (Ibid., p. 331.)

« On voit d'énormes îles de glace flotter sur la mer, jusqu'à 40° de latitude nord. Dans l'hémisphère austral, les glaces fermes s'étendent encore plus loin que dans l'hémisphère boréal. » (Ibid., p. 338.) C'est le contraire qui est exact; les glaces éternelles du pôle nord ne permettent jamais d'en approcher, tandis qu'en certain temps le pôle sud , où les mers sont plus profondes , paraît abordable.

« Les marées semblent dues principalement à l'attraction de la lune. » [Ibid., p. 339.) Il fallait dire à l'attraction du soleil; si l'attraction de la lune, sur notre globe, l'emportait sur celle du soleil , ce serait autour de la lune que la terre tournerait.

« L'atmosphère réfléchit, et détourne ou réfracte les

rayons de lumière du soleil, de sorte que nous voyons le jour avant que cet astre. s'élève au-dessus de l'horizon. » (Ibid.y p. 343.) Est-il concevable qu'une pareille réflexion ait permis à deux auteurs, qui se sont concertés sur leur travail, de répéter qu'aux. équinoxes, par toute la terre, comme aux pôles, la durée de l'obscurité est égale à celle de la lumière?

« L'Asie est, après l'Amérique, la plus vaste des cinq parties du monde. » (Ibid.t p. 193.) On évalue la surface totale de l'Asie à deux millions trois cent mille lieues carrées, et celle des Amériques à deux millions dix-sept mille lieues carrées environ.

« Cette partie du monde (l'Afrique), nourrit beaucoup d'animaux d'un caractère doux, le zèbre, la gazelle, etc., etc. » On rencontre, disséminées dans cet ouvrage, beaucoup d'autres aberrations scientifiques que nous ne relèverons pas.

ARTICLE VIL

D'une nouvelle démonstration du mouvement de rotation de la terre, d'Occident en Orient, résultant de l'érosion des rivages des grands cours d'eau.

Le savant M. Babinet, il y a peu d'années, annonça, au sein de l'Académie des sciences de Paris, qu'il avait découvert des marques démonstratives et frappantes du mouvement de rotation de la terre sur son axe, d'Occident en Orient, dans les rives des grands cours d'eau des terres continentales. D'après la théorie moderne des vents

alizés, on conçoit qu'an cours d'eau, qui, du nord se dirige vers les contrées méridionales, ayant à sa source un mouvement de rotation moins considérable, doit en effet, à une certaine dislance de son point d'origine, se trouver en retard pour son mouvement d'impulsion, d'Occident en Orient, sur le mouvement dans le même sens de sa rive occidentale, la heurter avec quelque force, en emporter des parcelles perpétuellement, et y laisser bientôt des traces visibles de la rotation de notre globe; qu'au contraire un cours d'eau, qui se dirige vers les régions septentrionales, ayant à son point de départ un mouvement de rotation plus grand, doit, à un certain éloignement j se montrer en avance sur le mouvement de rotation de sa rive orientale, la heurter avec quelque violence, en emporter sans cesse des parcelles, et laisser, dans de promptes excavations, un monument évident de la rotation terrestre. On ne saurait contester que cette démonstration nouvelle ne soit ingénieuse; elle fit sensation dans le monde savant et fut applaudie; nous regrettons sincèrement pour la gloire de la science, qu'étant analysée à fond, scrutée dans ses éléments essentiels, cette preuve s'évanouisse comme un météore léger. Il est parfaitement hors de tout doute, que si un cours d'eau, qui se porte du nord au sud, était tout à coup transporté à une grande distance de sa source, le retard de son mouvement de rotation, sur celui de sa rive occidentale, serait sensible, pourrait être considérable; que ses flots, par conséquent, exerceraient sur ce rivage un aheurtement effectif, et, le corrodant sans discontinuité, y graveraient des preuves frappantes de la rotation du globe; que semblablement,

si un cours d'eau, qui du sud se porte vers le nord, se trouvait soudain sans intermédiaire, à quelques centaines de lieues de distance du point dont il émane, son impulsion de rotation serait notablement en retard sur celle de son rivage occidental ; que les eaux l'altéreraient sans interruption et y laisseraient un monument ostensible de la rotation diurne de notre planète; mais, an grand désappointement des conceptions hypothétiques les plus sagaces, les choses ne se passent nullement ainsi : en effet, les courants d'eau qui, des zones du nord, s'avancent vers le sud , parcourent leur trajet millimètre par millimètre, reçoivent, à chacun de ces intervalles minimes, l'excès d'impulsion du sol, et ne sont jamais en retard sur les points qu'ils traversent, que dans une nuance infiniment petite, inappréciable, sans effet positif; et ce retardement infiniment petit restant invariablement identique, ne devrait pas avoir plus de résultat vers la fin de la course du fleuve, qu'à son milieu et à son point initial : or, où sont les érosions des rivages des cours d'eau près des lieux d'où ils sourdent? Ces considérations, pour les eaux qui s'écoulent du sud vers le nord ont la môme portée, irrécusabîement. Tous les cours d'eau marchent dans des sinuosités incessantes, la pente des terrains les entraîne, tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, et celte circonstance suffirait pour rendre impossible toute conclusion légitime des degrés différentiels du mouvement de rotation, puisque les eaux conservent encore un temps plus ou moins long, après avoir été précipitées, dans un sens ou dans un autre, leurs élans accidentels, lorsqu'elles ont pris une direction plus uniforme et plus

régulière. L'attraction du soleil et celle de la lune sont aussi réelles, sur les eaux des fleuves et des ruisseaux, que sur celle des mers; mais elles n'y ont point d'effet évaluable, parce qu'elles agissent sur de trop petites masses. La terre, vers son équateur, est emportée par une rapidité de rotation qui fait plus de quatre cents lieues à l'heure; les eaux des étangs, lacs, fleuves, obéissant, par leur mobilité, à l'entraînement de la force centrifuge, devraient s'accumuler vers leurs rives orientales ; il n'en est cependant point ainsi, parce que la surface de la terre étant très-vaste , la courbe, que chacune de ses parcelles parcoure vers l'équatenr,, diffère peu de la ligne droite; et la force centrifuge, dans un faible intervalle, se réduit à rien, à peu près. Si les disparités du mouvement de rota tion avaient les conséquences positives qu'on leur suppose, on les observerait dans tous les courants d'eau, et à tous les points de leur développement, lorsque des causes particulières n'ea préviendraient point la réalisation: or, il en est toujours autrement; les phénomènes, qui ont frappé l'attention de M. Babinet, sont infailliblement dus à la pente latérale du fond des cours d'eau, ou à la consistance différamment résistante des rivages qui se laissent plus ou moins facilement dégrader, à leur saillie, ou aux efforts des eaux des affluents, ou à des vents qui soufleraient plus habituellement dans un sens, ou à des inondations. On avait aussi avancé que le rivage occidental des mers devait progressivement se corroder, et les flots de l'Océan s'avancer de l'Orienta l'Occident; mais un examen plus attentif et plus scrupuleusement raisonné, a fait évanouir celte prétention.

ARTICLE VIII

De la projection de quartiers de roche par les volcans, et de quelques autres phénomènes physiques; des vraies soupnpes de sûreté / du globe terrestre.

« Des quartiers de roche d'une épaisseur de dix pieds, dit-on (dimension fort douteuse), sont lancés dans les éruptions volcaniques à une hauteur prodigieuse que l'on a pu évaluer par le temps que ces corps ont mis à retomber : la chute de quelques-uns s'est prolongée jusqu'à 21 secondes, d'où l'on a conclu que le terme de leur ascension avait été de 6,615 pieds (1) » On sait qu'un corps pondérable qui tombe, parcourt 15 pieds dans la première seconde de sa précipitation , 45 pieds dans la deuxième, 75 pieds durant la troisième, etc.; or, c'est une belle loi des sciences mathématiques, que, dans la progression arithmétique, dont les nombres sont dans les rapports impairs de 1, 3, 5, 7, 9, 11, etc., il suffit, pour avoir la somme totale des unités, d'élever au carré ou de multiplier par elle-même la dernière colonne de chiffre; la valeur de 2i secondes, étant donc élevée au carré, donnera pour produit 441 espaces initiaux qui, étant multipliés par 15, déterminent une somme de 6,615 pieds. Mais, dans cette appréciation, on n'a pas tenu compte des circonstances qui ont dû retarder les corps dans leur chute; car. quoique les fragments de roche, projetés

(1) Zimmermann , Monde primitif.

par une bouche volcanique, soient inclinés aux bords du cratère, et décrivent dans leurs mouvements des lignes paraboliques, cependant, à la sortie du soupirail, la colonne ardente de vapeur, de gaz et de cendre, se dilate considérablement, s'étend bien au delà du cralère, et rencontrant dans sa force ascensionnelle le corps qui tombe, le ralentit sans cesse et prolonge nécessairement le temps de sa descente. Il est fort incertain si ces quartiers de roche, que l'on prétend atteindre si haut, s'élèvent à 2 ou 3 mille pieds, les volcans d'eau, nommés Geysers, en Islande, ne parviennent qu'à 100 mètres d'élévation; et toute la puissance d'expansion des vapeurs et des gaz, dans les grands volcans , ne réussit que rarement à faire écouler, au-dessus des bords du cratère, quelques lames de laves brûlantes; ce n'est donc que dans les volcans peu élevés, tels que celui du Vésuve, que des fragments de roche peuvent être projetés à une grande hauteur. Mais les observations de ce genre sont délicates et très-difficiles à bien faire; car, durant les scènes orageuses et terribles des erruptions volcaniques, et à travers les tourbillons de vapeur, de cendres et de fumée, qui obscurcissent au loin l'horizon, un corps, qui achève sa course ascensionnelle lentement, peut paraître s'être arrêté et descendre, quand il monte encore. Les géologues ont exagéré le plus qu'ils ont pu les forces spontanées de la nature , pour se trouver en mesure de tout expliquer par elle.

On a remarqué, que dans les explosions soudaines des tremblements de terre, avant que la scène affreuse s'ouvrit, lorsque aucun soulèvement ne se dessine encore,

qu'aucune secousse ne se fait sentir près des rivages des mers, les flots tout à coup reculent, s'éloignent comme glacés d'effroi du futur théâtre où une catastrophe hor rible et désastreuse va bientôt éclater : un géologue prétend rendre compte de ce reirait, sinistre avant-courrier, des eaux de la mer, par un soulèvement d'une partie de leur fond près du rivage, ascension qui, selon lui , aurait le môme effet que le soulèvement du milieu d'une bande d'étoffe qui rapprocherait ses extrémités (1); mais les eaux, ne formant point un tout cohérent et continu, le soulèvement d'une portion moyenne de leurs masses , ne produisant point de vide où les flots voisins pussent se précipiter, n'aurait au contraire pour résultat que de faire retomber les eaux brusquement sur les parties environnantes, et d'en accroître le niveau; le phénomène insolite que nous discutons, nous paraît avoir pour cause l'éleclrisation du sol qui va être convulsé : l'électricité des couches profondes de ce sol se décomposant, un des deux fluides électriques se porte encore plus avant dans les entrailles de la terre : l'autre fluide s'accumule à la surface et, se communiquant aux eaux de la mer, les fait refluer comme sous l'influence d'un pressentiment d'horreur; car, on sait que deux portions d'une même espèce de fluide électriqne, se repoussent aussi puissamment que deux fluides de non contraire s'attirent.

Lorsque les agitations convulsives du sol, que l'on nomme tremblement de terre, viennent saisir l'homme d'une subite terreur, les forces dévastatrices de la nature entrent

(I) Zimmermann, Monde primitif.

effroyablement en jeu sur des points plus ou moins distants, respectent et laissent intacts des points intermédiaires. Un géologue rend compte de ces phénomènes d'exceptionnalité, par le mouvement que Ton communique à une série de billes de billard, et qui n'a pour effet que de déplacer la dernière bille (1). » Mais si les secousses des tremblements de terre se transmettaient ainsi par des séries continues de roches, le mouvement des dernières se décomposerait dans les terres mêmes qui les entoureraient immédiatement, et ne serait suivi d'aucun désastre, tandis que les couches terrestres, sous l'action des causes de perturbation qui s'exerce sur elles, se déchirent, s'entr'ouvrent dans un extrême désordre, et présentent le spectacle d'un indescriptible cahos. Les ouragans souterrains, nommés tremblements de terre, sont incontestablement occasionnés par un soudain dégagement et une brusque expansion de vapeur et de gaz, sous l'influence de décharges électriques puissantes; si ces gaz et ces vapeurs sont condensés sous des bancs de roches qu'ils sout incapables de soulever et de rompre, leurs torrents s'ouvrent un passage dans le sens qui leur offre le moins d'obstacles, et, parvenus dans des terrains qui n'ont plus la même consistance, leur énergie s'y déploie pour les bouleverser profondément : quand Barcelone s'écroula dans un tremblement de terre, vers le milieu du dixhuitième siècle , des portions d'édifice étaient soulevées, comme morcelées et en ruines, tandis que les aulres restaient intactes ou avaient peu souffert; l'expli-

(1) Zimmermann, Monde primitif.

cation de ces singularités remarquables est la même. La masse imposante des montagnes, par leur poids colossal, doit inévitablement déterminer à leur base un dégagement continuel de calorique, une génération incessante de vapeurs et de gaz , dont le terme final serait nécessairement quelques vastes sinistres : les sources d'eau chaude ou thermale, ouvertes sur les flancs des montagnes ou à leurs pieds, faisant couler perpétuellement au dehors cet excès de calorique et de gaz, sont les vraies soupapes de sûreté de notre globe dans les éminences considérables qui le hérissent; nous avons déjà vu que des couches de gravier ou de boue, et de faibles bancs de roche déjà fissurés, sont pour les plaines des soupapes de sûreté; car les gaz qui se forment dans des amas de sable ou de boue, s'y dispersent sans péril; et ceux qui naissent sous de frêles bancs de roche, s'échappant par leur intervalle ou les brisant facilement, se dissipent aussi et s'éteignent dans les graviers amoncelés que baignent des nappes d'eau; d'où il résulte, que ce sont des obstacles infiniment petits, qui sont. les plus propres à dompter les plus grandes violences.

ARTICLE IX

Un mot encore sur les vents; explication du transport si étonnamment capricieux du choléra asiatique.

Nous revenons un moment sur ce sujet, pour montrer avec quelle distraction les savants combinent souvent leurs idées, et combien peu ils se mettent en peine de recher-

cher si leurs conceptions sont parfaitement en harmonie entre elles, ou si elles se repoussent fondamentalement. Puisque nous avons enirepris de soumellre à l'empire de la philosophie les sciences aujourd'hui sans frein et sans règle, n'hésitons pas à faire passer par une censure sévère les travaux intellectuels contemporains ; écoulons encore : « Les vents alizés apportent incessamment des pôles des masses atmosphériques qui, de l'équaleur, devront y retourner par un trajet quelconque; ce courant de retour ne peut se trouver que dans les régions supérieures de l'atmosphère, du moins jusqu'aux parallèles qui limitent les vents alizés : par une cause dont la science ne donne pas encore d'explication satisfaisante, la molécule qui, du nord vient vers l'équaleur, en quittant les régions polaires, effectue la première partie de ce trajet vers les parallèles du 30° nord dans les régions supérieures de l'atmosphère, au lieu de se maintenir à la surface de notre globe; c'est là qu'elle rencontre l'autre molécule que nous avons aussi envisagée et qui vient du sud, pour aller remplacer la première au polo nord : ces deux molécules, au moment de leur rencontre dans les régions supérieures, se meuvent suivant des directions diamétralement opposées; de là, sur toute l'étendue de ce parallèle 30° nord, une zone de calme et une accumulation atmosphérique suffisante pour contrebalancer la pression des vents tant du nord que du sud; c'est la zone dite des calmes du Cancer. Nous en voyons sortir à la surface de la terre deux couranls aériens bien établis, l'un se dirigeant vers l'équaleur : ce sont les vents alizés du uord-est; l'autre vers le pôle : ce

sont les vents généraux du sud-ouest (1). » Mais, qui l'ignore? quand deux forces diamétralement opposées se rencontrent, elles se paralysent lorsqu'elles sont de même intensité; si donc les vents du nord-est et du sud ouest se rencontraient dans les régions supérieures de l'atmosphère, ils détruiraient, par leur collision, leurs mouvements, et cesseraient d'exister; les faire continuer malgré cela, à s'avancer l'un vers le sud et l'autre vers le nord, est leur supposer une résurrection impossible, est admettre un miracle absurde, des effets sans cause : les couches atmosphériques, que l'on dit être devenues tranquilles et immobiles, et constituer des calmes, doivent s'échauffer par les rayons condensés du soleil à la surface de la terre, et reprendre promptement leurs essors vers les régions aériennes supérieures. Remarquez bien que des couches atmosphériques inférieures ne s'élèvent que quand elles sont échauffées et qu'elles deviennent plus légères ; les masses aériennes qui viendraient du pôle nord, étant glacées et beaucoup plus froides que celles des régions tempérées, seraient donc dans l'impossibilité matérielle de gagner les couches élevées de l'atmosphère; affirmer le contraire, c'est encore adopter un miracle physiquement absurde, et souscrire à un effet sans cause. Ces théories vont renchérir cependant sur ces inconcevables prouesses de logique; l'auteur poursuit : « Nous verrons cette molécule du nord, après être descendue des régions supérieures à la surface de la terre, dans la zone

(I) Gazelle médicale de Paris, le 28 juillet 1860.

des calmes du Cancer, se diriger dans le même sens, et cela jusqu'à ce qu'elle rencontre, près de l'équateur, une autre molécule partie du pôle sud au moment où la précédente parlait du pôle nord; cette seconde molécule de son côté a suivi la surface de la terre dans la direction des alizés du sud-ouest; nous avons donc aussi près de l'équateur une nouvelle zone de calme produite par la rencontre de vents, de direction différente , à peu près égaux en force; car on comprend qu'un vent du nord-est et un vend du sud-est ne peuvent souffler en même temps au même point : les deux molécules, que dans notre hypothèse nous avons prises pour lype de nos deux grands courants aériens, se trouvent doue aussi arrêtées dans leur marche en avant , puis comprimées entre deux systèmes d'alizés, et échauffées par la chaleur du soleil, elles prennent un mouvement ascensionnel (1). » Autre flagrante irréflexion! Car si les alizés du sud et les alizés du nord se rencontrent vers l'équateur, ils ne détruisent mutuellement l'un sur l'autre que ce qu'ils ont d'opposé : or, ils ne présentent de contraire que les mouvements des uns vers le sud , et des autres vers le nord ; le mouvement de Test à l'ouest leur est commun ; celle impulsion reste donc toute entière, et leurs masses étant réunies, le souffle qu'elles doivent continuer à produire, s'accroîtra en intensité, loin d'être anéanti, et d'engendrer des calmes de Péquateur : quel est l'écolier en physique qui ne comprenne tout cela et qui ne sache, que quand deux forces qui se combatlent ont quelque chose de commun, elies ne dé-

[I) Gazette médicale de Paris, le 28 juillet 1860.

truisent, dans leur collision, que ce qu'elles ont d'opposé; mais si ces couches atmosphériques, qu'on imagine être livrées à l'immobilité et au calme, s'impreignenl du calorique solaire, et s'élèvent, dans les régions supérieures, elles doivent évidemment s'y comporter comme si elles n'avaient été animées d'aucun mouvement vers le sud et vers le nord, puisque les impulsions, en ces sens, ont été anéanties; nos théoriciens l'entendent toutefois bien autrement, et oubliant que leurs deux molécules venant, l'une de l'extrémité nord et l'autre de l'extrémité sud, se sont paralysées totalement vers l'équateur, il les font voyager de nouveau comme si leur impulsion première n'avait subi aucun échec , autre cumulalion d'admission inconciliable et d'impossibilité physique : veuillez bien citer dans les sciences un principe démontré, d'après lequel les mouvements de corps pondérables ressuscitent d'eux-mêmes après leur complet anéantissement 1 Nous n'insisterons pas. Avouez que l'éducation philosophique de ce siècle n'est pas brillante.

Le fléau colérique, qui paraît avoir son berceau dans le centre de l'Asie, ne frappa point plus vivement de stupeur, dans ses explosions, la science attentive et aux abois, par l'impuissance où il la réduisait de lui opposer de suffisantes barrières, que par le transport capricieux de ses miasmes sur des lieux très-distants, ou dans des régions rapprochées, dans des localités aux conditions salubres, comme dans les plus malsaines, sans qu'aucune émigration de population , ni aucun vent soufflant à la surface de la terre, pu rendre compte de ces déconcertantes transmissions; les vents supérieurs de l'atmosphère nous sem-

blent cependant donner une explication suffisante de ces apparentes anomalies : des couches atmosphériques inférieures imprégnées des miasmes de l'épidémie terrible , étant échauffées pendant le jour par les rayons du soleil, s'élèvent au haut des airs et se dirigent vers les points les plus divers, selon qu'elles sont sollicitées par quelques ex pansions lointaines ou rapprochées des colonnes atmosphériques, ou par quelques résolutions de vapeurs, ou par la génération électrique de quelques vents; et lorsque, par la perte plus ou moins prompte de leur calorique, elles sont devenues plus lourdes, elles se précipitent et effectuent indifféremment leur fatale descente dans des lieux malsains ou salubres, tantôt à distance, et tantôt sur des théâtres de désastres peu éloignés.

A la même occasion de l'atmosphère agitée ou des vents, nous allons dire un mot de la navigation aérienne.

ARTICLE X

De la navigation aérienne.

Nous lisons dans la Gazette médicale de Paris (1) : « Cet ordre de faits relatifs au gaz contenu dans la vessie natatoire des poissons sera sans doute repris, car il touche directement à une question fort à l'ordre du jour : à la question de la navigation aérienne. Si les grands promoteurs de celle idée étudiaient un peu plus le mécanisme physiologique de la locomotion des poissons dans l'eau, et du

(1 Lu 2 janvier ISGï.

vol des oiseaux, peut-être arriveraient-ils à des résultais plus prompts et plus sûrs que ceux fournis par les applications de l'hélice et des machines à vapeur. Tout le problème nous semble contenu dans la connaissance du mécanisme à l'aide duquel les oiseaux dans l'air, comme les poissons dans l'eau, savent faire varier incessamment leur pesanteur spécifique, et le sens dans lequel ils la font varier. » L'écrivain qui a rédigé ce passage, touche rarement à un sujet sans y laisser son empreinte. Rien n'est plus vrai que le changement de pesanteur spécifique qui s'opère dans le corps des poissons et des oiseaux , livrés à la locomotion : aucun auteur, que nous sachions, n'a expliqué le but de la division en deux parties de la vessie natatoire des poissons : celui-ci veut-il se tourner verticalement, la tête en haut? il comprime la partie postérieure de sa vessie natatoire , en fait passer les gaz dans la partie antérieure, qui, étant dilatée, augmente le volume et la légèreté de cette portion du corps, tandis que la portion postérieure, rendue spécifiquement plus pesante, fait basculer instantanément l'animal sur son centre de gravité, et en élève la tête en haut; le poisson veut-il se tourner, au contraire, la tête en bas? il comprime la partie antérieure de sa vessie natatoire, en fait refluer les gaz dans la partie postérieure, qui, en s'amplifiant, rend cette portion du corps plus légère ou diminue sa pesanteur spécifique; la portion antérieure, devenue plus lourde, précipite en bas la tête de l'animal. Mais ces mutations de poids spécifique ne contribuent toutefois en rien à porterie poisson, soit à droite, soit à gauche, ni à lui faire prendre son essor en avant, encore moins à lui faire braver le torrent

qui tendrait à l'entraîner; il ne doit cet avantage qu'à trois conditions : 1° à la forme de son corps en fuseau, configuration qui lui permet de fendre aisément l'onde, et qui, donnant aux flots peu de prise, le laisse glisser avec de faibles obstacles sur une surface inclinée, polie, qu'une sécrélion huileuse lubrifie encore; 2° à la rapidité avec laquelle les nageoires du poisson frappent le liquide, rapidité qui, étant supérieure à la vitesse des flots qui passent, ménage à ces nageoires ou moyen de locomotion, un point d'appui d'une résistance suffisante pour projeter l'animal en avant; 3° en ce que les impulsions combinées de toutes les nageoires du poisson, lui communiquent une force totale de progression qui l'emporte sur la force avec laquelle le torrent tend à le refouler. Les ailes de l'oiseau, attachées à la partie antérieure du tronc, divisent son corps en deux portions, dont l'une, beaucoup plus légère, se compose exclusivement de la tête et du cou , et l'autre, incomparablement plus lourde, résulte du corps proprement dit et des membres postérieurs; cet excès de pesanteur dans celte partie est destinée à contrebalancer les violents efforts des ailes, de haut en bas et d'avant en arrière, qui, sans cela, feraient culbuter le volatile presque à chaque élan. L'oiseau s'élance-t-il contre un souffle un peu véhément? il est très-probable qu'il diminue alors son poids spécifique, en retirant , par deux muscles appropriés, de la cavité de la poitrine, son gézier ou ventricule digestif, qu'il le reporte vers l'extrémité postérieure de son corps, dont le volume, étant accru, fournit à l'action des vents contraires plus de prise pour la soulever et la maintenir dans une situation horizontale; le volatile, faisant de sou

ennemi fort à propos un auxiliaire, conserve toutes ses forces pour en rompre l'entraînement. Mais à cela seul se réduisent les services que peuvent promettre à l'oiseau les changements volontaires les plus opportuns de poids spécifique; et s'il lui est accordé de lutter avec succès contre les vents d'une intensité moyenne, et même contre la furie de l'orage, il ne doit, comme le poisson, cet utile pouvoir qu'à trois conditions combinées : à la forme de son corps, à la vivacité rapide du mouvement de ses ailes, et à la supériorité de leur force totale d'impulsion en avant sur la puissance de répulsion du courant aérien. Tout le secret, pour réaliser une navigation aérienne dotée de l'inappréciable privilège de se diriger, consisterait donc : ■1° à donner à l'aérostat une forme capable de paralyser en grande partie les efforts des vents, ce qu'on réussirait à effectuer par une configuration de fuseau en cône, ou de deux cônes disposés horizontalement et conjugués par leur base ; ou par celle d'une pyramide d'une élévation médiocre relativement, à base en losange et à rebords tranchants; 2° à imprimer aux puissances motrices une célérité de mouvement telle, qu'elles frapperaient toujours les courants aériens avec une prestesse supérieure à la vitesse de leur transport ou de leur fuite; 3° à assurer aux puissances motrices une intensité d'action, qui les mette en état de triompher toujours de celle des souffles hostiles.

Supposé que deux roues motrices, placées aux deux côtés d'un navire, soient entièrement plongées dans les flots, tandis que les pales de la roue qui descendent tendraient^ faire marcher le navire, celles qui remonteraient

tendraient avec la même force à le faire reculer : le bâtiment resterait donc immobile. Mais si les pales, après êlre descendues, changeaient de direction, et ne présentaient plus à la résistance du liquide qu'une mince épaisseur dans toute leur ascension , ia nef prendrait un mouvement de progression ; il en serait de même des roues motrices d'un aérostat, si, après la descente d'une de leurs moitiés, les ailes ou espèces de voiles disposées sur celte demi-circonférence, subissaient un mouvement de rotation sur ellesmêmes, de façon à ne présenter que leur tranchant au déplacement des couches atmosphériques; leur action pour entraîner en arrière étant éminemment moindre que l'action des ailes ou voiles descendant pour précipiter enavant le vaisseau aérien, aurait une célérité de progression proportionnelle à la différence que nous venons d'énoncer. Mais comment faire exécuter aux pales ces rotations successives, dont l'une forcerait ses voiles à tourner leurs bords tranchants aux résistances de l'atmosphère, et dont l'autre les rétablirait dans leur position primitive et leur ferait appliquer sur les flots atmosphériques leur plus large surface? On conçoit que des leviers attachés à ces pales , à des hauteurs différentes, pourraient, parleur contact avec un point d'arrêt latéral, déterminer ces demi-conversions alternatives, à la rigueur; mais deux ailes portant des espèces de soupapes multipliées, qui , dans le mouvement d'abaissement, se fermeraient d'elles-mêmes, et, dans le mouvement d'ascension, s'ouvriraient spontanément pour laisser passer les colonnes atmosphériques, atteindraient peut-être plus complètement encore le but; plus imparfaitement toutefois que deux sortes de voiles circulaires,

(Tune ampleur considérable, qui , placées en arrière de l'aérostat, à l'extrémité d'une tige avec laquelle elles figureraient des espèces de piston, frapperaient simultanément avec puissance les couches atmosphériques d'avant en arrière, et lanceraient par des bonds énergiques le vaisseau aérien, à peu près comme la queue déployée de la baleine projette en avant, à de grandes distances, ce géant des mers ; les deux ailes de nos aérostats, étant composées de deux moitiés très-mobiles, jouant l'une sur Tautre par des charnières, développeraient dans leur irruption toute leur largeur, et replieraient l'une contre l'autre, en se rapprochant de la nef, leurs deux portions, par l'effet de leurs dispositions spéciales, et de la résistance de l'air qu'elles tendraient à déplacer, mais dont elles éluderaient, par ce mécanisme, presque tous les effets nuisibles : une machine à vapeur médiocre suffirait pour entretenir le jeu de ces organes locomoteurs; il ne serait point encore impossible d'en remplacer le fonctionnement par un système de roues à engrenage.

Il semblait que les navires à vapeur dussent braver toutes les menaces de la tempête et échapper à tous les périls : les naufrages, depuis l'application des machines à vapeur à la navigation, trompant les espérances, n'ont pas été moins fréquents. Les aéronaules auraient sur les marins cet avantage, qu'à l'approche des gros temps, ils pourraient s'arrêter, accomplir dans un lieu d'élection leur descente, pour reprendre leur course après la cessation du danger.

Les aérostats actuels, tels qu'ils sont confectionnés, n'ont de force que pour s'élever perpendiculairement;

sitôt qu'ils ont atteint le point culminant de leur ascension, ils restent stationnaires, et ne peuvent cheminer qu'à l'aide des vents, dont ils subissent alors fatalement tous les dangereux caprices ; de là , trop souvent , ces accidents affreux; il faut donc trouver les moyens de faire marcher le ballon dans une atmosphère tranquille, ou même contre le cours des vents ordinaires : avec les formes habituelles de nos aérostats, tout succès devient impossible; que l'on se figure quelle effrayante surface une sphère d'une trentaine de pieds de diamètre oppose à l'action de l'air et aux efforts des vents 1 La première réforme à opérer, pour préparer une réussite, est donc de changer la configuration des navires aériens et de leur donner une des formes que nous avons exposées, ou mieux, celle d'un prisme allongé, à bases hexagonales très-larges, présentant six faces très-inclinées, deux latérales, deux antérieures plus courtes, formant en avant une arête; deux postérieures semblables, déterminant de môme une arête en arrière : plus vous'agrandirezune telle nef, plus vous lui garantirez de fixité. Supposez à nos aérostats ordinaires une machine à vapeur puissante, placée à leur partie inférieure : tandis qu'elle poussera cette extrémité en avant, l'extrémité supérieure, à trente pieds de là, étant privée d'un pareil contrepoids, sera promptement culbutée par l'impulsion des vents, accident qui n'est plus à redouter pour des ballons configurés en prisme surtout, ainsi qu'il vient d'être indiqué. Les changements de pesanteur spécifique, que Ton pourrait opérer, soit à droite, soit à gauche, soit en avant, soit en arrière, dans les aérostats usités, n'auraient d'autre résultat que de faire pencher dans un de ces sens

le navire aérien , et de l'exposer davantage au danger d'être renversé par le premier coup de vent. Mais par quelle voie diriger au haut des airs la nef hardie qui s'y sera élancée? Cette question n'est pas moins importante que celle qui précède : placez au devant du navire une large voile verticale, présentant un de ses bords tranchants à la division de l'air; fixez-la sur un pivot, de façon à ce qu'elle puisse se mouvoir sur elle-même; attachez à son extrémité postérieure deux cordes, dont l'une à sa droite, passant sur une poulie à une distance moyenne, et l'autre à sa gauche, glissant sur une poulie à la même dislance : voulez-vous diriger à gauche l'aérostat? vous portez obliquement à gauche la partie antérieure delà voile, en tournant à droite sa partie postérieure, au moyen de la corde et de la poulie disposées de ce côté : les résistances de l'air et les impulsions du vent, s'accumulant sur le flanc droit oblique de la voile, la pousseront à gauche : voulezvous diriger à droite le ballon? Vous portez, en ce sens, la partie antérieure de la voile, en tournant sa partie postérieure à gauche, au moyen de la corde et de la poulie affectées à ce côté; les résistances de l'air et les efforts du vent, se condensant sur le flanc gauche et oblique de la voile, la pousseront énergiquement à droite avec la nef légère et mobile dont elle est le gouvernail puissant.

ARTICLE X

D'une époque géologique glacière.

Celte question scientifique est d'une importance capitale; nous allons l'approfondir philosophiquement, impartialement, comme elle mérite de l'être sous les auspices encourageants du progrès; commençons, suivant notre coutume, par citer : « Mais, selon M. le professeur Ch. Martin, entre la date la plus ancienne de l'histoire primitive de l'humanité, et la date des plus anciens monuments de l'époque géologique actuelle, il y a un hiatus d'une longueur incalculable; longtemps après l'époque du diluvium, l'homme avait assisté à une nouvelle perturbation géologique de notre planète, qu'on appelle époque glacière, parce que les glaciers, formés d'abord sur les montagnes, se seraient étendus peu à peu dans les vallées et dans les plaines jusqu'à des distances considérables, de manière à couvrir d'immenses régions aujourd'hui libres de glace. Si l'étude des glaces actuelles a permis aux géologues de découvrir l'histoire de l'époque glacière, et de démontrer l'expansion des glaciers par l'existence des moraines et des blocs erratiques qui se trouvent à la surface du sol et au-dessus des couches diluviales, dont elles sont souvent séparées par d'épaisses couches de terrains; les anlhropologistes n'ont pu, jusqu'à ce jour, réunir un contingent, de preuves suffisantes pour dissiper l'obscurité qui règne encore sur la date de l'époque glacière; les cailloux rayés et les roches polies ont servi à caractériser la direction des glaciers, en même temps que les mouve-

ments alternatifs de soulèvement et d'abaissement qui se succèdent quelquefois à des intervalles assez courts. Pendant une période subséquente d'immersion, remplaçant Tépoque des glaciers, selon M. Charles Martin, les terres, formant le fond de la mer, se sont recouvertes d'une couche de sable sur laquelle se sont déposés des bancs de coquilles; les choses en était là, lorsque des glaces flottantes, détachées des glaciers de la terre ferme, vinrent échouer sur ces bas-fonds; quand les glaces entrèrent en fusion, les blocs erratiques, qu'elles avaient transportés, tombèrent au fond de l'eau où ils recouvrirent le banc de coquilles. Enfin, vint l'époque du soulèvement graduel, et, peu à peu, sortirent de la mer, d'abord les blocs erratiques, puis le banc de coquilles, le banc de sable sudjacent, et enfin le sol primitif. En Suède, on désigne, sous le nom tfosars, de véritables collines constituées par des masses énormes de blocs erratiques, et formées, au point de vue géologique, de bas en haut : 1° par le sol proprement dit; 2° par une couche de sable; 3° par une couche de coquilles et une masse de blocs erratiques. C'est en traversant un de ces osars, pour creuser le canal de Stockolm à Gottenbourg, que, dans la couche la plus profonde, dans le sol primitif au-dessous du banc de sable, on a trouvé des pierres disposées en forme de foyer, et, au centre de ce foyer, il y avait du charbon de bois, témoignage unique mais suffisant, selon M. Charles Martin, pour attester l'existence de l'homme, avant ou pendant l'époque de l'extension des glaciers (1). » La découverte

(1) Gazette médicale de Paris, le 22 août 1803.

d'une époque glacière est une des grandes conquêtes géologiques qui font l'orgueil de ce siècle; nous conseillons sérieusement, à ces défenseurs chaleureux, de ramasser toutes leurs forces pour en conserver l'honneur, car le péril est imminent. M. le professeur Charles Martin nous apprend : « Que des charbons de bois, réunis en foyer, que l'on a trouvés sur un sol primitif au-dessous d'une couche de sable dans une des collines de la Suède, seraient le seul monument de ce genre qui se serait révélé aux explorations. » M. Charles Martin se trompe; car on a découvert, en 1816, en Allemagne, près de Constadt; dans les couches profondes d'une colline, un amas de braise attestant un ancien foyer, et près de ce foyer treize dents d'éléphants disposées en croix (1). Mais ces charbons et ces foyers sont-ils bien des témoignages démonstratifs sans réplique, comme le prétend M. Charles Martin, de la présence de l'homme en ces lieux, avant que les eaux de l'Océan y fissent irruption? Examinons ce qui eut dû arriver nécessairement, si ces charbons eussent existé en foyer sur le sol primitif, au moment où les mers s'y seraient élancées. Les flots débordés eussent-ils été purs, ou entraînassent-ils déjà des sables, eussent à peine atteint les charbons, que ceux-ci, plus légers, auraient été instantanément soulevés du fond des eaux, en auraient gagné la surface, et auraient été dispersés dans tous les sens, sans laisser un seul de leurs atomes dans le foyer; ce résultat, pour le plus médiocre des physiciens, que dis-je? pour le plus inculte des hommes du vulgaire, n'est-il point de

(1) Voyez Zimmermann , Monde primitif.

la dernière évidence? Est-ce donc l'affaire de la science raisonnée ou philosophique? On a quelque droit de s'étonner que Ses géologues, admettant que primitivement notre globe n'a été qu'une masse incandescente et en fusion, proclament, entre cette époque de feu et la nôtre, qui est passablement ardente, aux beaux jours, un intervalle de glace , sans cause vraisemblable, sans aucun motif spécieux qui puisse justifier une adoption aussi contraire au cours des phénomènes naturels ; car pour faire intervenir, dans le drame géologique, une scène non burlesque d'époque glacière, il faut, ou que le soleil, ou que les entrailles de notre globe, aient tout à coup, et pour de bonnes raisons, interrompu leur température, sauf à y revenir un peu plus tard : or, le soleil, d'après l'expérience, conserve perpétuellement intacts ses rapports avec les planètes qu'il est chargé d'illuminer et de féconder par sa chaleur; et notre terre, selon la géologie, se refroidissant sans cesse, doit être animée d'autant plus de chaleur qu'on remonte plus haut dans son histoire. Nos savants géologues , du fond de leur cabinet, font manœuvrer, au gré de leurs caprices, les corps de la nature sur lesquels ils exercent leurs transcendantes spéculations ; mais il n'en va pas ainsi daus le monde réel : les substances matérielles, dans leurs phénoménalités, obéissent fatalement aux lois constantes et immuables de la nature, et il ne leur survient aucune modalité éventuelle qui ne leur soit rigoureusement imposée par l'empire de ces lois. Allons plus loin : des blocs erratiques gisent sur les sommets du Jura, à trois mille pieds d'élévation au-dessus du niveau des mers; d'autres, en Allemagne, reposent

sur des cimes de la même altitude ; d'autres sont parsemés en Amérique, sur le plateau de Quito, autour du Pichincha, et autour du Cotopaxi, à une hauteur perpendiculaire de plus de huit mille pieds; faisons maintenant parler ces faits éloquents : quatre cent mille lieues carrées de notre vieux continent, et une surface plus étendue dans les Amériques, n'ont pu descendre de quatre à cinq mille pieds, ou de neuf à dix mille pieds , sans un vide proportionnel : or, si ce vide immense eut subsisté par suite du refroidissement et du retrait des couches intérieures de noire planète, ce vide eut été le même sur tous les points du pourtour de notre terre où un refroidissement et un retrait identique se seraient consommés; et dès que des régions privilégiées, de plus de huit cent mille lieues carrées, se seraient écroulées dans ce vide, elles l'auraient comblé pour l'éternité, et leurs ruines ne se fussent jamais relevées; que ces habiles interprètes de la nature nous nomment donc un agent matériel assez puissant pour faire remonter, à quatre ou cinq mille pieds d'élévation , et à huit ou dix mille pieds, plus de huit cent mille lieues carrées de terre continentale avec les masses imposantes des montagnes qui les surmontent : citeront-ils les vapeurs et les gaz qui , dans leur plus grande force d'expansion , peuvent à peine soulever quelques faibles vagues de laves au-dessus des cratères élevés?.... Ces gaz et ces vapeurs qui, dans les écroulements des tremblements de terre, ne relèvent jamais la plus médiocre portion du sol qui s'est affaissé t.... Mais quand des vapeurs et des gaz se développent et se dilatent soudain par un brusque dégagement de calorique, ils se refroidissent aussitôt, retombent

sur eux-mêmes et se dissipent, comme cela s'observe toujours daDs les secousses saccadées et passagères des convulsions du globe; et les masses, que ces puissances exaltées auraient un instant soulevées, se précipitent presque au même instant, et se bouleversent dans la confusion du plus affreux chaos. Est-ce donc ainsi que les dictateurs intelligents d'un siècle de progrès savent rassembler les faits connus pour expliquer des phénomènes inconnus? Est-ce ainsi qu'ils les analysent et les comparent dans leurs détails, pour les apprécier sûrement et sans crainte d'écarts? Que diriez-vous, si quelques visiteurs, venant explorer votre habitation, où tout, jusqu'au moindre détail, décèlerait une prévoyance profondément attentive, supposaient, malgré cela, que cette demeure se serait ornée d'elle-même, ces greniers chargés de produits, ces murs d'enceinte soulevés par les gaz, le sol effondré pour y produire des excavations souterraines d'une utilité économique saillante ? Non moins inqualifiable est votre irréflexion , lorsqu'au spectacle émouvant de l'univers dont tous les corps, leurs moindres particularités, leurs innombrables phénomènes attestent, avec tant de douceur et de magnificence, une intelligence prévoyante et sans bornes, les calculs fidèles et profonds d'une sagesse infinie, vous prétendez que, sous les regards impuissants ou indifférents de leur auteur, notre globe inhabilement coordonné, trop imparfaitement assuré dans ses bases, a subi des catastrophes successives et nombreuses d'exterminations, fortuitement et sans cause : l'universalité des êtres proteste énergiquement contre cette calomnie immense, ce blasphème insensé, que de si

unanimes suffrages condamnent comme le cri d'un seul homme. Oubliant un moment que leurs théories sont insoutenables et absurdes, supposons que l'Europe et une partie de l'Amérique se soient précipitées, et que l'Océan lésait recouvertes à une profondeur de quatre à cinq mille pieds, et de neuf à dix mille; que serait-il donc survenu? Que les montagnes étant descendues, leur température se serait accrue, puisqu'on sait qu'elles sont d'aulant plus froides qu'elles sont plus hautes, que ces montagnes étant devenues des îles, leur température se serait encore augmentée sous cette influence, cela est notoire; leurs neiges et leurs glaces se seraient donc fondues tout à coup, et auraient produit ces abondances considérables d'eau qui auraient pu , avec une apparente vraisemblance , soulever d'énormes quartiers de rochers enclavés dans des espèces de collines de glace, et les transporter dans les mers; mais alors aussi ces glaces, étant promptement dissoutes, auraient déposé immédiatement, au fond des mers, les blocs erratiques qu'auraient ensuite recouvert les sables, et finalement le développement et l'accumulation des coquillages : or, c'est l'ordre de superposition contraire qui existe; les blocs erratiques ne sont point au-dessous des autres dépôts, mais au-dessus d'après les géologues euxmêmes : se retrancheront-ils à dire, contradictoirement aux faits connus, que les régions abîmées se sont affaissées lentement, que la hauteur des mers, qui les a ensevelies, s'est élevée insensiblement? Mais dans une telle occurrence, les neiges et les glaces se seraient de même fondues imperceptiblement, avec lenteur, et n'auraient produit rien qui ressemblât à ces grands torrents qui

eussent été nécessaires pour emporter des quartiers effrayants de roche au sein de fragments de glaces gigantesques, et les charrier dans les mers : lorsqu'on est dans le faux, on ne saurait faire un pas sans se heurter sanglant contre quelques écueils! Cherchez donc, dans les siècles passés et dans le temps présent, des faits indubitables qui vous favorisent : et nous aussi, nous avons des époques glacières; il advient, d'espace en espace, des hivers tellement rigoureux , que les neiges et les glaces recouvrent les flancs des montagnes et des collines , jusqu'au loin dans les plaines; de la fonte subite de ces frimais naissent des torrents dévastateurs qui, cependant, n'entraînent jamais, non jamais une seule fois, des blocs erratiques,, quoique les hauts sommets continuent à se rompre, e't que des quatiers de roche, s'en détachant, roulent, comme autrefois et plus qu'autrefois, dans les vallées et les glaciers : et nous aussi nous avons perpétuellement nos contrées glacières; au nord de l'Europe, la mer Baltique se trouve congelée pendant huit mois de Tannée; les montagnes de la Suède et de la Norwège sont revêtues, durant ce temps, jusque dans les plaines, de glaciers et d'un épais manteau de neige lesquels, se fondant dans de courts étés qui, dans ces parages, sont trèschauds principalement parce que les beaux jours y sont très-longs, n'y déterminent pourtant aucun transport de môles de glaces contenant des blocs erratiques; aucun phénomène de ce genre, à aucune période de l'histoire positive, ne s'est révélé à l'observation : et nous aussi nous avons nos changements insolites de climat; n'avonsnous pas traversé, en ce siècle, une année où les ardeurs

extraordinaires de la belle saison ont fondu toutes les neiges du Mont-Blanc, emporté des glaciers, mais toujours, sans trace de blocs erratiques? Vous nous signalez les moraines, amas de gravier et de débris de roches situés en avant des glaces éternelles, comme des monuments de l'extension des anciens glaciers : vous auriez dû rappeler qu'au devant des glaciers sont accumulés encore, sur plusieurs rangs , des cailloux roulés; que vous est-il donné de conclure de tout cela? C'est que, si autrefois des torrents, sans exemple aujourd'hui, eussent entraîné des blocs erratiques enfermés dans des fragments de glace d'une dimension colossale, ils eussent entraîné, à plus forte raison, ces cailloux roulés si antiques, ces moraines, sans en laisser de vestiges. Vous êtes-vous demandé d'où viennent ces cailloux roulés; quels flots puissants les ont arrondis? Ce ne sont point les torrents mômes des montagnes, puisqu'il faut à des eaux courantes un bien plus long trajet pour métamorphoser en galets les débris des roches : ce ne sont point non plus les mers de votre époque glacière, puisque ces cailloux, étant sillonnés, annoncent qu'ils viennent de plus haut, là où vous ne vous êtes pas encore avisé de faire monter vos mers fictives; ces témoins muets, mais expressifs dupasse, ne sont-ils point, aussi bien que la surface polie des roches, que vous attribuée à des glissements de glaciers, l'effet naturel du retrait successif et lent des eaux du cataclysme universel qui, dans leurs flux et leurs reflux continuels, ont poli et les cailloux dont elles étaient chargées; et qu'elles ont répandus sur toute la surface du globe, et les pentes des roches qu'elles venaient frapper; n'est-ce point

là ce que les flots des mers produisent sous nos yeux sur les rochers qu'elles baignent? De Saussure observe, que s'il est des glaciers qui sont remontés et ont rapetisé leur étendue, il en est d'autres qui sont descendus et ont agrandi leur champ; que ce sont là des résultats accidentels d'influence locale; croirait-on que la partie septentrionale de l'Himmalaya, toujours ouverte aux vents glacés de la Sibérie, a une température plus haute que la partie méridionale de ces monts; que les glaces éternelles ne s'y dessinent qu'à quinze mille pieds d'élévation , tandis qu'elles commencent à douze mille pieds sur la partie australe de ce groupe fameux de montagnes; qu'on voit, dans l'Amérique du nord, près d'un glacier, une couche de tourbe, d'un pied d'épaisseur, reposant sur un banc de glace, et en même temps surmontée d'un vert gazon? Celle singularité remarquable s'explique par le rapprochement de cet autre fait : que dans les régions trèsfroides, par exemple en Sibérie, le sol, durant les chaleurs de l'été, ne se dégèle qu'à une faible profondeur, qu'au-dessous de celte limite, la couche terrestre est un banc de glace, tandis que la surface du terrain s'embellit, à l'extérieur, d'un verdoyant tapis. Les géologues allèguent souvent, d'un ton de victoire, que les côtes du Chili, que le sol actuel de la Suède s'élève graduellement, d'une manière aussi insensible que réelle ; mais ces soulèvements nuancés sont toujours resserrés dans des limites très-étroites, forcément ; car le globe terrestre étant enveloppé d'une voûte solide formée par des bancs courbes de roches et par les bases des montagnes, au-dessous de cette croûte résistante, les diminutions et les accroissements de cha-

leur ne sauraient influer que très-peu sur le volume de cette planète. Or, les couches extérieures, qui surmontent cette coque, peuvent accroître leur épaisseur par l'intervention de causes très-différentes, ou par le refroidissement de substances argileuses que la chaleur rapetisse et que le froid dilate; ou par l'élévation de température, sous des influences de matière non argileuse, ou par la génération de coquilles microscopiques : des animalcules imperceptibles, appelés diatomées et foraminifères, dont les dépouilles composent entièrement un grand nombre de nos carrières de pierres à bâtir, tant la multiplication en est prodigieuse, organisent, aux dépens de la silice et du carbonate de chaux, des eaux des mers sans cesse infiltrées, des tests ou petits corps durs et creux qui augmentent nécessairement le volume des éléments matériels de leur structure, comme la transformation de l'eau, en petites bulles, accroît son volume étonnamment. Mais si quelques élévations progressives et peu importantes du sol se réalisent sous nos yeux, nulle part il ne s'accomplit d'affaissement considérable d'une progression insensible; les effondrements de la mer de Harlem, de la mer Morte, les abîmes ouverts dans la Calabre, en Italie, et dans les Amériques, durant des tremblements horribles de terre, ont été produits brusquement, persistent béants à jamais, et nul soulèvement ne vient en faire disparaître les sinistres désharmonies. Xénophon , dans sa relation de la retraite célèbre des dix mille Grecs envoyés au secours de Cyrus le jeune , raconte qu'ils rencontrèrent sur leur passage des populations qui, pendant leurs hivers rigoureux, habitent dans des souterrains; il est très-probable que les

charbons et les foyers, trouvés dans une des collines de la Suède et dans une autre colline de l'Allemagne, sont dues à des causes analogues; que des souterrains y auront été pratiqués dans un temps de frimas; des foyers allumés, et que ces demeures profondes ayant été plus tard abandonnées, et s'étant comblées par Pécroulement de leurs voûtes, les derniers brasiers auront subsisté intacts. N'a t-on pas découvert, dans les grottes de Massa (midi de la France), et dans une caverne des Pyrénées, des traces inattendues de foyer? Selon les géologues, dont M. Charles Martin est le représentant, « un passé, d'une longueur immense et incalculable, nous séparerait de l'époque de la catastrophe diluvienne. » Mais ces savants, que je sache, n'ont point encore compris, dans leurs périodes glacières, l'Afrique, les zones méridionales de l'Asie, une partie de celles de l'Amérique : or, le Nil, le Gange, et une foule d'autres grands fleuves qui arrosent leurs régions, rongent leurs bords, élargissent incessamment leurs lits, aux dépens du sol dont ils entraînent les débris dans les deltas ; si donc un passé, d'une durée incalculable et indéfinie, nous séparait de la date diluvienne, où ces courants ont commencé, ils auraient déjà détruit les contrées qu'ils parcourent, et les auraient transformées en vastes mares d'eau : les sommets des hautes montagnes, exposés aux sévices du froid, aux excès de chaleur, au souffle des vents, aux infiltrations des eaux, au torrent de l'électricité, se détériorent, se rompent; il s'en détache des fragments qui vont en les amoindrissant : les collines s'affaissent par leur pesanteur, par les écoulements torrentiels des eaux, par le souffle impétueux des

vents, par le poids et les ébranlements des véhicules qui les gravissent : les forêts primitives s'enrichissent chaque année de nouvelles couches de feuilles, de terreau; ces couches seraient sans nombre si les années, qui nous séparent du cataclysme, étaient innombrables ; les collines seraient aplanies ou se trouveraient beaucoup plus affaissées; les hautes montagnes, prosternées par terre, n'offriraient que des débris; ces spectacles inévitables de dégradation n'attristent point encore les regards de l'homme ; l'état actuel des forêts vierges, des collines, des monts, des fleuves, ne permettent donc pas de reporter, au delà de quelques milliers d'années, le grand événement de l'inondation générale qui abîma notre planète. MM. Lartet etCristy viennent, le 7 mars 1864, de présenter, à l'Académie des Sciences, « des observations qui prouvent, selon eux, l'existence de l'homme dans la partie centrale de la France, à une époque où les rennes habitaient encore cette région. » Les faux raisonnements sont éternellement inséparables de la géologie moderne : que diraient les honorables savants que nous venons de nommer, si quelquesuns leur soutenaient : que les éléphants habitaient autrefois dans les mers glaciales, puisque leurs débris s'y trouvent amoncelés et y forment des espèces d'îles; que des débris des plantes d'Amérique, que les fleuves entraînent dans le golfe du Mexique, et que les grands courants des mers transportent sur les côtes de l'Irlande, se sont développés sur ces mêaies côtes, dès qu'ils s'y rencontrent; que des blocs erratiques qui, du fond de la Norwège, ont été poussés à plus de quatre cents lieues de leur origine sur des montagnes de l'Allemagne ;

que d'autres masses erratiques qui, du milieu des Alpes, ont été exportés à trois mille pieds d'élévation, sur les sommets du Jura, furent jadis séparées là même, où ils gisent, de montagnes qui n'existent plus? toutes leurs réponses ne se borneraient-elles pas à soulever, avec un rire sarcastique , les épaules dé pitié? Leur dialectique à eux est-elle cependant plus brillante, lorsque, de quelques débris d'animaux découverts au centre de la France, ils concluent avec assurance que ces animaux habitaient autrefois les contrées mêmes ou quelques-uns de leurs ossements apparaissent? Ils répliqueront sans nul doute , je le sais : Que les restes des rennes sont déposés dans des terrains d'eau douce, sans mélange de débris marins, et que les grands courants des mers, par conséquent, n'ont pu les y entraîner : c'est là un autre paralogisme familier à nos savants géologues : « Tel terrain sédimentaire ne contient point de monument du passage des mers ; donc il n'a point été déposé sous les eaux de l'Océan. » Mais ces observateurs avisés avouent, et sont forcés de reconnaître, que les terrains houilliers, répandus dans tant de lieux, ont été formés tout entiers sous les eaux des mers : or, dans ces terrains, on découvre successivement des bancs de grès jonchés de coquillages marins, puis des couches de houille exclusivement sorties de produits terrestres et de terres végétales; ces assises, souvent puissantes, ayant été aussi longtemps, ou plus longtemps à se former, devraient être inondées de coquillages marins, et ne le sont pas, quoiqu'elles aient indubitablement subi leurs transformations sous les flots des mers, puisque les végétaux , qui se décomposent sous le sol à sec, se transforment en

terreau et jamais en combustible, et que ceux, qui se dissolvent dans les eaux douces , se convertissent en tourbes et renferment des témoins irrécusables du lieu de leur métamorphose ; de ce qu'une couche de sédiment n'offrait aucun débris de production marine, on ne saurait donc en conclure qu'elle ne s'est point déposée au sein des mers. Les terrains de dépôts, d'une épaisseur considérable qui recouvrent notre globe, ont été formés sous les eaux des mers débordées dans des bassins, dans des vallons, des abîmes ; les uns , plus lard , ont été soulevés; d'autres sont restés en place; tantôl des courants impétueux, durant le cataclysme, y ont entraîné des terrains d'eau douce; tantôt d'autres courants y ont emporté des productions terrestres, des terres végétales mêlées à des débris marins, et de là sont nées ces agrégations puissantes de terrains où nos géologues, d'après une logique légère, voient des abaissements et des élévations successives et aventureuses des continents au-dessous des eaux de l'Océan et au-dessus du niveau de sa surface. Comment ces habiles observateurs, qui se croient en mesure de donner une explication positive de ton, expliqueraientils, dans les terrains jurassiques, une succession de bancs de sel gemme, de couches calcaires , d'assises de minerai de fer, de cuivre, de calcaire pétri de madrépores et de coraux, etc.? Si les anciennes mers avaient contenu un excès de sel, cet excès se seraU déposé de suite, et longtemps avant qu'elles eussent franchi leur rivage; et, en admettant qu'elles eussent conservé quelque chose de cet excédant, lorsqu'elles ont fait irruption sur les terres

fermes, ce serait, dans leurs couches profondes, que ce surplus aurait été concentré, à l'exclusion des couches supérieures; des bancs de sel intercalés entre des couches de différent dépôt, sont donc à jamais inexplicables d'après les lois de physique générale : si les minerais, de divers autresmétaux, avaientététenusensuspensiondansleseaux de l'Océan, ils se seraient déposés, avec les autres substances minérales, dans l'ordre de leur pesanteur spécifique : or, tel ne se montre point leur gisement, et, quelque tournure que Ton donne aux explications, il n'est au pouvoir de nul savant de rendre compte de leur présence ni de leur disposition au milieu des terrains de dépôt incontestablement marins, si ce n'est d'après les lois d'organisation imposées spécialement à ce globe par son auteur. Les géologues s'enferment niaisement dans des coquilles de noix, et, d'après ce qu'ils ont palpé dans de si étroites enceintes, ils prétendent juger, dans leurs nombreux détails, les vastes phénomènes de la nature; daignez, Messieurs, rompre ces coquilles, étudier les faits dans leur ensemble complet et imposant, les analyser, en comparer tous les éléments avec l'intégrité des analogues; c'est-à-dire, apprenez un peu les salutaires principes de la législation des sciences, et vous verrez vos fastueux édifices de science géologique, s'écrouler, ne laisser entre vos mains que des ruines, et vos prétentions les plus superbes se dissiper en fumée. Tant que cette classe de savants s'obstinera à supposer, contre toute philosophie, des exterminations, fortuitement accomplies, et en grand nombre de notre planète entière, à vouloir faire une

science aînée, elle continuera à se noyer dans ses crachats impurs, dans le faux, dans l'absurde, nous pouvons le lui prédire hautement (1).

ARTICLE XII

De la présence de sources d'eau sur les sommets élevés , et de la végétation proportionnelle des flancs des montagnes et des collines.

On se prend à admirer, aujourd'hui comme autrefois, comment des sources d'eau peuvent sourdre sur des sommets élevés : la physique, dans l'application des lois de l'hydrostatique, nous apprend que les liquides, tendant toujours à se mettre de niveau ou en équilibre, remontent aussi haut que le point d'où ils sont descendus, lorsqu'ils sont engagés dans un canal courbe à concavité supérieure, et que leurs flots pressés s'y succèdent sans interruption; on en a conclu que les sources d'eau qui débouchent sur des hauteurs terrestres viennent des eaux de pluie qui, étant tombées sur des sommets encore plus élevés, s'y réunissent promptement en réservoirs, descendent dans des canaux en forme de syphons renversés, et

(I) Des dépôts nombreux, après l'inondation diluvienne, ont été formés par des débordements de cours d'eau naturels, et par des torrents qui ont transporté, non-seulement des dépouilles du sol, mais des portions de sédiment diluvien. Nous avons remarqué que les animaux antédiluviens extraordinaires, qui n'existent plus, n'ont pas tous succombé dans la catastropbe , mais qu'un grand nombre n'ont péri qu'après, puisque les ossements se trouvent mêlés à ceux des animaux actuels, et ne sont point fossiles.

vont, à une distance plus ou moins considérable, remonter sur des cimes d'un même niveau ou d'une moins grande élévation que les bassins primitifs d'où elles se sont précipitées. Sans nier la possibilité d'une pareille origine, nous doutons cependant qu'il existe une seule source qu'on puisse lui rapporter : nous avons été à même d'étudier spécialement et dans toutes leurs dépendances les sources des sommets terrestres, et nous nous sommes assuré qu'elles sont produites dans le sous-sol de ces lieux par des eaux pluviales, qui, étant arrêtées dans leurs intiltralions descensionnelles par des couches argileuses impénétrables à tout liquide, se rassemblent en filets de plus en plus forts, suivent la pente du sol et viennent faire irruption dans un enfoncement accidentel ou sur quelque point de l'inclinaison naturelle du terrain.

Les sciences physiques proclament ce paradoxe, qu'elles croient piquant et exact : que sur les flancs .des montagnes et des collines, il ne croît pas plus de plantes qu'il ne s' in développerait sur leurs bases horizontales plus étroites, parce que les végétaux se dirigent toujours perpendiculairement au centre du globe ; il faudrait inférer, d'après ces idées, qu'une planète telle que Jupiter, qui serait quatorze ou quinze cents fois aussi grosse que la nôtre, ne pourrait porter une végétation plus étendue, parce que les plantes s'y dirigeraient également vers un point central. Les végétaux, à peu d'exceptions près, ayant des racines horizontalement étalées, n'est-il pas évident qu'un plus grand nombre de ces systèmes de racines peuvent se déployer là où le sol . offre le plus de surface? Les cimes végétales n'ont-elles pas une ampleur horizontale à leur tour? et si elles sont

étagées et suréminentes les unes au-dessus des autres, comme sur le revers d'une montagne, n'est-il point clair encore qu'elles pourront s'y développer en quantité plus grande? Mais s'il est des végétaux qui s'élèvent perpendiculairement au centre du globe, il en est d'autres qui traînent leur tige sur le sol; et là où ce sol doit à son inclinaison de plus grandes dimensions de surface, il peut incontestablement recevoir un plus grand nombre de ces tiges traînantes, qui viennent déguiser le sol et embellir sa nudité. Il serait possible, toutefois, que, d'après des lois qui nous seraient inconnues, le versant des collines et des monts ne portât pas plus de végétaux qu'il n'en naîtrait sur leur base ; ce serait là un fait positif à vérifier, en énumérant avec une exactitude intelligente la quantité des végétaux compris dans une portion déterminée de surface terrestre inclinée, et le nombre des mêmes plantes vérifié comparativement sur une surface horizontale d'une fécondité à peu près semblable.

ARTICLE XIII

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